Campagne du Département de l’Isère : bilan de mi-mandat pour les uns, autopromotion pour les autres

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EN BREF – Le Conseil départemental de l’Isère lance une nouvelle campagne d’affichage. Son objectif ? Mettre en avant l’action de la majorité départementale au pouvoir à l’occasion d’un bilan de mi-mandat. Une communication éminemment politique, dont certains s’offusquent qu’elle soit financée par l’argent public.

 

 

« On est les meilleurs ! » Pour pré­sen­ter la nou­velle cam­pagne de com­mu­ni­ca­tion du Conseil dépar­te­men­tal de l’Isère, son pré­sident Jean-Pierre Barbier ne fait pas dans la fausse modes­tie. « On est très heu­reux et très fiers de ce que nous avons fait », insiste-t-il. C’est tout le sens des affiches concoc­tées par la col­lec­ti­vité, titrées « Le Département tient ses pro­messes » et accom­pa­gnées d’une même cita­tion : « Dire ce que l’on va faire, faire ce que l’on a dit, on ne conçoit pas la poli­tique autre­ment. »

 

Jean-Pierre Barbier présente la campagne de mi-mandat, entouré de ses vices-présidentes et présidents © Florent Mathieu - Place Gre'net

Jean-Pierre Barbier pré­sente la cam­pagne de mi-man­dat, entouré de ses vice-pré­si­dentes et pré­si­dents © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Parmi les mes­sages véhi­cu­lés : « Le meilleur du tou­risme », « 0 % d’aug­men­ta­tion d’im­pôt », « Relancer l’é­co­no­mie isé­roise » ou encore « La mon­tagne au som­met ». Le tout assorti à chaque fois d’une grande image d’illus­tra­tion. Un affi­chage sobre et régu­lier repo­sant, explique le pré­sident du Département, sur ce qu’il défi­nit comme « cinq piliers » : la parole, la réac­ti­vité, le pou­voir d’ac­tion, l’a­ve­nir et la proxi­mité.

 

 

Redorer l’image de la politique

 

Affiche de bilan de mi-mandat du Département © Conseil départemental de l'Isère

Affiche de bilan de mi-man­dat du Département © Conseil dépar­te­men­tal de l’Isère

Pour Jean-Pierre Barbier, il est grand temps de redo­rer l’i­mage de la poli­tique. « On voit la dégra­da­tion de la confiance du public et des élec­teurs. Il faut abso­lu­ment réta­blir cette confiance ! », prêche-t-il. D’où l’im­por­tance de la parole tenue. « On a bien dit ce que l’on pen­sait, on a bien fait ce que l’on disait », pour­suit-il. Et cela dans un seul but : « Améliorer la vie des Isérois ».

 

Redorer la confiance, c’est aussi jouer la carte de la proxi­mité. Un « style » reven­di­qué par la majo­rité du conseil dépar­te­men­tal, dont les élus et le pré­sident lui-même assurent de fré­quentes per­ma­nences dans les ter­ri­toires. « Si je fais de la poli­tique, c’est parce que j’aime les gens, pro­clame Jean-Pierre Barbier. Si demain, la poli­tique doit se faire sans cette proxi­mité, ça ne m’in­té­resse plus. »

 

 

Les moments clés de mi-mandat

 

Quels moments-clés de son action le Département veut-il mettre en avant ? Jean-Pierre Barbier se sou­vient de la crise du tun­nel du Chambon, évoque le « sau­ve­tage » récent des ser­vices d’aide à domi­cile, et revient natu­rel­le­ment sur l’in­cen­die du col­lège Lucie-Aubrac. Avec une confi­dence : les ser­vices tech­niques n’é­taient pas favo­rables à une réou­ver­ture du col­lège des Saules. Une « solu­tion poli­tique et humaine » mal­gré tout pré­fé­rée par le Département à « la “bonne” solu­tion tech­nique ».

 

Affiche de bilan de mi-mandat du Département © Conseil départemental de l'Isère

Affiche de bilan de mi-man­dat du Département © Conseil dépar­te­men­tal de l’Isère

Jean-Pierre Barbier n’ou­blie pas de rap­pe­ler la créa­tion de la marque ter­ri­to­riale Alpes Is(h)ere, ni les 100 mil­lions d’eu­ros inves­tis pour le plan de relance du BTP, ou un plan pis­cines qui devrait per­mettre aux ter­ri­toires ruraux de dis­po­ser d’é­qui­pe­ments nata­toires.

 

Autre élé­ment pour « pré­pa­rer l’a­ve­nir » ? Le réamé­na­ge­ment de l’A480. « Même si le Département ne porte pas ce sujet, je crois que son action a été déci­sive sur ce dos­sier », juge le pré­sident du Conseil dépar­te­men­tal.

 

Et si la ques­tion sociale est absente des pre­mières affiches, le Département met encore en avant durant la pré­sen­ta­tion de son bilan la réci­pro­cité, pierre angu­laire de sa poli­tique, notam­ment à l’in­ten­tion des allo­ca­taires du RSA. Une réci­pro­cité qui devrait pro­ba­ble­ment figu­rer dans une « deuxième vague » d’af­fiches, nous pré­cisent par ailleurs les ser­vices du Département.

 

 

Une « propagande » financée par l’argent public, juge l’opposant Erwann Binet

 

Message d'Erwann Binet, capture d'écran Facebook

Message d’Erwann Binet, cap­ture d’é­cran Facebook

Sans sur­prise, la cam­pagne ne plaît pas à tout le monde… à com­men­cer par les oppo­sants à l’ac­tuelle majo­rité du Département. Sur les réseaux sociaux, le conseiller dépar­te­men­tal socia­liste Erwann Binet n’hé­site pas à qua­li­fier l’i­ni­tia­tive du Département de « pro­pa­gande ». « Cette cam­pagne n’a d’autre voca­tion que celle de rap­pe­ler aux Isérois.e.s l’i­den­tité de ceux qui gèrent le dépar­te­ment de l’Isère depuis trois ans », écrit ainsi l’an­cien député de l’Isère.

 

Un « cri d’au­to­sa­tis­fac­tion », pour­suit Erwann Binet, que le finan­ce­ment inter­roge. « Dans quel autre pays voit-on les deniers publics uti­li­sés dans une cam­pagne d’auto-pro­mo­tion si peu sub­tile qu’elle frise le ridi­cule ? », attaque le conseiller dépar­te­men­tal, avant d’as­sé­ner : « Cette cam­pagne va coû­ter l’argent que jean-Pierre Barbier pleure chaque jour ne pas avoir. »

 

 

Une droite providentielle ?

 

Un mes­sage poli­tique financé par l’argent public ? Jean-Pierre Barbier décrit lui-même la nou­velle série d’af­fiches du Département comme une « cam­pagne de mi-man­dat »… mais rela­ti­vise : « Ce n’est pas une cam­pagne poli­tique, c’est une cam­pagne d’in­for­ma­tion. Il faut bien infor­mer les gens de ce que nous avons fait. » Pour quel mon­tant ? « Je vous ras­sure, c’est moins de 10 000 euros, tout a été fait en interne », pré­cise-t-il.

 

Affiche de bilan de mi-mandat du Département © Conseil départemental de l'Isère

Affiche de bilan de mi-man­dat du Département © Conseil dépar­te­men­tal de l’Isère

Une chose est sûre : l’op­po­si­tion ne l’é­meut guère, ni ne l’é­branle. « On a une oppo­si­tion au Département qui est très poli­tique et n’est pas construc­tive », estime Jean-Pierre Barbier. Quant aux mani­fes­ta­tions de col­lec­tifs ou d’as­so­cia­tions qui ont accueilli en début de man­dat les nou­velles orien­ta­tions du conseil dépar­te­men­tal, elles sus­citent sur­tout l’a­ga­ce­ment. De nou­velles pro­tes­ta­tions sont-elles à venir ? « Vous le pen­sez ou vous l’es­pé­rez ? », nous rétorque-t-il.

 

On l’aura com­pris, c’est la fierté pleine et entière et la pro­mo­tion de son bilan qu’en­tend por­ter la majo­rité du Département. Une droite pro­vi­den­tielle ? Jean-Pierre Barbier revient sur les élec­tions de 2015 : « Il y a trois ans, cer­tains vou­laient dévi­ta­li­ser les dépar­te­ments, éteindre la lumière. Heureusement que tout cela ne s’est pas pro­duit. C’est bel et bien l’en­semble des habi­tants qui auraient été péna­li­sés ! »

 

Florent Mathieu

 

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Commentaires 1
  1. « Améliorer la vie des Isérois », fait par­tie de l’au­to­pro­mo­tion bar­bie­renne. Il aurait dû écrire « isé­rois de souche », car les étran­gers n’ont droit à rien, vous savez ces sans papiers qui osent habi­ter le dépar­te­ment avec leurs enfants de moins de 3 ans … Alors que l’aide sociale à l’en­fance ne fait pas la dif­fé­rence entre les « de souche » et les autres, l’an­née der­nière il a fallu quelque peu insis­ter pour que les familles étran­gères reçoivent une petite aide : 1520€ pour l’an­née (500 € pour 3 mois = 1500 € pour 3 tri­mestres et 20 € pour le 4e celui de Noël et des fêtes de fin d’an­née). Cette année, rebe­lotte, les familles étran­gères sans titre de séjour mais avec des enfants de moins de 3 ans n’ont droit à plus rien du tout. Il fau­dra aller au tri­bu­nal pour que le loi soit res­pec­tée ?
    Effectivement, il vaut mieux que Barbier évite de par­ler du social, tota­le­ment inexis­tant dans ses actions d’esbroufe.

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