Les actions pour lutter contre la pollution de l'air à Grenoble sont jugées en bonne voie mais pas pas toujours suffisantes.

À Grenoble, une étude pré­co­nise d’a­bais­ser le niveau de par­ti­cules fines dans l’air… sur un large périmètre

À Grenoble, une étude pré­co­nise d’a­bais­ser le niveau de par­ti­cules fines dans l’air… sur un large périmètre

FOCUS – Une baisse du niveau moyen de par­ti­cules fines dans l’air de trois micro­grammes par mètre cube ferait dimi­nuer la mor­ta­lité d’un tiers à Grenoble comme à Lyon. C’est ce qu’a­vance une récente étude menée en Rhône-Alpes par une équipe de cher­cheurs. Mais celle-ci conclut aussi à la néces­sité de mettre en place des actions sur un large péri­mètre. Et de se poser la ques­tion de la jus­tice sociale… en amont.

Pollution atmosphérique observée depuis la vallée du Grésivaudan

Pollution atmo­sphé­rique obser­vée depuis la val­lée du Grésivaudan – © Véronique Serre

Baisser de 3 microgrammes/m3 le niveau moyen de par­ti­cules fines dans l’air per­met­trait de faire bais­ser la mor­ta­lité d’un tiers. C’est ce qu’af­firme une étude conduite à Grenoble et Lyon par des cher­cheurs de l’Inserm, du CNRS, de l’Inra, d’Atmo Auvergne Rhône-Alpes et de l’Université Grenoble Alpes (UGA) sur ces pous­sières essen­tiel­le­ment émises par le chauf­fage au bois défec­tueux et le tra­fic routier.

Si cette baisse était de 10 microgrammes/m3, soit conforme aux pré­co­ni­sa­tions de l’Organisation mon­diale de la santé (OMS), cette mor­ta­lité que les cher­cheurs attri­buent aux par­ti­cules fines serait même réduite de moi­tié. À condi­tion tou­te­fois de voir… large. En effet, notent les cher­cheurs qui ont passé en revue plu­sieurs scé­na­rios, ceux axés uni­que­ment sur les zones les plus expo­sées ont eu peu d’im­pact global.

L’étude sou­ligne la néces­sité d’at­té­nuer les inéga­li­tés sociales d’exposition

« Les scé­na­rios de réduc­tion ciblant uni­que­ment les points chauds de la réduc­tion de la pol­lu­tion atmo­sphé­rique ont peu d’im­pact attendu sur la santé de la popu­la­tion, sou­lignent les auteurs de l’é­tude. Les scé­na­rios cher­chant à atteindre une expo­si­tion homo­gène dans l’en­semble de la zone d’é­tudes ont été plus effi­caces pour atté­nuer les inéga­li­tés sociales d’exposition. »

Pollution dans la cuvette grenobloise : pour la première fois, les véhicules les polluants (immatriculés avant 1997) seront interdits de circulation dès samedi 10 décembre. Lundi, avec la persistance du pic de pollution, l'interdiction devrait être élargie. Crédit Patricia Cerinsek

Une nou­velle étude sur les par­ti­cules fines PM 2,5 a conclu à une baisse d’un tiers de la mor­ta­lité à Grenoble si le niveau moyen de pous­sières dans l’air dimi­nuait de 3 micro­grammes par mètre cube © Patricia Cerinsek

Objectif de l’é­tude, res­tée très dis­crète ? Guider les poli­tiques publiques alors que se mul­ti­plient les actions pour ten­ter de faire bais­ser les niveaux de pol­lu­tion et répondre aux injonc­tions de Bruxelles, la Commission euro­péenne ayant saisi la jus­tice. En effet, les cher­cheurs ont éga­le­ment estimé le coût de cette pol­lu­tion : à Grenoble et Lyon, ils l’ont chif­fré à 1 200 euros par an et par habitant.

Des actions plus ou moins larges à Grenoble

À Grenoble, cer­taines actions voient large, comme la prime air-bois ins­tau­rée sur la Métropole mais aussi sur le Grésivaudan et le Voironnais. Son mon­tant a été dou­blé dans la capi­tale des Alpes pour rendre plus effi­cace la conver­sion des trop anciennes ins­tal­la­tions de chauf­fage au bois.

D’autres actions gagne­raient à s’é­lar­gir. Grenoble est ainsi la seule ville en France avec Paris à avoir mis en place une zone à faibles émis­sions, alors que 227 ont été créés en Europe depuis les années 90. Mais cette zone est encore limi­tée et a quelque peine à englo­ber tous les axes dans son péri­mètre sans dis­po­ser de moyens de contrôle adéquats.

D’autres actions encore sont, elles, très… cir­cons­crites. À Grenoble, l’i­dée était ainsi de faire bais­ser la pol­lu­tion dans l’hy­per-centre de la ville via l’o­pé­ra­tion Cœurs de ville, cœurs de métro­pole (CVCM).

Quel impact a le nouveau plan de circulation sur le flux de véhicules en ville ? © Patricia Cerinsek

CVCM à Grenoble : quels impacts sur la qua­lité de l’air ? © Patricia Cerinsek

Avec le risque que les nui­sances, pol­lu­tion et bruit, ne se reportent plus loin. Risque avéré ? Atmo a, tout au long de l’an­née 2018, réa­lisé une cam­pagne afin de ten­ter de cou­per court à la polé­mique qui a suivi la mise en place de cette opé­ra­tion. Laquelle s’est tra­duite par un chan­ge­ment du plan de cir­cu­la­tion dans le cœur de ville de Grenoble et la fer­me­ture de cer­tains axes aux voitures.

À ce jour, les résul­tats de l’é­tude n’ont tou­jours pas été ren­dus publics. D’après nos infor­ma­tions, ils devraient tou­te­fois confir­mer ce que de pre­mières éva­lua­tions avaient constaté fin 2017 : une hausse de la pol­lu­tion modé­rée au dioxyde d’a­zote, pol­luant rou­tier par excel­lence, coïn­ci­dant avec la mise en place de CVCM.

Se poser la ques­tion de la jus­tice sociale en amont

Voir plus large et plus loin, c’est ce que pré­co­nisent les auteurs de l’é­tude publiée dans Environment inter­na­tio­nal. « Il serait per­ti­nent de com­pa­rer les scé­na­rios de réduc­tion de la pol­lu­tion en termes de jus­tice sociale, c’est-à-dire d’i­den­ti­fier a priori si cer­taines classes sociales béné­fi­cie­raient plus que d’autres d’un scé­na­rio de réduc­tion donné ou si un plan per­met­trait de réduire les inéga­li­tés d’ex­po­si­tion à la pol­lu­tion atmo­sphé­rique », sug­gèrent-ils.

La cité Mistral se compose de grandes tours depuis lesquelles sont jetés les projectiles sur les policiers. © Jules Peyron - Place Gre'net

La cité Mistral, par­ti­cu­liè­re­ment expo­sée aux par­ti­cules fines ? © Jules Peyron – Place Gre’net

« Pourtant, à notre connais­sance, aucune étude n’a exa­miné si des scé­na­rios hypo­thé­tiques de réduc­tion des PM 2,5 pour­raient modi­fier les inéga­li­tés sociales en cas d’ex­po­si­tion à la pol­lu­tion atmosphérique. »

À Grenoble, une étude parue en 2016 sur les impacts sur la santé de la pol­lu­tion de l’air avait mis en cause les PM 2,5. Ces pous­sières, res­pon­sables de 3 à 10 % des nou­veaux cas de can­cer du pou­mon, touchent en effet sur­tout les quar­tiers défa­vo­ri­sés, proches des grands axes de cir­cu­la­tion, loin de CVCM…

Patricia Cerinsek

Patricia Cerinsek

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