FOCUS – Trois médecins traitées de « feignasses » dans un message anonyme affiché sur leur cabinet à Crolles, le 4 janvier 2024, une généraliste giflée par un patient à Meylan, le 10 janvier… Des faits qui s’ajoutent à la liste des incivilités, menaces, insultes ou agressions vécues par les médecins, de plus en plus souvent pris à partie, en Isère comme partout en France. Inquiets face à la dégradation de la situation, le conseil de l’Ordre et les syndicats dénoncent, pêle-mêle, un « problème d’éducation » des patients, la pénurie de praticiens allongeant les délais de rendez-vous ou encore l’effondrement du système de santé.
« Intolérable », « inadmissible », « incompréhensible », « inqualifiable »… Le Dr Gilles Perrin, médecin généraliste à Grenoble et trésorier du syndicat MG France Isère, n’a pas de mots assez forts pour qualifier la multiplication des agressions visant les médecins ces derniers temps. Un phénomène, à la fois local et national, que « la République française ne peut pas laisser passer », assène-t-il, appelant « l’État à prendre ses responsabilités ».

Après les dernières insultes et agressions ayant visé des médecins généralistes à Crolles et Meylan, en janvier 2024, le conseil de l’Ordre et les syndicats tirent la sonnette d’alarme. © demaerre / iStock
Selon le conseil départemental de l’Isère de l’Ordre des médecins, il ne se passe ainsi « pas un seul jour sans que l’on ne recense une agression de personnel médical ou paramédical, qu’elle soit verbale ou physique », sur le territoire du Sud-Isère. Des faits qui peuvent prendre la forme de propos injurieux, mais aussi de menaces, intimidations… Et parfois même de coups, comme le mercredi 10 janvier 2024, à Meylan.
Giflée par un patient qui exigeait un rendez-vous le jour même
Ce jour-là, une médecin généraliste avait été prise à partie et frappée, dans son cabinet, par un patient souffrant de troubles psychiatriques, qui exigeait d’être reçu en consultation sur le champ. Et ce, bien qu’il ait rendez-vous un autre jour. Face au refus de la praticienne, l’homme l’avait violemment agrippée par le bras, puis giflée.
« Le même patient avait déjà agressé un cardiologue », s’émeut Gilles Perrin. Un individu « relevant normalement de la psychiatrie mais n’ayant pas pu être pris en charge en raison du manque de place dans les services psychiatriques », souligne le Dr Pascal Jallon, président du conseil départemental de l’Ordre des médecins, qui s’est constitué partie civile dans ce dossier.

Le conseil départemental de l’Ordre des médecins, présidé par le Dr Pascal Jallon, s’est constitué partie civile pour l’agression d’une généraliste de Meylan, giflée par un patient dans son cabinet, le 10 janvier 2024. © Anissa Duport-Levanti – Place Gre’net
Recherché, le suspect s’est finalement livré aux gendarmes de Meylan, vendredi 12 janvier, et a été placé immédiatement en garde à vue. Déféré au parquet le lendemain, l’homme de 48 ans a été placé sous contrôle judiciaire jusqu’à son procès devant le tribunal correctionnel de Grenoble, prévu le 2 mai 2024.
Trois médecins de Crolles traitées anonymement de « feignasses »
Cette affaire survenait en outre moins d’une semaine après un autre cas ayant fortement ému la profession. Jeudi 4 janvier 2024, trois femmes médecins généralistes, installées à Crolles, ont en effet découvert, scotché sur la boîte aux lettres de leur cabinet, un message anonyme avec les propos suivants : « Deux mois pour rendez-vous, feignasses ! » Une insulte très mal vécue par les trois consœurs, au vu de leur investissement professionnel.
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