Pollution de l’air : Nicolas Hulot conquis par le modèle grenoblois… mais peut-être pas Bruxelles

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REPORTAGE – À Grenoble, le ministre de la Transition écologique et solidaire a vanté le modèle grenoblois. Mais la feuille de route tracée en Isère, comme dans treize autres zones particulièrement polluées en France, va-t-elle convaincre Bruxelles de la bonne volonté de l’État français de lutter contre la pollution de l’air ? Car si les collectivités ont fait un morceau de la route, la réglementation vient encore souvent se mettre en travers de leur chemin.

 

 

Nicolas Hulot à Grenoble le 13 avril 2018 pour saluer la feuille de route sur la pollution de l'air

Nicolas Hulot à Grenoble le 13 avril 2018 pour saluer la feuille de route sur la pol­lu­tion de l’air de l’Isère et de Grenoble © Patricia Cerinsek

Il y a urgence. D’ici la fin du mois d’a­vril, la Commission euro­péenne devrait se pro­non­cer sur le sort de la France au regard de ses efforts pour com­battre la pol­lu­tion de l’air. Et déci­der ou non de défer­rer l’Hexagone devant la cour de jus­tice de l’Union euro­péenne. À la clé, une amende d’une cen­taine de mil­lions d’eu­ros.

 

Comment convaincre Bruxelles mais aussi le Conseil d’État qui, en juillet der­nier, a enjoint l’État de revoir ses plans de pro­tec­tion de l’air (PPA) ? Le gou­ver­ne­ment a tracé des feuilles de route. Quatorze exac­te­ment, cor­res­pon­dant aux qua­torze zones en France dans le col­li­ma­teur de l’Europe qui ne res­pectent pas les seuils régle­men­taires de pol­lu­tion au dioxyde d’a­zote et aux par­ti­cules fines PM 10*.

 

 

Les quatorze feuilles de route ont été transmises à Bruxelles. Verdict fin avril

 

C’est la der­nière ligne droite. Les qua­torze feuilles de routes, publiées, ont été trans­mises à Bruxelles le 31 mars. Il ne reste donc plus rien à faire, si ce n’est croi­ser les doigts ? À croire que non… Le ministre de de la Transition éco­lo­gique et soli­daire est, lui, parti en croi­sade, plus vrai­ment pour convaincre, mais plu­tôt pour faire bonne figure. Et décer­ner les bons points. À Grenoble ce 13 avril, il a ren­con­tré les acteurs du pro­jet Grenoble Alps Together, posé la pre­mière pierre de Biomax aussi. Grenoble, bon élève ?

 

Reportage Joël Kermabon

 

« Grenoble et l’Isère ont pris leur part de contri­bu­tion et je vou­lais les féli­ci­ter », a sou­li­gné Nicolas Hulot devant un par­terre d’é­lus locaux et natio­naux dans les salons de la pré­fec­ture. Leur feuille de route est celle qui me semble le plus ins­pi­rer les autres ter­ri­toires. Elle me semble com­plète. »

 

Cette feuille de route**, ses neuf fiches-actions et sa soixan­taine de mesures, pas sou­vent nou­velles, n’a pour­tant pas com­plè­te­ment convaincu les élus gre­no­blois qui poin­taient lors du der­nier conseil muni­ci­pal un réel manque d’am­bi­tion.

 

L’opération de pié­ton­ni­sa­tion du centre-ville de Grenoble, à l’i­mage de la fer­me­ture des berges à la cir­cu­la­tion à Paris, laisse scep­tique quant à sa capa­cité à endi­guer la pol­lu­tion de l’air ; la gra­tuité des trans­ports publics n’est ni abor­dée ni même envi­sa­gée ; les moyens pré­vus pour boos­ter la prime air-bois res­tent à trou­ver et l’a­mé­lio­ra­tion de l’offre de trans­ports en com­mun jugée pas assez consé­quente.

 

 

Un groupe de travail missionné par le Sénat pour évaluer la démarche du gouvernement

 

Pas convain­cus ? Le ministre si. Méthode Coué ? Les élus ne sont pour­tant pas les seuls à tiquer. Le Sénat a, le 11 avril, mis­sionné un groupe de tra­vail pour éva­luer la démarche du gou­ver­ne­ment et voir si les mesures ins­crites dans les feuilles de route régio­nales sont à la hau­teur. C’est aussi ce que réclament, au niveau local, deux élus métro­po­li­tains qui demandent une éva­lua­tion de l’ef­fi­ca­cité des mesures déjà mises en œuvre. Et des asso­cia­tions n’en finissent de tirer la son­nette d’a­larme, récla­mant que conti­nuent de se déve­lop­per les infra­struc­tures de trans­port.

 

Statues de Grenoble affublées de masques anti-pollution, action d'Alternatiba, Greenpeace et ANV-Cop 21, samedi 31 mars 2018 © Séverine Cattiaux - Place Gre'net

Des sta­tues de Grenoble ont été affu­blées de masques anti-pol­lu­tion – action d’Alternatiba, Greenpeace et ANV-Cop 21, samedi 31 mars 2018 © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

D’autant que la France n’a pas de quoi pavoi­ser. Certes, des ter­ri­toires ont pris les choses en main. À Grenoble, la zone basses émis­sions, la pre­mière de France et qui a impulsé le dis­po­si­tif de cir­cu­la­tion dif­fé­ren­ciée au moyen des vignettes Crit’air, devrait ainsi s’é­tendre à une poi­gnée puis une ving­taine de villes dans l’Hexagone. Dans la val­lée de l’Arve, le fonds air-bois a aussi fait ses preuves et devrait être géné­ra­lisé sur tout le ter­ri­toire.

 

Mais, au niveau natio­nal, ça patine encore. La France est la cham­pionne des primes. Prime air-bois, prime à la conver­sion, prime vélo… sauf qu’on ne s’y retrouve plus. « Entre les aides des col­lec­ti­vi­tés et les aides de l’État, on a des dis­po­si­tifs fran­che­ment utiles et effi­caces mais sous-uti­li­sés parce que les gens ne le savent pas », a concédé le ministre. S’agit-il seule­ment de faire œuvre de péda­go­gie ?

 

 

Les initiatives se multiplient en région mais la réglementation ne suit pas

 

Le che­min semble encore long. La France vise l’in­ter­dic­tion à la vente des véhi­cules émet­teurs de gaz à effet de serre… mais à l’ho­ri­zon 2040, et à sup­po­ser que rien ne vienne se mettre en tra­vers du che­min. Si les zones basses émis­sions émergent en France – avec retard sur de nom­breux pays en Europe – la régle­men­ta­tion pour en élar­gir le péri­mètre reste contrai­gnante. Les véhi­cules de livrai­son les plus pol­luants, s’ils sont inter­dits de cir­cu­ler dans le centre-ville élargi de Grenoble, et dans huit autres com­munes en 2019, conti­nuent de rou­ler sur l’A480…

 

Nicolas Hulot à Grenoble le 13 avril 2018 pour saluer la feuille de route sur la pollution de l'air

Nicolas Hulot à Grenoble le 13 avril 2018 © Patricia Cerinsek

 

Reste aussi à faire res­pec­ter ces zones basses émis­sions. Or, en matière de contrôle, rien n’est prêt. « Il faut des sys­tèmes auto­ma­ti­sés, a abondé Nicolas Hulot. Cela demande des inves­tis­se­ments. J’ai bien reçu le mes­sage. » Même retard à l’al­lu­mage du côté du chauf­fage au bois. Alors que la Métropole, le Grésivaudan et le Pays voi­ron­nais poussent avec la prime air-bois au renou­vel­le­ment des appa­reils défec­tueux, rien n’in­ter­dit de mettre à la vente des équi­pe­ments tout aussi peu per­for­mants…

 

« Cette situa­tion, c’est qua­rante ans d’a­mé­na­ge­ment du ter­ri­toire, de poli­tique des trans­ports et du loge­ment qui n’ont pas pris en compte la ques­tion de la pol­lu­tion de l’air. Maintenant, on sait la rela­tion de cause à effet. On doit prendre des mesures locales, res­tric­tives, des mesures inci­ta­tives pour par exemple favo­ri­ser le covoi­tu­rage… Encore faut-il don­ner les accès à cer­taines voies pour les véhi­cules opti­mi­sés en termes de nombre de per­sonnes à bord. »

 

 

Les voies réservées au covoiturage ? « Il faut qu’on y réfléchisse »

 

Des voies réser­vées au covoi­tu­rage, des voies à occu­pa­tion mul­tiple, c’est ce que réclament a minima la ville et la Métropole de Grenoble en amont et en aval de l’A480 dans sa tra­ver­sée de Grenoble. « Ce sont des choses aux­quelles il faut qu’on réflé­chisse, a abondé Nicolas Hulot. Il faut que l’État fasse son tra­vail ainsi que les indus­triels de l’au­to­mo­bile. » Bruxelles devra-t-elle et va-t-elle se conten­ter de quelques mesures et beau­coup de bonnes inten­tions alors que la pre­mière mise en garde de la Commission euro­péenne remonte à 2009 ?

 

« Tout ne va pas se régler du jour au len­de­main, recon­nais­sait le ministre. La volonté est là. Elle ne vaut pas effi­ca­cité mais c’est déjà un préa­lable. » Pas sûr que tous ces argu­ments plaident suf­fi­sam­ment en la faveur de la France pour que Bruxelles lève l’é­pée de Damoclès qui s’ap­proche de la tête de Paris…

 

 

Patricia Cerinsek

 

 

* Grenoble, Lyon, val­lée du Rhône, Marseille-Aix, Montpellier, Nice, Paris, Reims, Saint-Étienne, Strasbourg, Toulon, Toulouse, Vallée de l’Arve.

 

** Les contri­bu­teurs à la feuille de route : le dépar­te­ment de l’Isère, la Métropole de Grenoble, le Pays voi­ron­nais, le Grésivaudan, la ville de Grenoble, le syn­di­cat mixte des trans­ports en com­mun de l’ag­glo­mé­ra­tion gre­no­bloise, l’é­ta­blis­se­ment public Scot, la société auto­rou­tière Area.

 

 

Grenoble Finaliste pour le concours de Capitale Verte
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Commentaires 8
  1. J’ai rien contre les pré­sen­ta­teurs télé mais de là à être ministre com­pé­tent, il y a un canyon à fran­chir (en hélico ?) plus large que celui du Colorado. Sinon on n’est pas ministre, on reste ce qu’on était, un pré­sen­ta­teur (des­cendu de son hélico) qui parle dans les micros. NB : à pédales l’hé­lico, bien sûr.

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  2. L’amende encou­rue par la France est de l’ordre de 200 mil­lions d’eu­ros par an depuis le début de la pro­cé­dure d’in­frac­tion…

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  3. « Car si les col­lec­ti­vi­tés ont fait un mor­ceau de la route, la régle­men­ta­tion vient encore sou­vent se mettre en tra­vers de leur che­min. »

    Mme Cerinsek : com­ment osez vous écrire cela ?

    (a) la régle­men­ta­tion ne se met que sur le che­min de ceux (modéré, pro­pos inju­rieux) qui sont inca­pables de déve­lop­per des pro­jets cohé­rents, comme Mme Hidalgo à Paris ou MM. Ferrari, Piolle et Mongaburu à Grenoble.
    (b) La régle­men­ta­tion en matière envi­ron­ne­men­tale est de source EUROPEENNE et est issue de la codé­ci­sion, c’est à dire du tri­logue conseil, com­mis­sion, par­le­ment !
    © La lutte contre la pol­lu­tion n’au­to­rise pas tout et n’im­porte quoi. Si les élus ne sont pas capables de déve­lop­per des poli­tiques publiques à la fois effi­caces et conformes aux règle­ments, alors qu’ils démis­sionnent !

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    • PC

      21/04/2018
      10:52

      Qui parle de la régle­men­ta­tion euro­péenne en matière d’é­mis­sions de pol­luants atmo­sphé­riques ? Sûrement pas cet article. Lisez moins vite, ou allez au-delà du cha­peau. Tout est expli­qué quant aux contraintes régle­men­taires fran­çaises qui freinent encore le déve­lop­pe­ment des zones basses émis­sions comme le dis­po­si­tif visant à renou­ve­ler le parc d’ins­tal­la­tions indi­vi­duelles de chauf­fage au bois.

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  4. Comment Nicolas Hulot peut-il décer­ner un bon point alors que la seule pol­lu­tion au NO2 a aug­men­tée de 15% en moyenne depuis l’im­po­si­tion du nou­veau plan de cir­cu­la­tion…

    M. Hulot, vous êtes ministre, pas comique.

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  5. Ah ! ce cher M. Hulot ! a‑t-il abordé l’a­ve­nir des lignes TER, comme celle de Grenoble-Veynes qui risquent de lais­ser leur place aux bus pol­luants ? Il croit encore avoir un quel­conque pou­voir dans ce gou­ver­ne­ment ?

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    • JK

      15/04/2018
      9:19

      Bonjour
      Je ne sais pas s’il en a perlé plus tard dans la jour­née ‚cepen­dant dans la mati­née, durant sa visite sur la pres­qu’île et notam­ment lors de la pose de la pre­mière pierre de Biomax, Éric Piolle l’a inter­pellé sur le sujet. Dans une courte prise de parole Nicolas Hulot lui a répondu qu’il avait bien « enre­gis­tré le mes­sage ». Après, vœux pieux ?

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      • merci pour votre réponse, mais je pense que M. Hulot n’a aucun pou­voir dans ce gou­ver­ne­ment. Si Macron dit qu’il veut mener SA réforme de la SNCF jus­qu’au bout il le fera sans tenir compte d’a­vis contraires. Alors … les TER … il ne faut pas oublier que les Ouibus ou FlixBus … s’ap­pellent les « cars Macron »

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