À Claix, la liste de centre gauche écologiste va-t-elle mettre un terme à trente ans de règne de la droite ?

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FOCUS – À Claix, la campagne des municipales se tend à quelques heures du premier et unique tour de scrutin. Aux tracts répondent les contre-tracts. Aux arguments les accusations de “fake news”. Dans cette petite commune du sud de Grenoble, bastion de la droite après trente ans de règne de Michel Octru, le centre gauche tendance écologiste espère bien reprendre les rênes. En prônant le rassemblement et sans fermer la porte aux marcheurs.

 

 

Mairie de Claix, janvier 2020 © Séverine Cattiaux - Place Gre'net

Mairie de Claix, jan­vier 2020. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

À Claix, l’é­lec­tion du maire se jouera ce dimanche. En un seul tour donc puisque seuls deux can­di­dats sont en lice ce 15 mars.

 

Sur la droite, Christophe Revil même si la liste emme­née par le maire sor­tant se tient à l’é­cart de tout sou­tien poli­tique affi­ché.

 

Sur la gauche, ten­dance centre gauche éco­lo­giste, la liste conduite par la conseillère muni­ci­pale d’op­po­si­tion sor­tante Nathalie Cotte. À quelques heures du pre­mier tour, la cam­pagne s’est nota­ble­ment ten­due sur cette petite com­mune de 8 000 habi­tants au sud de Grenoble. À coup de tracts et de contre-tracts, d’ar­gu­ments et de contre-argu­ments, d’ac­cu­sa­tions de contre-véri­tés et de “fake news”.

 

Voilà trente ans et cinq man­dats que la majo­rité sor­tante détient les clés de Claix. D’abord en la per­sonne de Michel Octru, élu maire en 1989. Puis l’é­dile a cédé en 2018 son fau­teuil à son troi­sième adjoint, Christophe Revil. Consultant en com­mu­ni­ca­tion et jour­na­liste à Télégrenoble, ce der­nier est can­di­dat à un second man­dat. Avec l’ob­jec­tif affi­ché de pour­suivre la poli­tique mise en place jusque-là dans la ville. Mais quelles sont les marges de manœuvre quand de nom­breuses com­pé­tences ont aujourd’­hui été trans­fé­rées à la Métropole de Grenoble ?

 

 

Un soutien du président de la Métro dénoncé par le maire sortant de Claix

 

L’ex-socia­liste Christophe Ferrari, actuel pré­sident de la Métro – dont le poste sera remis en jeu lors d’é­lec­tions métro­po­li­taines dans la fou­lée des muni­ci­pales – ne cache pas son sou­tien à la liste emme­née par Nathalie Cotte. Jusqu’à venir par­ti­ci­per à une réunion publique de la can­di­date. Une inter­ven­tion qui hérisse la liste emme­née par Christophe Revil, qui a dénoncé dans un tract dis­tri­bué dans les boîtes aux lettres une « ingé­rence dans la vie com­mu­nale ».

 

Christophe Revil, journaliste à Télégrenoble et maire, candidat à sa propre succession, à Claix. Un mélange des genres ouvrant la porte au conflit d'intérêt ? © Capture d'écran

Christophe Revil, jour­na­liste à Télégrenoble et maire, can­di­dat à sa propre suc­ces­sion, à Claix. © Capture d’é­cran

 

« Un geste évi­dem­ment cal­culé, qui tra­duit une volonté de faire main basse sur Claix, en échange d’un siège de vice-pré­si­dence dans une hypo­thé­tique future majo­rité, accuse le maire sor­tant. Un troc très contes­table qui rédui­rait l’in­dé­pen­dance d’ac­tion de notre com­mune au nom du silence exigé par la dis­ci­pline majo­ri­taire. »

 

Claix serait donc pieds et poings liés par la Métro ? En toile de fond, figue notam­ment une opé­ra­tion immo­bi­lière à deux pas du cime­tière qui pré­voit la construc­tion de loge­ments sociaux.

 

 

Christophe Revil accuse sa rivale de promesses sans lendemain

 

Car la construc­tion de loge­ments en acces­sion sociale a pris du retard sur la com­mune. Un retard dénoncé par Nathalie Cotte et pointé par la Métro. « Mille nou­veaux loge­ments ont été pro­gram­més en quelques années, sou­ligne la can­di­date. C’est un objec­tif inte­nable et sans aucun pro­jet d’ac­com­pa­gne­ment en termes de voi­rie, de cir­cu­la­tion et d’é­qui­pe­ments de ser­vices publics. »

 

Nathalie Cote, candidate face au maire sortant et journaliste Christophe Revil © Patricia Cerinsek

Nathalie Cote, conseillère muni­ci­pale sor­tante et can­di­date à Claix. © Patricia Cerinsek

 

Derrière le parc privé de la Ronzy, le pro­jet de la muni­ci­pa­lité pré­voit en par­ti­cu­lier 50 loge­ments pri­va­tifs et 40 loge­ments sociaux. Un pro­jet immo­bi­lier mal pensé pour Nathalie Cotte qui se sol­de­rait par la dis­pa­ri­tion du parc public Charles de Gaulle. Faux, rétorque Christophe Revil. Pour le maire sor­tant, la ques­tion est autre­ment plus com­plexe et le pro­jet pré­voit de dou­bler la sur­face du parc. Pour autant, sou­ligne-t-il, il s’a­git d’un « pro­jet pour lequel rien n’est encore décidé ».

 

Lui dénonce les pro­messes sans len­de­main de sa rivale. Et notam­ment celle de construire une mai­son des habi­tants dans le « quar­tier oublié », dixit Nathalie Cotte, de Pont Rouge, un sec­teur selon lui inter­dit à la construc­tion car inon­dable.

 

 

Nathalie Cotte dénonce l’immobilisme de Christophe Revil

 

Promesses sans len­de­main ? L’élue d’op­po­si­tion a pro­mis, pour l’été 2021, l’ou­ver­ture d’un lieu mêlant café asso­cia­tif et salle d’ac­ti­vi­tés en lieu et place de l’an­cienne poste. Et trace des pistes pour rou­vrir com­merces et ser­vices qui ont dis­paru de la com­mune ces der­nières années. Comme une mai­son de santé ou un espace de cowor­king. Ou encore une mai­son des assis­tantes mater­nelles, voire un espace com­mer­cial.

 

Mairie de Claix, janvier 2020 © Séverine Cattiaux - Place Gre'net

© Séverine Cattiaux – Place Gre’net

 

« Claix est resté le petit vil­lage gau­lois, pointe Nathalie Cotte. Cela cor­res­pond à un cer­tain immo­bi­lisme, la peur du chan­ge­ment… Résultat, on est en retard en matière de loge­ments sociaux, d’in­fra­struc­tures de voi­rie et de ser­vices de proxi­mité. La Poste a dis­paru et rien n’a été anti­cipé », regrette-t-elle.

 

« Le der­nier méde­cin est parti en février 2017. Il a fallu que nous, oppo­si­tion, réa­li­sions une enquête pour que la muni­ci­pa­lité finisse par créer une mai­son médi­cale avec deux méde­cins et un gyné­co­logue ! Pendant ce temps, dans la com­mune voi­sine de Seyssins, le maire Fabrice Hugelé avait fait venir deux méde­cins ! »

 

 

Un rassemblement jusque vers les rangs des marcheurs raillé par ses opposants

 

La ville voi­sine de Seyssins est aussi diri­gée par l’ex-socia­liste devenu macro­niste Fabrice Hugelé. En sep­tembre der­nier, En marche y annon­çait la tenue d’une réunion en vue des muni­ci­pales, en amont des inves­ti­tures. Plusieurs mar­cheurs du comité, dixit la page web d’EM, étaient appe­lés à venir pré­sen­ter leur pro­jet. Comme Laurent Thoviste pour Fontaine ou… Nathalie Cotte pour Claix.

 

« J’étais pré­sente en tant qu’in­vi­tée, répond Nathalie Cotte. Je ne suis pas LREM, ni rat­ta­chée à un autre parti. Je n’ai jamais été encar­tée ou mili­tante d’au­cun parti poli­tique », sou­ligne l’in­gé­nieure de recherche qui était jus­qu’au 1er jan­vier der­nier * la direc­trice adjointe de l’IS Terre.

 

Une réunion où la tête de liste accom­pa­gnait Luc Martignago.Membre de sa liste et mar­cheur. « Le comité claixois de LREM avait décidé de se ral­lier à ma can­di­da­ture plu­tôt qu’à celle de M. Revil. J’étais à cette réunion pour expli­quer ma démarche de ras­sem­ble­ment sur les valeurs de la gauche, du centre et de l’é­co­lo­gie ».

 

Une volonté de ras­sem­ble­ment que ses adver­saires tra­duisent autre­ment. Eux parlent de « valse des éti­quettes », « tan­tôt En marche, tan­tôt parti de gauche ». Dernières car­touches avant un scru­tin si ce n’est serré, au moins tendu ? En 2014, Michel Octru l’a­vait emporté de moins de cinq points ( 52,34 % contre 47,65 % pour Bruno Gerelli), après un pre­mier tour qui avait vu les trois listes se par­ta­ger peu ou prou le vote des élec­teurs**.

 

Patricia Cerinsek

 

 

*Après un man­dat de 5 ans, les fonc­tions au sein du labo­ra­toire de recherche public étant limi­tées à un quin­quen­nat.

 

** 40,28 % Pour Michel Octru, 30,12 % pour Bruno Gerelli et 29,59 % pour Michel Cuaresma.

 

Grenoble Finaliste pour le concours de Capitale Verte
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