Journée portes ouvertes au Ciel le 17 juin 2018, la petite salle dédiée aux musiques actuelles (ici Betelgeuse) © Florian Espalieu

Le Ciel de Grenoble rouvre (enfin) ses portes, après trois ans de fer­me­ture… et de polémique

Le Ciel de Grenoble rouvre (enfin) ses portes, après trois ans de fer­me­ture… et de polémique

FOCUS — Fermée depuis 2016 à l’ex­cep­tion de quelques concerts, la salle Le Ciel de Grenoble rouvre ses portes au public le 29 août sous l’é­gide de l’as­so­cia­tion Plege. Des nou­veaux ges­tion­naires qui comptent bien mieux faire connaître un local qui pro­pose éga­le­ment des rési­dences d’ar­tiste et des salles de répé­ti­tion. Reste quelques nuages, autour de la liqui­da­tion de la Régie 2C, et des accu­sa­tions de « favoritisme ».

« Ciel, ma culture ! » Après plu­sieurs années de fer­me­ture, mar­quées tout de même par quelques concerts spo­ra­diques, l’as­so­cia­tion Plege annonce la réou­ver­ture de la salle Le Ciel ce 29 août à Grenoble. Une réou­ver­ture qui s’ar­ti­cule autour de quatre axes, décrit encore l’as­so­cia­tion : la dif­fu­sion de concert, l’ac­com­pa­gne­ment et le sou­tien aux pra­tiques musi­cales, les actions cultu­relles et la mise en place « d’es­paces tiers-lieu ».

La salle Le Ciel Grenoble depuis sa régie. © Manuel Pavard - Place Gre'net

La salle du Ciel depuis sa régie. © Manuel Pavard – Place Gre’net

Autrefois gérée par la défunte Régie 2C (R2C), la salle de la rue Condillac est désor­mais entre les mains d’une asso­cia­tion qui se veut, sans fausse modes­tie, « une plate-forme indis­pen­sable au ser­vice des ini­tia­tives émer­gentes et de l’interaction entre modèles alter­na­tifs et cir­cuits pro­fes­sion­nels ou ins­ti­tu­tion­nels ». Le tout autour d’une direc­tion artis­tique que le res­pon­sable de la pro­gram­ma­tion David Nicolay décrit comme réso­lu­ment « fron­deuse ».

Un concert toutes les semaines à comp­ter de jan­vier 2020

Les mots-clés des nou­velles orien­ta­tions du Ciel ? « L’ouverture, la prise de risque per­pé­tuelle, mais un rap­port tou­jours très simple et fina­le­ment très pop à la musique », pour­suit David Nicolay. Avec pour objec­tif de rame­ner dans son giron les “anciens” tout autant que de conqué­rir un nou­veau public.

« Le vrai défi, c’est d’en faire une pla­te­forme ouverte, ce qui n’é­tait mal­heu­reu­se­ment pas le cas ces der­nières années », explique encore le res­pon­sable de sa programmation.

À l'affiche du concert d'ouverture Le Ciel Grenoble : les grenoblo-chambériens Lucas Ravinale et Loup Uberto. © Murailles Musique

À l’af­fiche du concert d’ou­ver­ture du Ciel à Grenoble : les gre­no­blo-cham­bé­riens Lucas Ravinale et Loup Uberto. © Murailles Musique

Une pro­gram­ma­tion qui, pour le moment, n’est pas tota­le­ment défi­nie. Si les trois artistes pré­sents pour la soi­rée d’ou­ver­ture sont évi­dem­ment connus (voir enca­dré), le Ciel ne devrait pré­sen­ter que deux autres concerts d’ici la fin de l’an­née 2019. En l’oc­cur­rence dans le cou­rant du mois de novembre pour le pre­mier et vers Noël pour le second. À comp­ter de jan­vier 2020, les choses sérieuses doivent com­men­cer, avec un concert par semaine, plus quelques spec­tacles hors les murs.

Et David Nicolay d’in­sis­ter : « Le Ciel sera avant tout un espace de tra­vail ». Ses locaux de rési­dence d’ar­tistes et de répé­ti­tion ouvrent dès le mois de sep­tembre. L’occasion, espère le res­pon­sable, de créer une ému­la­tion béné­fique. « On compte sur le bras­sage de tous les musi­ciens pour redon­ner un souffle au Ciel. Si tout se passe bien, par le bouche à oreille et le tra­vail de com­mu­ni­ca­tion, on devrait arri­ver à tou­cher un public plus élargi ! ».

Une réou­ver­ture sur fond d’ac­cu­sa­tions de favoritisme

C’est un euphé­misme de le dire : les choses n’ont pas tou­jours été simples pour Le Ciel. En votant la liqui­da­tion de la R2C en 2016, le conseil muni­ci­pal de Grenoble son­nait le glas d’une régie muni­ci­pale dont la situa­tion ne ces­sait de se dégra­der. Non sans faire tiquer la jus­tice : deux ans plus tard, le Tribunal admi­nis­tra­tif de Grenoble reto­quait le licen­cie­ment des deux sala­riés de la Régie 2C, et exi­geait leur réin­té­gra­tion. Annulant de facto la liqui­da­tion de la régie ?

Ce n’est pas l’o­pi­nion de la muni­ci­pa­lité gre­no­bloise. « Le juge­ment du tri­bu­nal admi­nis­tra­tif n’enjoint pas la Ville de recréer la Régie 2C. Seul un conten­tieux demeure entre la Ville et deux anciens sala­riés qui ont sol­li­cité une inté­gra­tion dans les ser­vices muni­ci­paux », décla­rait en mars 2019 Corinne Bernard, adjointe en charge de la Culture. Tout un sym­bole ? Sur son site Internet, la Ville conti­nue pour­tant à décrire la salle du Ciel comme gérée… par la Régie 2C.

Corinne Bernard, adjointe de Grenoble en charge de la Culture. © Place Gre'net

Corinne Bernard, adjointe de Grenoble en charge de la Culture. © Place Gre’net

Adversaire acharné de la pro­cé­dure de dis­so­lu­tion de la R2C comme du mode d’attribution de la nou­velle ges­tion du Ciel, le Groupement d’a­na­lyse métro­po­li­tain (Gam) n’ap­pré­cie pas l’an­nonce d’une réou­ver­ture sous l’é­gide de Plege. Dans un cour­riel adressé au pro­cu­reur de la République de Grenoble et au pré­fet de l’Isère, son porte-parole Pascal Clérotte exige pas moins que deux pro­cé­dures, l’une admi­nis­tra­tive et l’autre pénale, contre les déci­sions municipales.

Administrative, car l’ap­pel à pro­jet lancé pour dési­gner les nou­veaux ges­tion­naires du Ciel n’est pas, selon le Gam, la « pro­cé­dure idoine » pour un équi­pe­ment cultu­rel muni­ci­pal. Selon le col­lec­tif, un mar­ché de Délégation de ser­vice public aurait été « appro­prié ». Pénale, car Pascal Clérotte consi­dère que l’ap­pel à pro­jet était enta­ché de favo­ri­tisme. Une « manœuvre frau­du­leuse », juge-t-il, pour s’as­su­rer « que cette ges­tion soit octroyée à Plege ».

« Évident qu’il n’y pas eu de favoritisme »

Quelle réponse de la Ville ? Sollicitée pour un entre­tien, et comme à son habi­tude depuis plu­sieurs semaines, ses ser­vices nous adressent une réponse de quelques lignes. Et indiquent avoir lancé un appel à par­te­naires, « lar­ge­ment dif­fusé au mois d’oc­tobre 2018, par voies élec­tro­nique et papier ainsi que sur le site de la Ville ». Trois can­di­da­tures ont été audi­tion­nées, avant que le choix ne se porte sur l’as­so­cia­tion Plege et ne soit enté­riné par le conseil municipal.

Journée portes ouvertes Le Ciel Grenoble le 17 juin 2018 © Florian Espalieu - Place Gre'net

Journée portes ouvertes au Ciel le 17 juin 2018 © Florian Espalieu – Place Gre’net

Quid du sort des deux sala­riés de la Régie 2C, dont le Tribunal admi­nis­tra­tif a pro­noncé l’an­nu­la­tion des licen­cie­ments ? Un pro­ces­sus de réin­té­gra­tion, ou toute autre solu­tion, sont-ils en voie de réso­lu­tion ? Nous n’au­rons pas l’op­por­tu­nité de poser la ques­tion, la Ville ne sou­hai­tant déci­dé­ment pas décro­cher le télé­phone pour nous répondre. Tout en consi­dé­rant nous avoir déjà apporté les « pré­ci­sions » néces­saires… qui datent à pré­sent de presque six mois.

« Ça paraît évident qu’il n’y a pas eu de favo­ri­tisme », répond de son côté David Nicolay. Qui rap­pelle que cinq struc­tures dif­fé­rentes ont béné­fi­cié de rési­dences d’ar­tiste dans les locaux du Ciel avant son “attri­bu­tion”… et que toutes auraient pu se por­ter can­di­dates. « Nous avons affi­ché d’emblée que nous avions envie que le Ciel vive, mais rien n’é­tait conclu d’a­vance ! », conti­nue-t-il. Et de conclure : « Favoritisme non, mais que nous ayons été atten­tifs et pas­sion­nés, ça oui ! ».

Florent Mathieu

DEERHOOF, PORTON PORTON LOPEZ,

ET LUCAS RAVINALE & LOUP UBERTO AU PROGRAMME

Pour sa soi­rée d’ou­ver­ture, le Ciel accueille trois concerts : la « noise pop » des cali­for­niens Deerhoof, le « rock beef­hear­tien » de Porton Porton Lopez, et la « transe pay­sanne » des Grenoblo-cham­bé­riens Lucas Ravinale et Loup Uberto. Autant de groupes qui, pour David Nicolay, « viennent étayer les pos­si­bi­li­tés de ce vers quoi le Ciel peut aller en termes de pro­gram­ma­tion ».

Actif depuis 1994, c’est pour­tant la pre­mière fois que Deerhoof se pro­duit à Grenoble. « Ça nous a paru évident de les pro­gram­mer, ils syn­thé­tisent à eux seuls toute la visée, la por­tée de ce que l’on va défendre en matière de direc­tion artis­tique », juge David Nicolay. Non sans mettre en avant la « démarche » d’un groupe indé­pen­dant et inventif.

Après San Francisco, retour dans le sud de la France avec Porton Porton Lopez. « Ils font de la musique plus influen­cés par les expé­ri­men­ta­tions pro­gres­sives du rock amé­ri­cain ou alle­mand des années 70 », décrit le pro­gram­ma­teur. Et de pré­ve­nir : « Cela peut paraître très céré­bral pour les per­sonnes qui ne sont pas habi­tuées, mais il y a quelque chose de très simple. »

Enfin, David Nicolay pré­sente les « fers de lance de la nou­velle musique indé­pen­dante gre­no­bloise » que sont Lucas Ravinale et Loup Uberto. Un duo qui puise dans la musique tra­di­tion­nelle, tout en jouant avec des ins­tru­ments revi­si­tés ou inven­tés. « Ce n’est peut-être pas le pro­jet gre­no­blois le plus popu­laire sur le sol natio­nal, mais c’est en tout cas l’un des plus pro­met­teurs ! », juge-t-il.

Florent Mathieu

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