Pollution de l’air : la feuille de route tracée par le préfet de l’Isère ne convainc guère les élus grenoblois

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EN BREF – Les soixante-cinq mesures arrêtées par le préfet pour améliorer la qualité de l’air sur la région grenobloise vont-elles convaincre Bruxelles de ne pas sanctionner la France ? La feuille de route n’a, en tout cas, pas convaincu les élus grenoblois de tous bords qui pointent un réel manque d’ambition…

 

Pollution dans la cuvette grenobloise : pour la première fois, les véhicules les polluants (immatriculés avant 1997) seront interdits de circulation dès samedi 10 décembre. Lundi, avec la persistance du pic de pollution, l'interdiction devrait être élargie. Crédit Patricia Cerinsek

© Patricia Cerinsek

Alors que Bruxelles menace de déferrer la France devant la Cour de justice de l’Union européenne pour son incapacité à lutter efficacement contre la pollution de l’air, les représentants de l’État en région ont été priés d’accélérer le pas.

 

Ils ont donc présenté noir sur blanc les mesures à mettre en œuvre pour tenter d’endiguer les dépassements récurrents de polluants – particules fines PM 10 et dioxyde d’azote en tête – et accessoirement lever l’épée de Damoclès d’une amende à six chiffres qui plane au-dessus des têtes…

 

La feuille de route tracée par le préfet de l’Isère, déclinée en neuf fiches actions et soixante-cinq mesures, suffira-t-elle à rassurer la Commission européenne ? Lundi 26 mars, lors du conseil municipal, elle n’a en tout cas convaincu qu’à moitié les élus grenoblois de la majorité rouge-verte. Les mesures avancées « ne vont pas aussi loin que ce que l’on aurait voulu, parce qu’elles sont élaborées par le préfet », estime notamment Mondane Jactat, adjointe à la santé.

 

 

La prime air-bois, un rendez-vous manqué pour Matthieu Chamussy

 

Du côté de la droite républicaine, les élus cherchent des mesures vraiment nouvelles. Et Matthieu Chamussy a pointé un « rendez-vous manqué » concernant la prime air-bois. Les Patriotes crient pour leur part à l’injustice. Mireille d’Ornano voit ainsi dans ces propositions la démonstration que « quand on est riche, on peut acheter le droit d’être pollueur, quand on est pauvre on la subit ».

 

Matthieu Chamussy © Joël Kermabon

Les deux élus dissidents d’Ensemble à gauche n’y ont, eux, vu que « des vœux et quelques dizaines de places de parking », ainsi que le résume Guy Tuscher.

Enfin, les élus du groupe de gauche et de progrès doutent de l’efficacité rapide de mesures s’appuyant essentiellement sur des changements de comportements.

 

Et auraient davantage vu les 10 millions d’euros de Cœurs de ville, cœurs de métropole aller à l’amélioration des transports en commun, comme l’a précisé Patrice Voir.

 

Bref, l’heure n’était pas vraiment au concert de louanges ce lundi… Mais que prévoit la feuille de route ? Tout simplement d’approfondir les mesures inscrites dans le plan de protection de l’atmosphère. Un PPA signé en… 2013. « Il n’y a pas de mesures nouvelles, là, en mars 2018, tout simplement parce qu’un certain nombre de mesures en profondeur ont été conçues en 2015 et 2016 », a toutefois rappelé Jacques Wiart, conseiller municipal en charge des déplacements.

 

 

La gratuité des transports en commun étudiée à Paris, pas à Grenoble

 

Enterrée donc la gratuité des transports en commun*, promesse de campagne d’Eric Piolle en 2014, à destination des jeunes. La mesure est pourtant dans l’air du temps, expérimentée dans cinq grandes villes en Allemagne, étudiée à Paris aussi. « Grenoble, elle, n’en dit pas un mot, s’est étonné Guy Tuscher. Où est la ville d’avance que vante la majorité ? »

 

Deux trams se croisent avenue Alsace Lorraine et cours Jean Jaurès à Grenoble. La gratuité des transports en question - SMTC Semitag © Joël Kermabon - placegrenet.fr

La gratuité des transports n’est plus à l’ordre du jour… © Joël Kermabon – placegrenet.fr

La feuille de route promet néanmoins de persévérer. Ainsi, la prime air-bois – 800 euros censés inciter les ménages à changer leurs vieilles installations de chauffage au bois – va être renforcée.

 

Comment ? On n’en sait trop rien. Les pistes avancées – trouver d’autres financeurs, mieux communiquer ou explorer les pistes juridiques pour interdire à la vente les équipements pas performants – doivent encore être creusées.

 

Le dispositif est considéré comme l’un des leviers les plus efficaces pour juguler la pollution. Il permettrait de cibler 45 % des émissions de particules fines sur le territoire, 70 % les jours de grand froid. Reste à le mettre en pratique. En trois ans, 750 primes ont été délivrées sur le territoire de la Métro. L’objectif était de renouveler cinq mille appareils en cinq ans… soit à peine le tiers du parc ciblé.

 

Patricia Cerinsek

 

 

  • * En cause, selon les majorités municipale et métropolitaine, la baisse de 30 % de la subvention du conseil départemental allouée au syndicat mixte des transports en commun (SMTC).

 

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Commentaires 6
  1. Le préfet de l’Isère pourrait joindre sa voix à celle de Grenoble à Coeur afin de dénoncer le projet municipal cvcm et l’augmentation de la pollution au No2 depuis Avril 2017, date du nouveau plan de circulation du dossier?…

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    • CVCM dépend de la Metro et pas de la ville

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  2. Je pense qu’il s’agit de ce document
    http://isere.gouv.fr/content/download/35697/260518/file/AP%20proc%C3%A9dures%20pr%C3%A9fectorales%2038%20sign%C3%A9%20et%20enregistr%C3%A9.pdf
    Les annexes sont intéressantes car elles donnent des conseils pour la population.
    Si les mesures ne sont pas satisfaisantes, et perso, je les trouve un peu légères, voir ce que la Métro et le SMTC peuvent faire, car ce sont eux les principaux intéressés, notamment, par exemple, pour « Coeur de ville coeur de métropole » et la gratuité des transports en commun.

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    • Que la Métro double ou triple le montant de la prime air-bois qui n’est utilisée qu’à la moitié du budget alloué et n’a convaincu que 750 bénéficiaires sur les 5000 espérés.
      Que le Préfet interdise la vente, sur toute l’aire urbaine grenobloise (donc Grésivaudan ET Métro ET voironnais), des dispositifs au chauffage au bois non performants. Juridiquement, une telle mesure se défend, par se nécessité et sa proportionnalité de la mesure, étant entendu que le chauffage au bois est responsable de 45% des émissions de PM10 l’hiver.
      Que les collectivités mettent en oeuvre, sous l’impulsion du Préfet, une politique hyper-volontariste de mise en compétitivité des modes alternatifs à la voiture individuelle que seraient la construction de parcs-relais dimensionnés et bien placés, l’aménagement rapide de voies réservées aux TC sur les bandes d’arrêt d’urgence de l’A51 au sud du Rondeau et de l’A41, offrir des abonnements « d’essai » de 1 à 3 mois aux TC à tous les automobilistes…
      Ces mesures sont toutes réalisables, il suffit de le vouloir.

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  3. Les élus grenoblois sont les premiers responsables de ce bazar, donc nous on dit: tous par la class action!

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    • Je pense que vous voulez surtout parler de ceux d’avant 2014 qui n’ont rien fait contre la pollution ?

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