Grenoble pousse le diesel sur une voie de garage et restreint ses accès… mais l’État freine encore

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DÉCRYPTAGE – Depuis 2017, Grenoble interdit l’accès à son centre aux véhicules de livraison de marchandises les plus polluants. En 2019, ce périmètre sera étendu à neuf communes, à plus de véhicules aussi, faisant de Grenoble la zone à circulation restreinte la plus large de France. Objectif : bouter le diesel et les véhicules les plus âgés hors des murs d’ici 2030. Le dispositif est ambitieux mais pas encore complètement partagé. Et en matière de lisibilité, difficile de ne pas se perdre en chemin…

 

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Une personne tient une nouvelle pastille Crit'air catégorie 4 devant un véhicule diesel polluant. © Montage : Paul Turenne - placegrenet.fr

© Montage : Paul Turenne – placegrenet.fr

Grenoble met le pied sur l’ac­cé­lé­ra­teur. Après avoir ren­forcé son dis­po­si­tif de res­tric­tions de cir­cu­la­tion lors des pics de pol­lu­tion à l’aide des vignettes Crit’air en l’é­ten­dant à tout le dépar­te­ment, la capi­tale du Dauphiné conti­nue de s’at­ta­quer aux véhi­cules les plus pol­luants.

 

Objectif : bou­ter le die­sel hors de la cuvette à l’ho­ri­zon 2030. Premiers à mettre en pra­tique cette poli­tique ? Les livreurs. Depuis jan­vier 2017, Grenoble a en effet mis en place une zone à cir­cu­la­tion res­treinte (ZCR) sur le centre-ville élargi. L’idée n’est pas nou­velle, la concer­ta­tion remonte même à 2011.

 

Avec Paris, la capi­tale du Dauphiné a été la pre­mière à régle­men­ter l’ac­cès de son centre pour l’in­ter­dire aux poids lourds et véhi­cules uti­li­taires les plus pol­luants char­gés d’a­che­mi­ner leurs mar­chan­dises à bon port. Et ce pic de pol­lu­tion ou pas.

 

 

Grenoble, future plus large zone basses émissions marchandises de France

 

Les plus âgés car­bu­rant au die­sel ont été les pre­miers ban­nis. Depuis un an, les véhi­cules non clas­sés, c’est-à-dire sans vignette, ne peuvent en théo­rie plus pas­ser, et sont priés de lais­ser leurs mar­chan­dises dans l’un des deux centres de dis­tri­bu­tion urbaine pré­vus à cet effet. Ils ne sont pas nom­breux, à peine 2 % du parc.

 

C’est peu, de l’ordre du sym­bo­lique même, mais le dis­po­si­tif est enclen­ché. Dès 2019, il va être étendu. Le péri­mètre inter­dit à la cir­cu­la­tion ne com­pren­dra plus uni­que­ment le centre élargi de Grenoble mais englo­bera neuf com­munes sans comp­ter le domaine uni­ver­si­taire.

 

Sur Échirolles, Eybens, Grenoble, La Tronche, Poisat, Le Pont-de-Claix, Saint-Égrève, Saint-Martin-d’Hères et Saint-Martin-le-Vinoux, les véhi­cules consi­dé­rés comme les plus pol­luants seront pro­gres­si­ve­ment écar­tés de la cir­cu­la­tion.

 

La zone à circulation restreinte élargie son périmètre à neuf communes plus le domaine universitaire dès 2019 et interdit son accès aux véhicules de livraison les plus polluants.

La zone à cir­cu­la­tion res­treinte élar­git son péri­mètre à neuf com­munes plus le domaine uni­ver­si­taire dès 2019 et inter­dit son accès aux véhi­cules de livrai­son les plus pol­luants.

 

En 2019, l’in­ter­dic­tion concer­nera les véhi­cules dotés de la pas­tille Crit’air 5 *. Soit 6 % du parc.  En 2020, ce sera au tour des Crit’air 4. 16 % du parc. En 2022, les Crit’air 3 se rajou­te­ront à la liste, englo­bant à la fois les die­sels mais aussi les plus âgés des véhi­cules essence. On arrive à 40 % de la flotte de véhi­cules de livrai­son.

 

En 2025, les die­sels seront tous ban­nis, ne lais­sant sur les routes que les essence – et encore les plus récents – les véhi­cules gaz, hybrides, élec­triques et hydro­gène.

 

 

Un système progressif pour permettre aux entreprises d’investir et de s’adapter

 

« L’objectif d’ici 2030 est de libé­rer le ter­ri­toire du die­sel y com­pris les véhi­cules des par­ti­cu­liers, rajoute Yann Mongaburu, le pré­sident du syn­di­cat mixte des trans­ports en com­mune de l’ag­glo­mé­ra­tion gre­no­bloise. La pre­mière étape, ce sont les poids lourds et les véhi­cules uti­li­taires. C’est un élé­ment d’a­mor­çage, un pre­mier pas qui en appel­lera d’autres ».

 

Grenoble restreint un peu plus ses accès aux véhicules de livraison diesel les plus polluants, en élargissant son périmètre à huit communes. Une livraison à Grenoble. © Léa Raymond - placegrenet.fr

Livraison à Grenoble. © Léa Raymond – placegrenet.fr

Le sys­tème se veut pro­gres­sif pour per­mettre aux entre­prises d’in­ves­tir et de s’a­dap­ter. C’était un préa­lable pour les repré­sen­tants du monde éco­no­mique, et notam­ment la chambre de com­merce et d’in­dus­trie et la chambre des métiers pré­sents autour de la table. Avec la mise en place d’un dis­po­si­tif d’aides local cumu­lable aux aides natio­nales*.

 

« Réduire la part du die­sel, on n’y cou­pera pas. Mais c’est en élar­gis­sant le péri­mètre de la zone inter­dite que l’on fera dimi­nuer la pol­lu­tion », sou­ligne Jean-Paul Bassaler, qui a suivi le dos­sier à la CCI de Grenoble.

 

Pour l’heure, le péri­mètre se heurte à la fron­tière que trace le Drac. Rive gauche, pas une com­mune n’a pour l’heure adhéré au dis­po­si­tif. A Sassenage, le maire se dit pour­tant inté­ressé. « Mais on n’a pas été consulté », répond Christian Coigné. A Fontaine, le sujet n’a été abordé ni en conseil muni­ci­pal ni en com­mis­sion**.

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Commentaires 3
  1. Une ville et Métropole poluée car embou­teillages par­tout a cause de ceux qui s’op­posent depuis tou­jours à la flui­di­fi­ca­tion des flux de cir­cu­la­tion, et qui au contraire les entravent, comme avec par exemple le fumeux CVCM, créant par la même tou­jours plus d’embouteillages et donc de pol­lu­tion!…

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    • Vos don­nées mon­sieur ? ou c’est tou­jours du doigt mouillé comme d’ha­bi­tude ?

      Je ne vais pas me battre avec vous et je sais que nous ne serons jamais d’ac­cord, mais le phé­no­mène d’é­va­po­ra­tion de tra­fic et de report modal sont prou­vés par toutes les études dans toutes les villes du monde, lorsque l’on étu­die les flux auto­mo­biles sur quelques années (et non des don­nées extra­po­lées sur quelques semaines). CVCM n’est pas encore abouti et les résul­tats seront obser­vables « pour de vrai » quand les infra­struc­tures de report modal seront ache­vées, et que les com­por­te­ments se seront adap­tés.

      L’immobilisme n’a­mène jamais rien de bon, sachez-le, et au lieu de vous lamen­ter sur « c’é­tait mieux avant », regar­dez vers l’a­ve­nir de nos villes qui se fera avec moins de véhi­cules, mais plus propres et mieux uti­li­sés. Quel gas­pillage de savoir que 75% des dépla­ce­ments de moins de 5 km sont encore faits en voi­ture dans l’ag­glo… seule la créa­tion d’al­ter­na­tives effi­caces per­met de réduire effi­ca­ce­ment le tra­fic et donc les bou­chons.

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  2. Décision ridi­cule qui ne traite en rien la ques­tion de l’exposition :
    – un véhi­cule ther­mique qui pol­lue est un véhi­cule dont le moteur tourne,
    – il existe des véhi­cules par­ti­cu­liers die­sel qui ne tournent que 50 à 100 heures par an ren­trant dans la caté­go­rie 4 ou 5 (exemple nacelles de démé­na­ge­ment)
    – il existe des véhi­cules essences qui tournent plu­sieurs heures la jour­née 5j sur 7 (exemple balayeuses ther­miques)
    Évidemment l’exposition entre les deux véhi­cules est for­te­ment dif­fé­rente, ces deux exemples sont bien réels, le véhi­cule essence aura émis pro­ba­ble­ment 100 à 200 fois plus que l’autre en dose inté­grée.
    La contrainte est donc mal posée et mal pla­cée et va inévi­ta­ble­ment avoir un impact vers les plus fra­giles dont les véhi­cules sont sou­vent anciens et ne roulent pas pour le plai­sir mais pour tra­vailler.

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