Tribune libre de Grenoble à coeur :"Après 10 ans de CVCM, un centre-ville ni attractif, ni apaisé, ni dynamique"

Tribune libre de Grenoble à cœur : « Après 10 ans de CVCM, un centre-ville ni attrac­tif, ni apaisé, ni dynamique »

Tribune libre de Grenoble à cœur : « Après 10 ans de CVCM, un centre-ville ni attrac­tif, ni apaisé, ni dynamique »

TRIBUNE LIBRE – Après avoir signé plu­sieurs tri­bunes sur le sujet, le col­lec­tif Grenoble à cœur livre un bilan du pro­gramme d’ur­ba­nisme métro­po­li­tain Cœur de ville, cœur de métro­pole (CVCM). Il consi­dère que celui-ci n’a pas rem­pli ses objec­tifs affi­chés de dimi­nu­tion de la pol­lu­tion, tout en s’a­vé­rant pré­ju­di­ciable pour la vie éco­no­mique gre­no­bloise. À quelques mois des élec­tions muni­ci­pales, Grenoble à cœur remet en avant ses pro­po­si­tions et appelle à prendre en compte celle des unions de quartier.

C’est début 2016 qu’a été lan­cée l’opération « Cœur de ville, cœur de métro­pole » (CVCM), qui en seule­ment deux jours1Les 18 et 19 avril 2017. a fermé le bou­le­vard Agutte-Sembat et rendu aber­rant le plan de cir­cu­la­tion du centre-ville de Grenoble. Un plan qui a été imposé hors concer­ta­tion et en fai­sant déli­bé­ré­ment l’impasse sur l’étude de l’impact envi­ron­ne­men­tal pré­vue par la loi, par le biais d’une dis­pense… deman­dée et aus­si­tôt obte­nue en plein mois d’août 2016 !

Alors, quel bilan pour Grenoble après 10 ans de CVCM qui avait pro­mis « un centre-ville attrac­tif, apaisé et dyna­mique » en allant même jusqu’à le dire « dédié au com­merce »?

Il y a 10 ans, les promesses de CVCM. Cynisme ou amateurisme ? Rien n’est tenu !

Il y a 10 ans, les pro­messes de CVCM. Cynisme ou ama­teu­risme ? Rien n’est tenu !

Le dépas­se­ment du « niveau rouge d’alerte » au centre-ville

Grenoble avait en 2016 le 4e centre-ville le plus dyna­mique de France, selon Procos2La fédé­ra­tion repré­sen­ta­tive du com­merce spé­cia­lisé.. Aujourd’hui, une asso­cia­tion com­mer­ciale l’a dit, « Depuis plu­sieurs années, l’hyper-centre connaît une situa­tion désas­treuse : de nom­breux com­merces ferment leurs portes et l’activité com­mer­ciale s’effondre ».

Une dégrin­go­lade qui a com­mencé aus­si­tôt après la fer­me­ture du bou­le­vard Agutte-Sembat, ainsi que l’a confirmé l’ex-président de Label Ville : « Du jour au len­de­main, nous avons constaté une baisse de clien­tèle et du chiffre d’affaires. Des com­mer­çants ont dû bais­ser le rideau ou démé­na­ger à cause de la baisse de fré­quen­ta­tion et de l’impossibilité pour leurs clients de venir cher­cher la mar­chan­dise ».

En deux ans seule­ment, le nombre de locaux vides a alors dépassé une pre­mière fois les 10 %, selon les chiffres mêmes de la Métro. Un taux dont la Métro avait dit qu’il était « le niveau rouge d’alerte » et qui dénote, selon une étude du Sénat, une « vacance très éle­vée, témoi­gnant d’un déclin de la com­mer­cia­lité ».

Ce mas­sacre, car c’en est un (pertes d’emplois et de l’offre com­mer­ciale, déso­la­tion des locaux vides), a ensuite été ampli­fié par l’agrandissement de Grand” Place, voté à l’unanimité du groupe poli­tique d’Éric Piolle, puis par Neyrpic dont ils ont hypo­cri­te­ment refusé de deman­der la sus­pen­sion.

Ainsi, avec 12 % de com­merces vides, ce taux a atteint le double de celui de 2015. C’était il y a un an. La Métro ayant les don­nées, pour­rait-elle faire savoir de com­bien ça s’est encore aggravé depuis ?

Qui en pro­fite, en dehors du blan­chi­ment dont on res­sent confu­sé­ment mais net­te­ment la pro­gres­sion ? Le fast-food, le CBD, les bars dont cer­tains n’ouvrent même pas en jour­née, les acti­vi­tés débri­dées du dis­count et du jetable aux­quelles il s’offre ainsi des oppor­tu­ni­tés d’emplacements pre­mium à prix déva­lo­risé : Hema place Grenette, Normal rue de la République, Aldi à la place d’Habitat, Shein aux Galeries Lafayette.

Ce désastre étant évident et sous les yeux de tous, la mai­rie vou­drait faire croire à ceux qui l’écoutent encore que c’est à Grenoble comme par­tout ailleurs, une trom­pe­rie qu’ils déclinent sur tous les sujets et à toutes les sauces.

Pour que « la répé­ti­tion ne trans­forme pas un men­songe en vérité » 3Franklin Roosevelt., il suf­fit de lire cette tri­bune ou le rap­port 2025 de Procos : « Les poli­tiques des villes peuvent avoir des consé­quences très des­truc­tives parce qu’elles sont exces­sives (trop grande dif­fi­culté d’ac­cès avec des plans de cir­cu­la­tion trop com­pli­qués, mau­vaise poli­tique du sta­tion­ne­ment, mise en œuvre de tra­vaux de voi­rie sans pla­ni­fi­ca­tion tenant compte des impacts éco­no­miques…) ».

Et comme si ça ne suf­fi­sait pas, la mai­rie veut main­te­nant fer­mer le cours Berriat dans le sens qui des­sert le centre-ville !

Shein et « Cœur de ville, cœur de métro­pole »

L’installation de Shein est l’effet le plus récent du « Cœur de ville, cœur de métro­pole » de la mai­rie, dite éco­lo­giste (!), qui a mis les Galeries Lafayette en dif­fi­culté du fait d’une « acces­si­bi­lité au centre-ville com­pli­quée », selon la for­mule polie du direc­teur du magasin.

Au lieu de le conser­ver, comme ceux des villes où leurs éta­blis­se­ments se portent bien4Biarritz, Bordeaux, Lieusaint, Marseille, Metz, Montpellier, Nantes, Nice, Paris, Saint Laurent du Var, Strasbourg, Toulouse. Ainsi que Annecy, Clermont-Ferrand et Lyon pour la région Auvergne-Rhône-Alpes., les Galeries Lafayette ont vendu celui de Grenoble à SGM. La (ex ?) capi­tale des Alpes s’est même alors tris­te­ment dis­tin­guée en étant la plus grande des onze villes de France que la mai­son mère a quit­tées, et cela mal­gré les 700 000 habi­tants de l’aire urbaine ! Mais pour­quoi vien­draient-ils puisqu’on les en empêche ?

Tribune libre de Grenoble à cœur : quel bilan pour CVCM?. Les Galeries Lafayette de Metz, non vendues à SGM malgré les 200 000 habitants de moins qu’à Grenoble métropole (source Google)

Les Galeries Lafayette de Metz, non ven­dues à SGM mal­gré les 200 000 habi­tants de moins qu’à Grenoble métro­pole (source Google).

Plusieurs marques ont annoncé quit­ter le (ex) maga­sin des Galeries Lafayette. Où vont-elles aller ? En péri­phé­rie chez Neyrpic ou à Grand’ Place ? Et que devien­dront leurs stands ? Vides ? Repris par Shein ?

Précisons ce qu’est l’ultra fast fashion de Shein. C’est un modèle éco­no­mique pré­da­teur basé sur le jetable5Des vête­ments dont les matières et la fabri­ca­tion ne per­mettent pas qu’ils soient por­tés plus de quelques fois, et qui sont non recy­clables. à prix indé­cem­ment bas et sur l’hyper consom­ma­tion. C’est pire que la fast fashion de Primark, dont on a vu qu’une foule monstre s’est ren­due à Grand’ Place lors de l’inauguration et faire qua­rante-cinq minutes de queue pour res­sor­tir des sacs pleins les deux mains. Le pou­voir d’achat a bon dos mais le rendre res­pon­sable de l’arrivée de Shein à Grenoble, comme le fait la mai­rie, est une duperie.

Les zones de rencontre

La mai­rie a ignoré la pro­po­si­tion inno­vante qu’avait faite Grenoble à cœur : trans­for­mer tout le quar­tier Notre Dame – Sainte Claire en zone de ren­contre. Puis elle a adopté cette solu­tion rue de Strasbourg. De deux choses l’une : soit la mai­rie peut le faire à Notre Dame – Sainte Claire comme c’est tou­jours pos­sible, soit son plan si elle est réélue est de fer­mer la rue de Strasbourg.

Le centre-ville devait s’agrandir, il a rétréci

Le centre-ville a rétréci, à l’inverse de la pro­messe de « Cœur de ville, cœur de métro­pole » qui disait l’agrandir jusqu’au quar­tier Hoche. Enclavé par la fer­me­ture de l’accès par le bou­le­vard Maréchal Lyautey, il est devenu une zone idéale pour les tra­fics. La mai­rie avait pour­tant reçu des alertes de toutes parts, des habi­tants, des com­mer­çants, de Grenoble à cœur. Ignorante et mépri­sante, elle s’est conten­tée de mettre tout le monde devant le fait accom­pli. Avec l’effrayant résul­tat qu’on vit aujourd’hui.

Les embou­teillages organisés

Les embou­teillages ont-ils été cyni­que­ment fabri­qués pour faire fuir les auto­mo­bi­listes ? Beaucoup le pensent. Quoi qu’il en soit, l’objectif a été brillam­ment atteint ! Il a suffi d’une seule année après la fer­me­ture d’Agutte-Sembat pour que Grenoble se pro­pulse à la 4e place de France6Après avoir été 10e en 2016 selon Inrix et 7e selon Tom Tom. pour le temps perdu dans les bou­chons7Paris 150 heures par an, Marseille et Bordeaux 146, Grenoble 143 en 2018.. Derrière Paris, Marseille et Bordeaux, trois métro­poles pour­tant beau­coup plus grandes !

Depuis, les gens se sont mis à évi­ter de venir, à moins d’y être obli­gés notam­ment pour aller-ren­trer du tra­vail et pour l’accès aux ser­vices admi­nis­tra­tifs. La conges­tion a ainsi peu à peu dimi­nué. Mais, même dans ces condi­tions qui nuisent ter­ri­ble­ment à l’activité de la ville, Grenoble déte­nait en 2024 le record de France des bou­chons aux heures de pointe !

Dauphiné Libéré du 11 janvier 2025 : 79% de bouchons aux heures de pointe, un record national !

Dauphiné libéré du 11 jan­vier 2025 : 79% de bou­chons aux heures de pointe, un record national !

Entrée-sor­tie de Grenoble : la grosse charge ajou­tée aux quais de l’Isère

En entrée de Grenoble, la rive gauche a vu CVCM faire grim­per son tra­fic de 27 %8Décembre 2017 ver­sus décembre 2016, hors vacances sco­laires (+ 4 500 véhi­cules par jour !). Ainsi que le bruit mon­ter à un niveau972 dB le jour et 63 dB la nuit fin 2017, valeurs dépas­sant signi­fi­ca­ti­ve­ment les seuils régle­men­taires. bien au-des­sus de celui qui exis­tait bou­le­vard Agutte-Sembat, l’un des argu­ments uti­li­sés pour le fermer !

La rive droite a vu CVCM accroître la cir­cu­la­tion de 12 %10Avril 2018 ver­sus avril 2017, hors vacances sco­laires.. Sur cette voie unique, que CVCM a absur­de­ment ren­due de pre­mière néces­sité pour pou­voir sor­tir de Grenoble, il converge le bou­le­vard Maréchal Leclerc et la sor­tie de La Tronche. Tout le monde, dont les trans­ports en com­mun, se retrouve coincé dans un embou­teillage pol­luant jusqu’à péni­ble­ment réus­sir à atteindre le bout du quai pour enfin quit­ter Grenoble.

Ce chef d’œuvre d’urbanisme à la gri­bouille aura une suite si les génies qui l’ont pondu sont recon­duits pour leur nou­veau plan : faire pire, comme déjà vu sur les quais au sor­tir du Covid.

Les écoles sur-pol­luées du « Cœur de ville, cœur de métro­pole »

Atmo l’a écrit, CVCM a eu « des effets néga­tifs sur l’exposition au NO2 à proxi­mité de cer­tains axes du centre-ville, notam­ment en bor­dure du cours Gambetta ou de la rue Lesdiguières ». Ces « cer­tains axes du centre-ville » sont ceux où il se sur­ajoute depuis 2017, en plus de l’important tra­fic qu’ils connais­saient déjà, celui qui pas­sait sur Agutte-Sembat. Ces « cer­tains axes du centre-ville » où la cir­cu­la­tion se retrouve donc concen­trée sont aussi ceux où la majo­rité des écoles du sec­teur sont situées !

Parmi elles, sept11Les écoles mater­nelle et pri­maire Jean-Jaurès, le col­lège et le lycée Champollion, l’école élé­men­taire Marianne-Cohn, l’école mater­nelle Marceau, le col­lège de l’Aigle. sont aujourd’hui encore vic­times chaque jour du plan de cir­cu­la­tion aber­rant de CVCM. Elles sont les plus pol­luées de Grenoble. De plus, le sup­plé­ment de pol­lu­tion qu’elles subissent ainsi fait qu’elles voient moins les effets de la ten­dance natio­nale de baisse du NO2, com­pa­ra­ti­ve­ment aux autres écoles du bas­sin grenoblois.

Créée en 2017, cette situa­tion défa­vo­rable à la santé de 4 000 enfants et de mil­liers d’habitants est tou­jours là en 2025. Car la mai­rie a dit Niet à l’interpellation citoyenne des unions de quar­tier qui deman­daient sim­ple­ment, pour bais­ser l’ajout de tra­fic qui sur-pol­lue ces écoles, de réta­blir la cir­cu­la­tion vers l’Isère sur la voie de bus du bou­le­vard Agutte-Sembat.

Pire, comme si 4 000 enfants étaient trop peu, la mai­rie pro­jette d’en impac­ter 800 de plus en répé­tant la même absur­dité sur la rue Nicolas-Chorier, la paral­lèle du cours Berriat, igno­rant là encore la solu­tion deman­dée par les unions de quar­tier !

Tribune libre de Grenoble à cœur : quel bilan pour CVCM? La rue Nicolas-Chorier, où la Ville projette d’augmenter le trafic devant l’école (source Google).

La rue Nicolas-Chorier, où la Ville pro­jette d’augmenter le tra­fic devant l’école (source Google).

Mais où est pas­sée la sta­tion Atmo du bou­le­vard Gambetta ?

Avant qu’en 2020 le confi­ne­ment n’arrête la cir­cu­la­tion, les rele­vés Atmo indi­quaient12En obser­vant la moyenne métro­pole par métro­pole de toutes les sta­tions « urbaines / fond » exis­tantes. que la ten­dance natio­nale de baisse du dioxyde d’azote13Essentiellement liée aux pro­grès des moto­ri­sa­tions, les émis­sions ayant été divi­sées par 2,25 pour les nou­veaux véhi­cules depuis 2015 (norme Euro 6). était moins visible à Grenoble que dans les trois autres métro­poles d’Auvergne-Rhône-Alpes. Depuis, l’une de ces sta­tions s’est vola­ti­li­sée14Elle était à la caserne de Bonne, à faible dis­tance du bou­le­vard Gambetta.. Laquelle ? Celle qui mesu­rait la pol­lu­tion là où la fer­me­ture d’Agutte-Sembat a concen­tré le trafic !

Quel contraste entre cette étrange dis­pa­ri­tion et Lisbonne « capi­tale verte » qui a, la même année, créé un réseau de 658 cap­teurs et 80 sta­tions de mesures de la qua­lité de l’air, des nui­sances sonores et des micro­cli­mats urbains…

Métropole par métropole, l’évolution de la baisse de la pollution au NO2 après 2014.

Métropole par métro­pole, l’évolution de la baisse de la pol­lu­tion au NO2 après 2014.

Le double scan­dale poli­tique et sani­taire du chauf­fage au bois

Pendant des années, et sans qu’Atmo ne démente, la mai­rie a exclu­si­ve­ment atta­qué la voi­ture, en l’accusant de méfaits sur la santé qui viennent en réa­lité très majo­ri­tai­re­ment du chauf­fage au bois. Elle a en plus, dans ce même but, déployé une com’ per­ma­nente uti­li­sant un deuxième men­songe lui ser­vant à bâillon­ner toute contes­ta­tion de sa poli­tique : « un mort tous les trois jours à Grenoble ».

Pourquoi ne connaît-on per­sonne qui ait vu l’un de ces « morts » dont on nous dit encore qu’ils tré­passent en masse ? La réponse est dans ce démon­tage d’infox signé du pro­fes­seur Bernard Meunier.

Pourquoi les Grenoblois n’ont-ils pas vu de vraie amé­lio­ra­tion de la santé de leurs pou­mons ces dix der­nières années ? Parce qu’il est éta­bli que ce sont les par­ti­cules fines PM2,5 qui nuisent le plus à la santé, et cela de très loin com­pa­ra­ti­ve­ment aux autres pol­luants dont le NO2. Or, à Grenoble, les émis­sions viennent à 61 % du chauf­fage au bois, et par­fois même jusqu’à 90 %! Pas éton­nant qu’il y ait peu ou pas de pro­grès puisque la mai­rie n’y a jamais mis de prio­rité et qu’elle a même voté contre.

Pire, les PM2,5 que pro­duit la com­bus­tion du bois sont par­ti­cu­liè­re­ment nocives car leur poten­tiel oxy­dant est des plus éle­vés. Professeur mon­dia­le­ment reconnu, A. Nenes est clair : « Nous savons que [la fumée pro­ve­nant] de la com­bus­tion du bois est beau­coup plus toxique que d’autres types de par­ti­cules et les résul­tats mettent clai­re­ment en évi­dence la com­bus­tion du bois comme un fac­teur prin­ci­pal du risque can­cé­ri­gène à long terme ».

Lors du confinement, avec l’arrêt du trafic, les PM2,5 n’ont baissé que de 7% à Paris, et ont même augmenté en région grenobloise.

Lors du confi­ne­ment, avec l’arrêt du tra­fic, les PM2,5 n’ont baissé que de 7 % à Paris, et ont même aug­menté en région grenobloise.

Le bilan des mobi­li­tés dites douces

Publiée fin 2021 et ana­ly­sée ici, l’enquête décen­nale de la Métropole a donné l’ordre et l’importance des trois mobi­li­tés dites douces : la marche est n°1 (34 % des dépla­ce­ments), sui­vie des trans­ports en com­mun (16 %) et enfin du vélo (7 %).

Quel bilan pour la pre­mière de ces mobi­li­tés ? En 2024 com­pa­ra­ti­ve­ment à 2021, il est passé 8 % de pié­tons en moins dans la rue Lafayette du « Cœur de Ville, cœur de Métropole » 15Dauphiné libéré du 5 jan­vier 2025.. Au der­nier baro­mètre des villes mar­chables, Grenoble a reçu la note misé­rable de 7,7÷20 et 82 % des répon­dants consi­dèrent que les conflits entre pié­tons et “engins de dépla­ce­ment per­son­nel” (vélos, trot­ti­nettes élec­triques…) sont fré­quents. Effectivement, « le concept d’autoroute à vélos existe bien au Danemark, mais pas au centre-ville », notam­ment car il est très évident qu’il y a alors inévi­ta­ble­ment conflit avec les pié­tons ! Il est vrai aussi que le « niveau d’en­tre­tien faible » 16Dauphiné libéré du 19 octobre 2021. de la voi­rie depuis 2015, cho­quant au vu des énormes dépenses de CVCM et des auto­routes à vélos, s’est fait entre autres au détri­ment des trottoirs.

Quel bilan pour la deuxième de ces mobi­li­tés ? La fré­quen­ta­tion des trans­ports en com­mun a baissé de 4,1% en 2023 com­pa­ra­ti­ve­ment à 2019, tan­dis qu’en 2022, elle était à 87 % de ce niveau. « Maintenant c’est super, je fais tout à vélo, j’ai laissé tom­ber le tram et le bus » avait confié un Grenoblois à France 3. Il n’est pas le seul, le vélo et les trans­ports en com­mun étant des moyens de dépla­ce­ment sur moyenne dis­tance qui sont donc en com­pé­ti­tion l’un avec l’autre.

Quel bilan pour la troi­sième et der­nière de ces mobi­li­tés ? Par la mesure phare « d’a­mé­na­ger des auto­routes à vélos », la « déli­bé­ra­tion cadre rela­tive à la poli­tique cyclable de Grenoble Alpes Métropole » 17Le 19 décembre 2014, rap­por­teur Yann Mongaburu. avait pro­mis de « tri­pler la part modale du vélo d’ici 2020″. On n’y est tou­jours pas fin 2025, presque en 2026.

L’enquête observe aussi que le vélo échoue à être inclu­sif car « dans les dépla­ce­ments quo­ti­diens, les usa­gers du vélo sont en pre­mier lieu des hommes, actifs, qui se rendent au tra­vail, sur des dis­tances n’excédant géné­ra­le­ment pas 5 km. La pra­tique du vélo est plus limi­tée chez les femmes et les jeunes » et évi­dem­ment aussi chez la majo­rité des per­sonnes âgées.

À Utrecht (Hollande), on pédale plus qu’on ne marche et le vélo a cannibalisé les transports en commun.

À Utrecht (Hollande), on pédale plus qu’on ne marche et le vélo a can­ni­ba­lisé les trans­ports en commun.

Alors, bilan ou pas de bilan ?

Faire le bilan, c’est être res­pon­sable, c’est avoir l’honnêteté de s’interroger, c’est mettre sur la table et débattre avec les gens, c’est ana­ly­ser pour arrê­ter ses erreurs et progresser.

Ne pas faire le bilan, c’est fuir ses res­pon­sa­bi­li­tés, c’est vou­loir igno­rer les ques­tions dif­fi­ciles et jouer la séduc­tion par encore des pro­messes, c’est man­quer de cou­rage et d’ouverture, c’est ne pas savoir progresser.

Se pré­sen­ter une troi­sième fois en camou­flant son bilan et sans l’analyser dénote une démarche intel­lec­tuelle inac­cep­table, non conforme à l’esprit gre­no­blois ration­nel et de progrès.

Rappel des pro­po­si­tions de Grenoble à cœur et de celles que nous soutenons

C’est à des sourds que nous l’avions dit au conseil muni­ci­pal du 6 février 2017 : « Nous par­ta­geons tota­le­ment les bonnes inten­tions du pro­jet CVCM. Mais les bonnes inten­tions ne suf­fisent pas et, en l’état actuel, CVCM pro­duira les effets inverses aux inten­tions qu’il affiche ».

Nous avions mal­heu­reu­se­ment rai­son concer­nant les effets, mais concer­nant les inten­tions ? Tout le monde s’interroge : n’étaient-elles pas en fait de pen­ser le vélo d’abord contre la voi­ture plu­tôt qu’au mieux pour les cyclistes ? En igno­rant les avis des experts de la ville adap­tée au vélo18Mikael Colville-Andersen : Yann Mongaburu veut « implan­ter des pistes bidi­rec­tion­nelles sur des ave­nues com­por­tant de nom­breuses inter­sec­tions. Or ces infra­struc­tures sont ban­nies à Copenhague depuis plus de vingt ans »., mais en attri­buant à lui seul tout l’investissement. En oubliant que cha­cun est aussi par moment auto­mo­bi­liste. En relé­guant les pié­tons, les trans­ports en com­mun, le com­merce au rang de variables d’ajustement.

Tribune libre de Grenoble à cœur : quel bilan pour CVCM?. La désertification du centre-ville et le boulevard Édouard-Rey absurdement vide alors qu’en parallèle le boulevard Gambetta déborde.

La déser­ti­fi­ca­tion du centre-ville et le bou­le­vard Édouard-Rey absur­de­ment vide alors qu’en paral­lèle le bou­le­vard Gambetta déborde.

La liste est longue de ce qui est néces­saire pour que Grenoble se reconstruise :

1. Audit du plan de circulation.

2. Soutien aux demandes des unions de quartiers :

- Rouvrir vers l’Isère la voie de bus sur Agutte-Sembat.

- En par­tie cen­trale du cours Berriat, faire la Chronovélo sans sup­pri­mer le double-sens automobile.

- Rive droite, la déchar­ger en uti­li­sant mieux la voie Corato et en met­tant le pont de Chartreuse en double-sens.

- Rive gauche, construire une pro­me­nade pié­tonne sus­pen­due au-des­sus de la voie Corato (et ne pas recréer l’incroyable embo­lie déjà vue avec la réduc­tion à une seule voie au sor­tir du Covid!).

- Entretenir les trottoirs.

- Sécuriser les lieux pié­tons vis-à-vis des deux roues.

3. Faire du quar­tier Notre-Dame – Sainte Claire une grande zone de rencontre.

4. Conserver une tren­taine de places de sta­tion­ne­ment place de Metz comme le demandent les commerçants.

5. Rouvrir la concer­ta­tion sur l’avenue Jeanne d’Arc avec le quar­tier Abbaye-Jouhaux.

6. Geler les tra­vaux à l’Esplanade tant que le par­king silo pro­mis en 2017 n’aura pas été construit.

7. Des par­kings-relais et des navettes vers le centre-ville.

8. Des tarifs de sta­tion­ne­ment inci­ta­tifs, au lieu des plus chers de France après Paris.

Rappel : Les tri­bunes publiées sur Place Gre’net ont pour voca­tion de nour­rir le débat et de contri­buer à un échange construc­tif entre citoyens d’opinions diverses. Les pro­pos tenus dans ce cadre ne reflètent en aucune mesure les opi­nions des jour­na­listes ou de la rédac­tion et n’engagent que leur auteur.
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7 réflexions sur « Tribune libre de Grenoble à cœur : « Après 10 ans de CVCM, un centre-ville ni attrac­tif, ni apaisé, ni dynamique » »

  1. sep article
  2. Pendant que Grenoble s’est enfon­cée avec 12% de com­merces vides (en 2024, et com­bien de plus main­te­nant ?), des villes se sont améliorées.
    Les cinq au-des­sus de 100 000 habi­tants qui ont le mieux pro­gressé sont à 6,7% en moyenne. Toutes sont pour­tant des métro­poles plus petites que Grenoble, donc avec moins de clients poten­tiels pour leurs centres villes !
    https://​drive​.google​.com/​f​i​l​e​/​d​/​1​k​8​-​u​x​s​n​V​c​g​R​I​y​i​e​x​O​f​Z​a​a​5​d​_​O​A​S​n​g​0​x​w​/​v​i​e​w​?​u​s​p​=​s​h​a​r​ing

    Elles se dis­tinguent par « une poli­tique de sta­tion­ne­ment et d’ac­ces­si­bi­lité au centre-ville équi­li­brée, l’embellissement et la mise en valeur du patri­moine, l’at­ten­tion por­tée à la pro­preté, la sécu­rité, le retour d’activités ter­tiaires et d’ha­bi­tants en centre-ville ou la mise en place d’événements cultu­rels ou de pro­gram­ma­tion festive. »
    https://​www​.fran​ce​bleu​.fr/​i​n​f​o​s​/​e​c​o​n​o​m​i​e​-​s​o​c​i​a​l​/​c​o​m​m​e​r​c​e​s​-​3​7​-​d​e​s​-​v​i​l​l​e​s​-​f​r​a​n​c​a​i​s​e​s​-​o​n​t​-​r​e​u​s​s​i​-​a​-​r​e​d​u​i​r​e​-​l​e​-​n​o​m​b​r​e​-​d​e​-​m​a​g​a​s​i​n​s​-​i​n​o​c​c​u​p​e​s​-​d​e​p​u​i​s​-​2​019 – 9918072

    sep article
  3. https://​www​.pla​ce​gre​net​.fr/​2​0​2​5​/​0​5​/​0​7​/​t​r​i​b​u​n​e​-​l​i​b​r​e​-​d​e​-​g​r​e​n​o​b​l​e​-​a​-​c​o​e​u​r​-​p​o​u​r​-​q​u​i​-​l​a​-​m​e​d​a​i​l​l​e​-​d​e​-​p​l​o​m​b​-​d​e​s​-​1​2​-​d​e​-​c​o​m​m​e​r​c​e​s​-​f​e​r​m​e​s​-​a​-​g​r​e​n​o​b​l​e​/​6​5​1​807

    Rappel de chiffres que nous avons don­nés dans cette pré­cé­dente tribune :
    Nantes compte 5,8% de com­merces vides, contre 12% à Grenoble il y a un an et ça s’est aggravé depuis !
    Si l’écart par rap­port à la moyenne régio­nale était le même à Grenoble qu’à Nantes, comme ça devrait être le cas pour la ville centre d’une grande métro­pole et d’une aire urbaine de 700 000 habi­tants, Grenoble aurait 6,35% de com­merces vides. C’est à dire DEUX FOIS MOINS.

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  4. Toujours les mêmes qui font des articles truf­fés de biais et de cau­sa­li­tés hasar­deuses… Et je suis d’ac­cord avec eux que la dyna­mique com­mer­ciale n’est pas top en ce moment mais on pour­rait citer beau­coup plus de rai­sons réelles que la poli­tique de la ville,comme : des centres com­mer­ciaux de plus en plus gros en exté­rieur, une féroce com­pé­ti­tion d’in­ter­net, de nou­veaux modes de consom­ma­tion depuis le covid ou encore la crise éco­no­mique pour tous. Bref, il y a bien plus d’ar­gu­ments réels et fac­tuels que ces argu­ments poli­tiques de la part de Grenoble à Coeur 😉

    Un seul exemple de faits ignoré et de biais argu­men­taire à pro­pos du traf­fic. D’après TomTom traf­fic index, Grenoble est 24ème côté bou­chons en france en 2024 – source https://​www​.tom​tom​.com/​t​r​a​f​f​i​c​-​i​n​d​e​x​/​r​a​n​k​i​n​g​/​?​c​o​u​n​t​r​y​=FR

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  6. Bravo pour cette ana­lyse com­plète et édi­fiante des retom­bées de la poli­tique auto­phobe impo­sée par les lfi­co­los depuis leur arrivée ! 

    À rajou­ter que l’ins­tal­la­tion de Neyrpic et de Grand Place étaient vou­lues par la muni­ci­pa­lité Piolle afin de refou­ler les clients vers l’extérieur.

    Ainsi que la décon­ges­tion de Grenoble par l’a480 et la rocade ne se fera pas, puisque les élus de la majo­rité Piolle (ville+ sa majo­rité métro­po­li­taine +smtc) ont tout fait pour tor­tiller d’a­vance le pro­jet, avec des aber­ra­tions d’a­mé­na­ge­ments que tous peuvent consta­ter en se retrou­vant, 150 mil­lions plus tard et des cen­taines d’arbres abba­tus, dans les mêmes ou pires embou­teillages qu’auparavant.

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  7. Les pauvres biquets arque-bou­tés sur leurs convic­tions du XXème siècle. A fuera comme ils disent en Argentine !

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