FOCUS – Alors que TéléGrenoble va fêter ses 20 ans en octobre 2025, une nouvelle présidente, Anne Roinat, succède à Gérard Balthazard, en poste depuis près de quinze ans. L’occasion pour la chaîne de télévision locale d’annoncer une nouvelle dynamique pour la rentrée de septembre : changement de charte graphique, refonte des programmes pour « rajeunir l’audience »… et même un nouveau nom. Le tout avec un objectif stratégique : renforcer l’équilibre entre clients publics et privés, alors que la chaîne dépend très largement des fonds publics.
Nouveau chapitre pour TéléGrenoble. Alors que la chaîne de télévision locale soufflera ses vingt bougies le 20 octobre 2025, elle annonce dans un communiqué daté du 24 juin un changement de présidence. Gérard Balthazard, président du média depuis près de quinze ans, a ainsi cédé sa place (et ses parts) à Anne Roinat, une « figure reconnue du monde des médias et de la communication ».
La nouvelle présidente est en effet la fondatrice et dirigeante de l’agence de communication iséroise Ailleurs, ainsi que l’éditrice du magazine Labelimmo, diffusé en Isère, Savoie et Haute-Savoie. De quoi conforter Gérard Balthazard dans l’idée que « ce passage de relais incarne une transition cohérente et ambitieuse, portée par une parfaite complémentarité entre les deux univers ».

TéléGrenoble change de présidence et annonce une nouvelle identité visuelle, de nouveaux programmes… et un nouveau nom. DR
« Je suis très honorée de prendre la suite de Gérard Balthazard, dont l’engagement et la vision ont permis à TéléGrenoble de devenir un acteur incontournable du paysage médiatique territorial », déclare pour sa part Anne Roinat. Avant de fixer ses ambitions: « Faire rayonner encore davantage cette chaîne unique, en restant fidèle à son ADN de proximité tout en l’ouvrant résolument aux nouveaux usages et à de nouveaux publics ».
Un changement de nom et de logo en septembre 2025
De nouveaux usages pour de nouveaux publics? Outre un changement de nom annoncé pour la rentrée de septembre, TéléGrenoble va refondre son logo, sa charte graphique et son site Internet. Sans compter une « digitalisation » renforcée de ses contenus et la diffusion de formats mieux adaptés aux périphériques mobiles. Enfin, une nouvelle grille de programmes verra le jour, « pensée pour rajeunir et élargir l’audience » (cf. encadré), avec l’arrivée de « nouveaux talents à l’écran ».
L’audience de TéléGrenoble divisée par deux en dix ans ?
En se basant sur l’étude Médiamétrie des TV locales de septembre 2022 à juin 2023, la chaîne locale indique être connue par près de 75 % des habitants du « grand » territoire grenoblois (soit 426 400 individus). Un sur trois la regarderait en outre régulièrement. Sur une journée moyenne, TéléGrenoble totalise ainsi 1,2 % de l’audience cumulée des chaînes de la TNT dans cette zone.
Résultats d’audience cumulée sur le bassin grenoblois des chaînes de la TNT, entre septembre 2022 et juin 2023 (dernière étude réalisée par la chaîne locale). TéléGrenoble arrive 10e ex-aequo avec RMC Découverte (1,2%). Source : Médiamétrie
« Chaque semaine, 50 000 téléspectateurs suivent TéléGrenoble via la TNT, ce qui confère une place à la chaîne territoriale dans le Top 10 des chaînes [sur le seul territoire grenoblois, la chaîne locale arrive en 10e position ex-aequo avec RMC Découverte, ndlr] », se félicite encore la direction, sur la base de la même étude. Une étude de Médiamétrie que TéléGrenoble a toutefois refusé de nous fournir dans sa totalité « pour des raisons stratégiques ».
Or, d’après les chiffres d’audience de Médiamétrie remontant à 2011 -2012, et cités par la direction de la chaîne elle-même, 100 000 téléspectateurs regardaient TéléGrenoble par semaine en moyenne… Ce qui signifierait une audience divisée par deux en dix ans. Des chiffres par ailleurs déjà donnés en 2006, un an après son lancement par Francis Raux, alors directeur général, dans Acteurs de l’économie.
« La nouvelle présidente entend également renforcer l’équilibre entre clients publics et privés, en fédérant collectivités et partenaires économiques autour d’un projet média ancré localement et tourné vers l’avenir », indique encore TéléGrenoble. Et pour cause, la chaîne locale est très largement financée par l’argent public, en échange d’une mise en avant des territoires et des élus locaux, notamment au travers de conventions avec la Ville et la Métropole de Grenoble. Mais pas seulement.
Environ 700 000 euros par an d’argent public
En additionnant les sommes versées par la Métropole, la Ville de Grenoble, la Région (en fonctionnement), et celles du Département (30 000 euros par an), de l’État (5 000 euros) ou des villes de Fontaine (35 000 euros) et Voiron, la chaîne a ainsi capté environ 700 000 euros d’argent public par an, pour un chiffre d’affaires annuel oscillant entre 1,4 et 1,5 million d’euros. Une dépendance qui implique, par nature, que ses productions relèvent davantage de la communication institutionnelle que du journalisme.
Du reste, la Chambre régionale des comptes (CRC) avait pointé l’absence de contrôle sur la somme allouée par la Métropole de Grenoble à TéléGrenoble, dans un rapport de 2021. « Durant la période 2014 – 2019, plus de 2 millions d’euros ont été versés à la SAS TéléGrenoble, sans aucun contrôle de l’EPCI1Établissement public de coopération intercommunale sur le coût du service ou d’évaluation de son impact », déplorait ainsi la CRC.
La Métropole a ensuite financé la télévision locale à hauteur de 325 000 euros par an sur la période 2021 – 2024. La convention, renouvelée pour trois ans en juin 2024, entre cette dernière et TéléGrenoble a encore attribué à la chaîne 303 248 euros TTC pour la seule année 2024 – 2025.
Autre particularité de la chaîne : le journaliste Christophe Revil, déjà maire de Claix et conseiller métropolitain, et Nathalie Faure, chef d’édition de l’émission Esprit Montagne, par ailleurs compagne à la ville de l’ancien président Gérard Balthazard, ont tous deux été élus conseillers départementaux, la seconde devenant même vice-présidente déléguée à la montagne. Face aux risques avérés de conflits d’intérêts, cette dernière a finalement quitté son poste à TéléGrenoble fin 2022.
Des locaux privés financés en grande partie par l’argent public
La SAS Immo TéléGrenoble créée en 2014 et détenue majoritairement par son président Thibault Leduc et Gérard Balthazard, a acquis à l’époque les nouveaux locaux hébergeant la chaîne, au 5 rue Eugène-Faure. À l’été 2015, TéléGrenoble a ainsi quitté ses bureaux de la zone d’activité Technisud pour s’installer au troisième étage du Palladium, immeuble flambant neuf construit par le promoteur Safilaf.
La chaîne dispose de 320 m² d’espace et d’un plateau de 60 m² qui ont coûté « 1,3 million d’euros, financés en grande partie par un prêt bancaire », indiquait Gérard Balthazard dans une interview à L’Essor, en décembre 2014.
La SAS Immo TéléGrenoble a acheté les locaux abritant depuis 2015 le siège de la chaîne, au 5 rue Eugène-Faure. © Chloé Ponset – Place Gre’net
« On a emprunté de l’argent pour acheter les locaux et on paye un loyer à la société », confirmait Thibault Leduc à Place Gre’net en janvier 2022. Chaque mois, la SAS TéléGrenoble verse ainsi un loyer d’ « environ 50 000 euros par an » à la SAS Immo TéléGrenoble. Cette dernière peut donc rembourser un crédit financé en partie – via le paiement des loyers – par l’argent public perçu des collectivités ou établissements public de coopération intercommunale (EPCI).












Une réflexion sur « TéléGrenoble : une nouvelle présidente, de nouveaux nom et logo… avant de réduire sa dépendance aux fonds publics ? »
Pour ceux qui aiment la propagande politique locale, cette chaîne est parfaite.