Gestion de l’eau, armes russes, politique sociale… L’industrie de la microélectronique iséroise sous le feu des critiques

Gestion de l’eau, armes russes, politique sociale… L’industrie de la microélectronique iséroise sous le feu des critiques

ENQUÊTE – Manifestations contre l’accaparement de l’eau par les industriels des semi-conducteurs, mise en demeure de STMicroelectronics, détournement parodique d’une vidéo de promotion, performance raillant le salon Tech&fest… Depuis le début des années 2020, la filière microélectronique fait l’objet en Isère d’une contestation croissante visant son impact environnemental, social et sociétal. Des conséquences de l’extension de l’usine ST de Crolles aux composants Lynred retrouvés sur des armes russes, en passant par les conditions de travail chez Soitec, activistes écologistes, militants associatifs et syndicalistes dénoncent l’envers du décor de ces fleurons de l’innovation grenobloise.

Dans la vidéo de moins de dix minutes intitulée « La microélectronique en quête de désertion », les logos de Grenoble-Alpes Métropole et de la préfecture de l’Isère apparaissant en ouverture ne trompent pas longtemps. D’emblée, la voix off donne en effet le ton : « Et si on confinait nos vies dans des boîtiers électroniques ? » Diffusé le 14 janvier 2024, deux mois après l’original, ce détournement parodique a été réalisé par le collectif STop Micro.

Salariés en tenue à l'intérieur de l'usine STMicroelectronics de Crolles. © Artechnic

Salariés de l’usine STMicroelectronics de Crolles, l’une des entreprises les plus critiquées par les opposants. © Artechnic

Les militants écologistes ont conservé les images et modifié uniquement le fond sonore et les voix pour tourner en dérision le plaidoyer des deux institutions en faveur de l’industrie de la microélectronique. Une vidéo de « propagande assez peu représentative de la réalité », selon le collectif, qui explique avoir « voulu la rendre plus honnête et moins abêtissante ».

Grenoble, capitale française de la microélectronique

Cette action symbolique s’inscrit dans une vaste offensive lancée depuis maintenant quelques années par les détracteurs de la filière, qui font feu de tout bois contre les industriels de la microélectronique et des semi-conducteurs. Une vraie bataille idéologique entre deux camps aux philosophies diamétralement opposées.

De fait, le secteur pèse lourd en Isère, plus particulièrement dans le bassin grenoblois, considéré, avec Minalogic, comme l’un des principaux pôles mondiaux de compétitivité pour les technologies de la microélectronique. Un pôle porté par ses locomotives, STMicroelectronics et Soitec (respectivement à Crolles et à Bernin), son centre de recherche, le CEA-Leti, sur le campus Minatec, et sa myriade de start-up.

Les substrats de carbure de silicium, disques ultrafins sur lesquels sont gravés puis découpés les composants électroniques, font la renommée des industries de la microélectronique du bassin grenoblois. © Soitec

Plus de 4 500 recrutements sont d’ailleurs prévus dans la région grenobloise, à l’horizon 2025, selon un recensement de l’Afpa. Et ce, dans une industrie jouissant d’un très fort soutien public. Illustration : l’aide colossale de 2,9 milliards d’euros attribuée par l’État pour l’extension de l’usine STMicroelectronics de Crolles1sur 7,5 milliards au total. Ou encore l’investissement commun de 60 millions d’euros de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et du CEA pour la filière, annoncé en janvier 2024.

Une contestation plus massive et plus large

Face à cela, la contestation est longtemps restée cantonnée à un cercle assez restreint, gravitant autour des sphères libertaires et écologistes ou de la mouvance « anti-tech », incarnée par le collectif Pièces et main-d’œuvre (PMO). Mais depuis quelques années, les critiques se font de plus en plus massives, séduisant beaucoup plus largement. Et surtout, de manière non cloisonnée désormais.

Isère : l'industrie de la microélectronique sous le feu des critiques

Un millier de personnes ont manifesté en avril 2023 à Crolles, à l’appel du collectif STop Micro, contre l’accaparement de l’eau potable par l’industrie de la microélectronique, mais aussi contre les usages militaires des composants. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Les sujets de contestation sont pourtant très variés. Certains dénoncent ainsi l’accaparement de l’eau potable par les industriels de la microélectronique, notamment STMicroelectronics et Soitec. D’autres pointent les composants électroniques d’entreprises iséroises – en l’occurrence Lynred et ST – retrouvés sur des armes russes en Ukraine, malgré l’embargo en vigueur contre la Russie. Sans oublier les syndicalistes ayant conduit des grèves, comme à Soitec en 2022.

« Les enjeux écologiques sont liés à ceux de l’armement »

Mais sur le terrain, l’heure est plus que jamais à la convergence des luttes. « Les enjeux écologiques sont liés à ceux de l’armement », assure ainsi Tony Fortin, chargé d’études à l’Observatoire des armements, évoquant « les conséquences de ce qu’on produit ». Se pose alors « la question de la viabilité d’un mode de développement qui repose sur la profusion des composants ».

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Manuel Pavard

Auteur

3 réflexions sur « Gestion de l’eau, armes russes, politique sociale… L’industrie de la microélectronique iséroise sous le feu des critiques »

  1. Combien de bobos privilégiés de ces opposants sont prêts à ce que les travailleurs de ST Micro et les travailleurs des sous-traitants, perdent leus travail au profit d’autres pays qui n’ont cure de leur peitits soucis en polluant plus et en consommant plus d’eau encore?

    sep article
  2. Il faudrait aussi surveiller de plus près les coutelleries à Thiers. Tous les jours des gens sont tués ou blessés à coups de couteaux.
    Et en plus, la métallurgie c’est très fortement émetteur de CO2.

    sep article
  3. Il est étrange et riisible de voir les contestataires avec un téléphone mobile dans les mains, une belel TV écran plat à la maison et une voiture avec de l’électronique…dont les composants viennent de STMicroelecronics !
    Préfèrent-ils détruire les emplois locaux associés et acheter les équipements électroniques à des coréens ou chinois ?
    Oui il faut faire attention à l’environnement, et poursuivre les efforts. Cependant ST est davantage vertueux que les concurents étrangers.

    sep article

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