Septième ville la plus embouteillée de France en 2017, Grenoble pointe désormais à la 4e place d'après le classement du fabricant de GPS Tom Tom.

« CVCM a des effets néga­tifs sur la pol­lu­tion, la santé, la flui­dité du tra­fic et la vita­lité éco­no­mique de Grenoble »

« CVCM a des effets néga­tifs sur la pol­lu­tion, la santé, la flui­dité du tra­fic et la vita­lité éco­no­mique de Grenoble »

TRIBUNE LIBRE – À l’oc­ca­sion des trois ans du lan­ce­ment à Grenoble du pro­jet Cœur de Ville Cœur de Métropole (CVCM), le pré­sident du col­lec­tif Grenoble à Cœur dresse un bilan sans conces­sions. En effet, ce col­lec­tif de com­mer­çants et d’habitants qui veut dyna­mi­ser le centre-ville et amé­lio­rer les modes de vies des usa­gers, conteste l’ef­fi­ca­cité de CVCM sur tous les plans.

"CVCM a des effets négatifs sur la pollution, la santé, la fluidité du trafic et la vitalité économique de Grenoble"La pollution en hausse dans certains quartiers de Grenoble, après la mise en place de CVCM ? Dominique Grand président de Grenoble à Coeur le démontre avec des chiffres recueillis auprès d'Atmo. © Séverine Cattiaux - Place Gre'net

La pol­lu­tion en hausse dans cer­tains quar­tiers de Grenoble, après la mise en place de CVCM ? Dominique Grand, pré­sident de Grenoble à Coeur, le démontre avec des chiffres recueillis auprès d’Atmo. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

C’est il y a trois ans, le 3 février 2017, qu’a été enté­riné le pro­jet « Cœur de Ville Cœur de Métropole » (CVCM) qui a bou­le­versé en deux jours le plan de cir­cu­la­tion du cœur de Grenoble, les 18 et 19 avril 2017. La Ville et la Métro de Grenoble ont imposé ce plan hors concer­ta­tion, ainsi qu’en fai­sant volon­tai­re­ment l’impasse sur l’étude de l’impact envi­ron­ne­men­tal pré­vue par la loi. La dis­pense avait été deman­dée, et presque aus­si­tôt obte­nue… en plein mois d’août 2016 !

La très forte ampleur de l’impact était pour­tant par­fai­te­ment connue. En effet, la pré­cé­dente muni­ci­pa­lité avait étu­dié une pro­po­si­tion de l’urbaniste A. Chemetoff qui excluait la fer­me­ture du bou­le­vard Agutte-Sembat mais « res­sem­blait, en moins pire » à CVCM (selon les mots de l’adjoint aux dépla­ce­ments de l’époque). Au vu de l’ampleur des consé­quences, la déci­sion avait été d’abandonner.

Nous ne sau­rons jamais ce que l’étude de l’impact envi­ron­ne­men­tal de CVCM aurait dit des embou­teillages, de la pol­lu­tion, du bruit. De même concer­nant l’« éva­lua­tion fine des consé­quences sur la vie com­mer­ciale » que la Ville et la Métro de Grenoble avaient pro­mise mais n’ont jamais réa­li­sée. Ce que nous savons, c’est ce que les Grenoblois constatent et disent, et ce que les orga­nismes indé­pen­dants publient. Trois ans après, quelles sont donc les consé­quences du plan de (non-)circulation de CVCM ?

Les consé­quences de CVCM sur les embouteillages*

Selon Inrix, Grenoble est pas­sée de n°10 en 2016 à n°6 en 2017 au clas­se­ment des villes les plus embou­teillées de France, avec un indice de conges­tion qui a aug­menté de 3,8 à 4,3. L’année de la mise en place de CVCM a donc vu la conges­tion grim­per de 13 % et Grenoble dépas­ser Lyon, Strasbourg, Nantes, Toulon, Lille et Toulouse !

Temps moyen passé par une conducteur dans les embouteillages en heures (2016) © INRIX

Temps moyen passé par une conduc­teur dans les embou­teillages en heures (2016) © INRIX

Loin de se nor­ma­li­ser ensuite, la situa­tion n’a cessé de se dégra­der. Selon TomTom, Grenoble est n°4 depuis deux ans : en temps perdu déjà en 2018 (avant que ne com­mencent les tra­vaux de l’A480), en temps perdu plus en taux de conges­tion en 2019 (avec le record d’augmentation, à éga­lité avec Paris !)

Les seules villes plus embou­teillées que Grenoble sont Paris, Marseille et Bordeaux. Ce sont les plus grosses métro­poles de France ! Paris est n°1, Marseille n°2, Bordeaux n°4. Que fait là Grenoble qui est bien moins peu­plée (n°11) ?

Les consé­quences de CVCM sur le vélo*

CVCM-Chronovélo pro­met­tait de « tri­pler la part modale du vélo d’ici 2020 ». Pour cela, il était annoncé que 20 800 voi­tures se trans­for­me­raient en 20 200 vélos ! C’était la condi­tion sine-qua-non pour que fonc­tionne « un plan de cir­cu­la­tion qui impose de fait des modi­fi­ca­tions de com­por­te­ment impor­tantes de la part des usa­gers à très court terme ». Sans sur­prises, toutes ces pré­dic­tions basées sur rien ont échoué.

Grenoble : "CVCM a des effets négatifs sur la pollution, la santé, la fluidité du trafic et la vitalité économique". Trafic automobile face au trafic cycliste en 2020 - Droits réservés

tra­fic auto­mo­bile face au tra­fic cycliste en 2020 – Droits Réservés

2020, nous y sommes et l’utilisation du vélo est très loin d’avoir tri­plé, tant sur Grenoble que sur la Métropole. Le comp­teur du cours Lafontaine affiche 2 150 vélos par jour. Alors que le cours Berriat et le bou­le­vard Agutte-Sembat ser­vaient 13 100 véhi­cules par jour de tra­fic local.

Grenoble à Cœur a compté les vélos sur le bou­le­vard Agutte Sembat, par beau temps lors d’une jour­née de mar­ché de Noël à la fin 2019 (**). Il pas­sait un peu plus de 5 vélos par minute aux heures de pointe et seule­ment 2 aux heures creuses !

Où sont les 20 200 vélos qui devaient rem­pla­cer 20 800 voi­tures à très court terme ?

Les consé­quences de CVCM sur la pollution

Il s’agit de l’air que res­pirent les Grenoblois et de leur santé. Le res­pect du seuil de pol­lu­tion au NO2 a été repoussé de onze ans, en 2026 au lieu de 2015. Ainsi, les élus en res­pon­sa­bi­lité depuis six ans à la muni­ci­pa­lité et à la Métro se sont défaus­sés de l’engagement public du Plan de pro­tec­tion de l’atmosphère (PPA de Grenoble) que la Ville et la Métro avaient signé en 2014.

CVCM a lar­ge­ment contri­bué à ce retard.

Car au lieu de se trans­for­mer en 20 200 vélos, les 20 800 véhi­cules se sont repor­tés ailleurs, sur des par­cours plus longs et des axes déjà satu­rés, dans le cœur de ville et sa péri­phé­rie jusqu’à la rocade ou l’A480. C’est la rai­son pour laquelle les embou­teillages ont très for­te­ment aug­menté, dès le démar­rage de CVCM. Ces embou­teillages dans la cuvette gre­no­bloise seraient-ils non pol­luants, comme cer­tains veulent le croire ? Non, bien évidemment !

Pour Atmo, le cœur de l'agglomération grenobloise, jusqu'à l'hyper-centre de la ville, est tout autant touché par la pollution au dioxyde d'azote, polluant routier, que les grands boulevards. Seules les zones piétonnes sont épargnées.

Pour Atmo, le cœur de l’ag­glo­mé­ra­tion gre­no­bloise, jus­qu’à l’hy­per-centre de la ville, est tout autant tou­ché par la pol­lu­tion au dioxyde d’a­zote, pol­luant rou­tier, que les grands bou­le­vards. Seules les zones pié­tonnes sont épargnées.

Grenoble à cœur avait mon­tré une hausse de 15 % dès 2017 sur l’unique sta­tion d’Atmo mesu­rant la pol­lu­tion du tra­fic en zone urbaine. Atmo a reconnu que la pol­lu­tion avait aug­menté sur cer­tains axes de report de cir­cu­la­tion. Cela n’est pas une décou­verte pour les rive­rains qui y vivent, et dont Atmo dit qu’ils sont plu­sieurs mil­liers à être impactés.

Combien exac­te­ment ? Atmo donne un chiffre que nous ne cite­rons pas car il n’est pas fiable et qu’il est cer­tai­ne­ment sous-estimé. En effet, faute d’avoir affecté des moyens dignes de ce nom à la mesure réelle de la pol­lu­tion, Atmo s’est reposé sur des cal­culs vir­tuels sur infor­ma­tique, avec toutes les incer­ti­tudes et inexac­ti­tudes que cela signifie*.

CVCM a donc pour résul­tat l’inverse du but affi­ché de « réduire les nui­sances et la pol­lu­tion ». Il figu­rait pour­tant en pre­mier des objec­tifs, sur le des­crip­tif com­mu­ni­qué au pré­fet de Région.

Les consé­quences de CVCM sur le bruit

En repor­tant la cir­cu­la­tion sur d’autres voies et en aug­men­tant la conges­tion, CVCM a aussi déporté le bruit. Par exemple, il a été mesuré en 2017 que le tra­fic avait aug­menté de 27 % sur les quais, avec un niveau de bruit de 72 dB le jour et 63 dB la nuit. C’est for­te­ment au-des­sus*** de ce qui avait été mesuré avant CVCM place Victor-Hugo. Et dont il avait été dit que c’était « très proche de la limite cri­tique d’exposition au bruit rou­tier », une des rai­sons avan­cées pour fer­mer le bou­le­vard Agutte-Sembat.

Dans les rues pié­tonnes « apai­sées », ce sont les nui­sances sonores noc­turnes qui ont aug­menté. Un nou­veau ter­rain de jeu a été offert aux « fêtards ». Une mono­cul­ture des ter­rasses a aussi pris place, en rem­pla­ce­ment de nombre de com­merces qui ont fermé parce qu’im­pac­tés par la baisse de venue de la clien­tèle au centre-ville. L’attractivité glo­bale s’en trouve diminuée.

Les consé­quences de CVCM sur le commerce*

Selon Procos, le centre-Ville de Grenoble était le qua­trième le plus dyna­mique de France en 2016. C’était l’année qui a pré­cédé CVCM, avant que Grenoble ne tombe dans le der­nier tiers des métro­poles, ce qui s’est pro­duit l’année après CVCM. En effet, selon Procos, deux tiers des métro­poles avaient en 2018 « un taux de vacance de locaux com­mer­ciaux rela­ti­ve­ment faible (infé­rieur à 7 %) et qui n’évolu[ait] pas, voire décro[issai]t ». Ce n’est plus le cas de Grenoble. Le taux fluc­tue autour des 10 %, le « niveau rouge d’alerte », comme l’avait dit la Métro elle-même alors qu’elle croyait en être loin.

Comment expli­quer une telle dégra­da­tion ? Qui en seule­ment deux ans a fait tom­ber la qua­trième ville la plus per­for­mante de France dans le der­nier tiers du clas­se­ment des métro­poles ? Non ce n’est pas inter­net, ni les grandes sur­faces péri­phé­riques, ni le chan­ge­ment des modes de consom­ma­tion ! Grenoble n’est pas une petite ville et tout cela existe aussi dans les autres métro­poles, qui pour les deux tiers se portent bien. Une dégra­da­tion aussi rapide du com­merce de la onzième métro­pole de France ne peut avoir qu’une seule expli­ca­tion : la bru­tale dis­pa­ri­tion de l’accessibilité. Combien d’emplois ont-ils ainsi été détruits ? Combien d’autres sont-ils encore menacés ?

Le bilan déce­vant de CVCM

Nous avions, le jour du vote de CVCM, dit devant le conseil métro­po­li­tain que : « OUI, nous avons Grenoble à Cœur, OUI nous vou­lons un pro­jet Cœur de Ville Cœur de Métropole réussi », mais aussi que « les bonnes inten­tions ne suf­fisent pas. La réa­li­sa­tion n’a fait l’objet d’aucune étude sérieuse de ses consé­quences. Tout montre pour­tant qu’elles seront néga­tives sur la pol­lu­tion, la santé, la flui­dité des dépla­ce­ments, la vita­lité économique. »

On constate trois ans plus tard les consé­quences, qu’une étude de l’impact envi­ron­ne­men­tal aurait vues si le mot envi­ron­ne­ment avait pour les res­pon­sables de la Ville et de la Métro l’importance qu’ils lui donnent dans leurs dis­cours. Mais ils ont choisi d’en faire l’impasse, ce qui risque fort de leur être repro­ché par la jus­tice, comme l’a fait le tri­bu­nal admi­nis­tra­tif de Lyon en annu­lant une dis­pense déli­vrée quelques mois après celle de CVCM.

Dominique Grand (pour Grenoble à Cœur)

* Toutes les sources et expli­ca­tions com­plé­men­taires sont four­nies dans les cinq com­mu­ni­qués publiés sur notre site entre le 9.10.2019 et le 11.02.2020

** Des extraits vidéo sont visibles sur notre site

*** Supérieur à quatre fois plus le jour (+7 dB) et à deux fois plus la nuit (+4 dB)

Rappel : Les tri­bunes publiées sur Place Gre’net ont pour voca­tion de nour­rir le débat et de contri­buer à un échange construc­tif entre citoyens d’opinions diverses. Les pro­pos tenus dans ce cadre ne reflètent en aucune mesure les opi­nions des jour­na­listes ou de la rédac­tion et n’engagent que leur auteur.

Vous sou­hai­tez nous sou­mettre une tri­bune ? Merci de prendre au préa­lable connais­sance de la charte les régis­sant.

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