TRIBUNE LIBRE — Le collectif Grenoble à cœur estime que la communication autour des améliorations environnementales portées par le projet CVCM (Cœurs de ville, cœurs de métropole) relève du mensonge. Et prend une fois de plus la parole pour en dresser la démonstration.
La restriction d’accès au cœur de Grenoble avait pour buts prétendus de « dynamiser le commerce » et de « réduire la pollution ». Ces mensonges et leurs effets sont connus : le temps pourtant proche où le dynamisme du centre-ville était exemplaire est tombé aux oubliettes avant même le Covid, et la ville est pour la troisième année consécutive la 4e de France la plus victime des multiples nuisances des embouteillages.
Elle est lanterne rouge d’Auvergne-Rhône-Alpes dans la lutte contre la pollution. Nous l’avions démontré avant qu’il apparaisse qu’elle est dernière de France, selon le nouvel indice d’Atmo enfin conforme aux règles européennes. Pourquoi ? À cause du plus nocif des polluants de l’air, les particules fines PM2.5. Tout à ses grandes postures et à ses projets ultra politisés, le maire de Grenoble a instrumentalisé la voiture pour masquer la réalité : l’ennemi n°1 des poumons grenoblois est le chauffage au bois.
Les leçons ont elles été tirées de ces résultats désastreux ? Non. La religion reste immuable : Selon Éric Piolle, « reconquérir notre air face à la pollution » consiste à « se libérer progressivement du diesel, y compris pour les particuliers, et à devenir une zone à faible émission ».
Particules fines : pas de baisse pendant le confinement
Les PM2.5 n’ont pas baissé en France pendant le confinement. Cela s’est vu partout, des pics ont même été observés. À cause du diesel alors que la circulation avait cessé ? Évidemment non. Et le risque que cela se produise à l’avenir est nul, les nouveaux véhicules émettant beaucoup moins en diesel qu’en essence, selon un rapport récent demandé par le ministère de la transition écologique.
Pour Grenoble à cœur, le chauffage au bois est plus polluant que les voitures. © Grenoble-Alpes Métropole
Il a été constaté à Londres en 2014 que les poêles à bois produisaient plus de particules que la ZFE (Zone à Faible Émission) n’en supprimait. Les véhicules étaient pourtant plus polluants alors qu’aujourd’hui. Mais pour Éric Piolle, ZFE équivaut à suppression du diesel, pas du poêle à bois… Alors qu’un seul émet plus de PM2.5 que 1000 automobiles dit le British Medical Journal !
En ce début d’année, le site d’ATMO Grenoble a régulièrement affiché « Mauvais. Polluants majoritaires PM2.5 ». D’après l’université de Birmingham, les particules du chauffage au bois (67% des émissions en AuRA) sont plus cancérigènes que celles du diesel (qui ne compte que pour 7%…).
Ozone : + 50 % à Londres au printemps pendant le confinement
L’ozone (O3), autre polluant particulièrement agressif, a vu son niveau dans les villes augmenter pendant le confinement. Ce phénomène lorsque la circulation baisse [1], dit « effet week-end », est bien connu. Londres s’est distinguée avec +50%, Paris a aussi connu des pics. En AuRA il n’y a « globalement » pas eu de baisse.
NO2 : Grenoble lanterne rouge régionale
Moins agressif que les PM2.5 et l’ozone, le NO2 est néanmoins un gaz irritant pour les bronches. Si la nature (bactéries, éclairs, etc) en produit largement plus que l’activité humaine, celle-ci en émet aussi. À commencer par les motorisations des transports, en particulier au diesel.
Mais toute combustion produit des NOx, y compris le bois dont les émissions sont 1,7 à 6 fois supérieures au fioul extra léger (qui est un diesel à usage domestique) et 3 à 12 fois plus importantes que le gaz [2]. En plus de ce que brûlent les poêles individuels, il est urgent de s’interroger sur le chauffage urbain grenoblois dit « vert » alors qu’il engloutit chaque année 100 000 tonnes d’arbres ! Auxquels s’ajoutent désormais les 85 000 tonnes de la nouvelle centrale Biomax…
Quant à la circulation, la spectaculaire montée au palmarès des villes les plus embouteillées depuis la mise en place de « CVCM » [3] a fait de Grenoble la lanterne rouge des métropoles régionales dans la lutte contre le NO2 !
CO2 : Ce n’est pas un polluant
Le CO2 n’est pas un polluant, pourquoi en parler ici ? Pour ne pas laisser certains politiciens faire l’amalgame, et parce qu’il y a le réchauffement climatique. On ne peut donc ignorer que le diesel en produit moins que l’essence. Ni que les Suisses ont mesuré que brûler du bois émet 25% de plus que le fioul extra léger et 63% de plus que le gaz. Quant aux arbres, ils mettent 40 à 200 ans pour repousser … Lesquels ont été abattus alors qu’ils captaient du CO2 ?
Il n’y a pas que l’air à être enfumé !
Oubliée la prétendue volonté de « dynamiser le commerce », enfumage qui avait servi pour restreindre l’accès au centre-ville de Grenoble. Il n’en est plus question, l’heure est au coup de grâce, aux temples périphériques où l’automobiliste vient faire le plein de diesel et de tout ce que produit la société de grande consommation. En effet, le maire de Grenoble a voté l’extension de Grand’ Place et a aussi refusé de demander la suspension du projet Neyrpic !
Après les mensonges, l’enfumage…
… reprend avec une nouvelle posture dogmatique sur le diesel. Et tant pis pour les livreurs ou les artisans. Le but est de remplir les colonnes des médias afin qu’on ne parle pas des échecs présents dont les précédents mensonges sont la cause.
Les quelques cyclistes sur l’emblématique autoroute à vélos Lyautey-Sembat (1635 par jour ce mois de janvier…) sont sans effet pour « dynamiser le commerce » et « réduire la pollution ».
Inauguration en 2019 du tronçon de la Chronovélo sur les boulevards Sembat-Lyautey. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net
Nos poumons ne disent pas merci alors qu’ils inhalent actuellement les particules cancérigènes du chauffage au bois, que l’épidémiologiste Rémy Slama avait averti que diminuer les PM2.5 était la priorité pour la santé à Grenoble, que les classements sont désastreux pour les embouteillages comme pour la pollution ! La ville conduite par Éric Piolle classée dernière pour la pollution, comment faire pire ? Et pourquoi l’indice d’ATMO a‑t-il si longtemps mis les poussières PM2.5 sous le tapis ?
[1] Les NOx contribuent à la formation comme à la destruction de l’ozone. La formation nécessite plusieurs heures et l’action des UV solaires, tandis que la destruction est rapide et se fait aussi la nuit. Moins de NOx peut donc avoir plus d’ozone pour conséquence. C’est ce qui s’est produit dans les villes pendant le confinement, du fait de l’arrêt du trafic automobile. Car un autre polluant favorise l’ozone en déséquilibrant cette formation-destruction : les COV (Composés Organiques Volatils). Ils sont produits à 90% par la nature, aussi les fortes concentrations d’ozone sont-elles souvent localisées au-dessus des forêts. Grenoble en est entourée. L’activité humaine en émet aussi, dont des COVNM (COV non méthaniques). Le coupable n°1 en Auvergne-Rhône-Alpes est le chauffage au bois, avec 44% des émissions contre 6% pour le trafic routier.
[2] Étude suisse réalisée par l’Office fédéral de l’environnement
[3] CVCM : Fermetures du cœur de Grenoble à la circulation dans les sens sud/nord (Bd Agutte Sembat) et ouest/est (rues République-Montorge et cours Berriat), en avril 2017.
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