EN BREF – Créée en 2021, la Communauté professionnelle territoriale de santé de Grenoble fédère près d’un quart des professionnels grenoblois, médecins ou autres. Mardi 26 septembre, l’association a livré les résultats d’une étude sur la médecine générale dans la capitale des Alpes. Elle dresse un constat alarmant et tente d’y remédier.
La médecine générale ne se porte pas très bien à Grenoble. La Communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) en témoigne après avoir mené une grande enquête de septembre 2022 à septembre 2023. Outre les 71 médecins généralistes libéraux exerçant à Grenoble en activité régulière et durable, l’association a pris en compte 25 praticiens salariés dans cinq centres de santé Agecsa.

Les représentants de la CPTS de Grenoble présentant les résultats de leur étude. De gauche à droite : Déborah Cadat, vice-présidente, Kévin Margottat, président, Inès Zaaboub, chargée de mission, et Claire Guichou, directrice. © Martin de Kerimel – Place Gre’net
Résultat : en matière de démographie médicale, Grenoble apparaît moins bien dotée que l’Isère, l’Auvergne Rhône-Alpes et même la France entière. La ville affiche ainsi une densité de seulement 6,1 médecins pour 10 000 habitants, contre 8,7 professionnels au niveau national, 9,1 en région Aura et 9,4 dans le Département de l’Isère.
Les généralistes de Grenoble plus âgés que la moyenne de leurs confrères
Cette situation de la médecine générale n’est pas sans conséquence. A fortiori parce que l’âge moyen des médecins grenoblois approche les 54 ans (contre 50 en Isère). Au vu des données de la Caisse primaire d’Assurance maladie, la CPTS s’inquiète particulièrement du taux de cessations d’activité (deux pour une installation). En juin, près de 49 000 patients de Grenoble étaient ainsi suivis par un médecin traitant de plus de 60 ans.

Preuve de l’intérêt de l’étude : de nombreux professionnels de santé ont assisté à la présentation des résultats. Une conférence organisée mardi 26 septembre au Musée de Grenoble. © Martin de Kerimel – Place Gre’net
Pour répondre à la demande de soins, il faudrait en outre une meilleure répartition des praticiens et que chaque généraliste suive 1 648 patients. La totalité des médecins interrogés jugent d’ailleurs l’offre de soins insuffisante, d’après la CPTS. La preuve : 98% d’entre eux répondent avec difficulté aux sollicitations des patients.
Autres observations : à Grenoble, plus de trois médecins généralistes sur quatre exercent de manière regroupée (contre 69% en moyenne en France). Et les femmes représentent plus de la moitié des effectifs, soit 56,3% des généralistes, alors qu’elles sont seulement 46% à l’échelle de la France.
Les médecins expriment une volonté d’exercice coordonné
Sans surprise, les médecins de Grenoble jugent leur métier exigeant. « Il requiert une demande psychologique élevée, en raison d’injonctions contradictoires, d’une charge de travail élevée, d’une forte charge émotionnelle et d’un manque de coordination », mentionne l’enquête. D’où une prédisposition aux risques psychosociaux. Près de quatre médecins sur cinq (78,3%) déclarent d’ailleurs ne plus accepter de nouveaux patients, que ce soit en tant que médecin traitant ou de manière exceptionnelle.

Parmi les problèmes soulevés par les médecins généralistes grenoblois : un temps trop important consacré aux tâches administratives, au détriment de leurs activités de santé. © Martin de Kerimel – Place Gre’net
Autre donnée inquiétante : la moitié des médecins ont été victimes d’une agression verbale au cours des douze derniers mois, d’après les constatations de la CPTS de Grenoble. Et le chiffre est encore plus élevé concernant les agressions de leurs secrétaires.
Enfin, 89% des praticiens estiment que les tâches administratives ont un impact négatif sur la qualité de leur travail. Elles les occupent en moyenne six heures et demie par semaine. Évolution encourageante : les médecins sont 54% à travailler aujourd’hui avec de ‘nouveaux métiers’ (infirmières Asalée ou en pratique avancée, assistants médicaux…).
« Les médecins expriment une volonté d’exercice coordonné et y perçoivent des avantages tels que l’amélioration de la qualité des soins, la fluidification des parcours de soins, des réponses plus réactives aux demandes de soins, ainsi que la motivation et le bien-être au travail. »









