EN BREF – Les médecins généralistes sont en grève, en Isère comme sur l’ensemble du territoire national, pour demander une revalorisation sensible des cotisations et la diminution des charges administratives. En Isère, plus de 60 % des cabinets ont observé le mouvement du vendredi 13 octobre et de 50 à 60 % maintiendraient le mouvement jusqu’à mardi, selon le syndicat MG France.
La grève accompagnée de manifestations pour le pouvoir d’achat n’était pas le seul mouvement social qui se tenait le vendredi 13 octobre 2023. Les médecins généralistes étaient eux aussi en grève. Un mouvement particulièrement suivi, notamment en Isère, où plus de 60 % de cabinets étaient fermés, selon le syndicat MG France. Et ceux-ci n’ont pas forcément rouvert le lundi suivant…

Quand les étudiants en médecine manifestaient contre un projet du gouvernement d’inciter les jeunes médecins à s’installer dans des déserts médicaux. Le 13 octobre, ce sont les généralistes déjà installés qui faisaient grève, face à leur charge de travail et le montant de leurs consultations. © Joël Kermabon – Place Gre’net
Gilles Perrin, membre du bureau de MG France Isère, estime le taux de médecins généralistes grévistes entre 50 et 60 % pour la journée du 16 octobre, avec un mouvement appelé à être maintenu le mardi 17. Le médecin indique également à Place Gre’net qu’une délégation de pas moins de 80 médecins a été reçue par la CPAM 38 le lundi matin, tandis qu’un rendez-vous est prévu avec l’adjoint à la Santé de Grenoble Pierre-André Juven le lendemain.
Les raisons du mouvement ? Tout d’abord, le montant des consultations, actuellement établi à 25 euros et dans un mois à 26,50. Et pas question pour Gilles Perrin de laisser croire que les médecins veulent s’enrichir. « Nous n’avons pas été augmentés depuis sept ans. Je vous laisse regarder l’inflation… Les 1,50 euro qu’on nous propose dans un mois, c’est ridicule ! », proteste-t-il. À ses yeux, la base de négociation devrait se fixer à 30 euros par consultation.
Le métier de médecin généraliste « se déglingue »
À cela s’ajoute une pression administrative de plus en plus forte, dénonce le professionnel de santé. Ce dernier juge ainsi symptomatiques les récentes déclarations de Bruno Le Maire sur la limitation des arrêts de travail, en particulier quand des médecins sont mis en cause pour avoir prescrit “trop” d’arrêts… sans étude des cas médicaux concernés. « Je suis prêt à répondre de tous mes arrêts de travail, mais si on me dit qu’il faut diminuer de 10 % dans un an, ça s’appelle des quotas ! », fustige Gilles Perrin.

Université de Grenoble, Pharmacie et Médecine, à La Tronche. Les jeunes médecins généralistes qui s’installent ne compensent pas le nombre de départs à la retraite, alerte MG France 38. © Chloé Ponset – Place Gre’net
Quant à la charge de travail, elle explose quand, en Isère, deux médecins partent en retraite pour un médecin qui ouvre un nouveau cabinet. « Nous voulons soigner dans la qualité, et actuellement la qualité c’est difficile car, si je veux voir tout le monde, je dois faire des consultations courtes. On veut du temps médical ! », lance Gilles Perrin. Même constat pour la présidente de MG France Isère Déborah Cadat, dont la réponse automatique à ses mails traduit un métier « qui se déglingue ».
Pas de quoi attirer des jeunes médecins, qui changent de voie ou se tournent vers le salariat, observe Gilles Perrin. Qui souhaite plus de visibilité et de reconnaissance pour les généralistes. « Les médecins, c’est dans un cabinet, à l’abri du regard. Ce n’est pas comme le Samu avec un gyrophare. C’est invisible… mais nous sommes le dernier rempart avant l’hôpital, et il faut qu’on reconnaisse tout ce travail fait en amont », conclut-il.

