Université Grenoble-Alpes : des par­tiels amé­na­gés (ou pas) sur fond de guerre des nerfs entre pro et anti-blocages

Université Grenoble-Alpes : des par­tiels amé­na­gés (ou pas) sur fond de guerre des nerfs entre pro et anti-blocages

FOCUS – Avec les révi­sions et les par­tiels, la ten­sion retombe d’un cran sur le cam­pus de Saint-Martin-d’Hères. Mais les étu­diants qui s’op­posent au Plan uni­ver­si­tés du gou­ver­ne­ment comptent tou­jours mener des actions de blo­cage, en ciblant les uni­tés de for­ma­tion et de recherche (UFR) qui refusent des amé­na­ge­ments de par­tiels. Tandis que la guerre des nerfs entre blo­queurs et anti-blo­cages perdure…

« Nous sommes sur un chan­ge­ment de modèle au sein du mou­ve­ment », explique Joris Rouillon. Si le pré­sident du syn­di­cat étu­diant Unef Grenoble refuse de par­ler de « détente », force est de consta­ter qu’a­vec les révi­sions et les par­tiels, les étu­diants mobi­li­sés contre le Plan uni­ver­si­tés du gou­ver­ne­ment peinent à tenir le rythme des blo­cages de ces der­nières semaines – avec par­fois des inter­ven­tions poli­cières mus­clées à la clé – sur le cam­pus de Saint-Martin-d’Hères.

Les partiels diminuent les blocages sur le campus de Grenoble, mais des actions restent prévues et la guerre des nerfs entre pro et anti blocages continue.Le bâtiment de Sciences-Po, bloqué à plusieurs reprises durant le mois d'avril © Giovanna Crippa- Place Gre’net

Bâtiment de Sciences-Po blo­qué à plu­sieurs reprises cou­rant avril © Giovanna Crippa- Place Gre’net

Pour autant, les mani­fes­tants comptent bien conti­nuer à por­ter leurs reven­di­ca­tions, notam­ment sur l’a­mé­na­ge­ment des par­tiels, quitte à ten­ter d’empêcher de nou­veau la tenue d’exa­mens. « Ont été déci­dées des actions plus ponc­tuelles sur cer­taines épreuves, pour conti­nuer à mettre la pres­sion sur les UFR [uni­tés de for­ma­tion et de recherche, ndlr] qui refusent les amé­na­ge­ments », pré­vient Joris Rouillon.

Certaines UFR en ligne de mire des bloqueurs

Jean-Loup de Saint-Phalle, du syn­di­cat Solidaires étu­diants, confirme. « On va essayer de prio­ri­ser les blo­cages dans toutes les UFR qui n’ap­pliquent pas d’a­mé­na­ge­ment… et sur­tout celles qui nous envoient la police ! », pré­cise le syn­di­ca­liste. En ligne de mire ? Le Département de la Licence sciences et tech­no­lo­gies (DLST), accusé de refu­ser tout dia­logue avec les mili­tants et de « pré­fé­rer la manière forte ».

D’autres dépar­te­ments de l’Université Grenoble-Alpes (UGA), tels Stendhal ou l’UFR Sciences de l’Homme et de la société pour­raient être concer­nés. Mais pas l’Arsh (Arts et sciences humaines), qui a accepté le prin­cipe d’a­mé­na­ge­ment des par­tiels. Techniquement, les étu­diants pour­ront reti­rer leur sujet le matin et auront cinq heures pour mener leur exa­men sans sur­veillance, seuls ou en groupe selon leur préférence.

Assemblée générale de étudiants de l'UGA, le 24 Avril 2018. © Léa Raymond - placegrenet.fr

Assemblée géné­rale de étu­diants de l’UGA, le 24 avril 2018. © Léa Raymond – pla​ce​gre​net​.fr

« Il y a moyen de réflé­chir à des sys­tèmes alter­na­tifs », juge ainsi Jean-Loup de Saint-Phalle. Qui concède que les amé­na­ge­ments doivent se dis­cu­ter en fonc­tion des dis­ci­plines, le contrôle des connais­sances n’é­tant pas le même pour une dis­ser­ta­tion en sciences humaines que pour un exa­men por­tant sur les sciences dures. Cependant, le mili­tant l’af­firme, de telles dis­po­si­tions per­met­traient de pré­ser­ver l’é­ga­lité des chances sans nuire à la qua­lité du diplôme obtenu.

L’attitude du pré­sident de l’u­ni­ver­sité amè­re­ment critiquée

Une autre reven­di­ca­tion demeure d’ac­tua­lité : après les opé­ra­tions poli­cières menées sur le cam­pus, les mili­tants demandent la démis­sion du pré­sident de l’UGA Patrick Lévy. « Dans les faits, la démis­sion a pro­ba­ble­ment peu de chance d’ad­ve­nir, mais c’est aussi un sym­bole pour mon­trer que la colère est réelle et que l’on ne traite pas les gens comme ça », juge-t-on côté Solidaires étudiants.

Lise Dumasy aurait-elle envoyé la police pour débloquer les bâtiments, à l'image de son successeur Patrick Lévy © Patricia Cerinsek - Place Gre'net

Lise Dumasy aurait-elle envoyé la police pour déblo­quer les bâti­ments, à l’i­mage de son suc­ces­seur Patrick Lévy ? © Patricia Cerinsek – Place Gre’net

Jean-Loup de Saint-Phalle ne retient pas ses coups : « L’UGA, qui se pré­sen­tait comme une uni­ver­sité en avance, pro­gres­siste et ouverte au dia­logue sous plein d’as­pects, montre un visage plu­tôt réac­tion­naire. » Et le syn­di­ca­liste de regret­ter la pré­si­dence de Lise Dumasy. « Elle a une vision poli­tique qui res­semble à celle de Patrick Lévy, mais je pense qu’elle n’au­rait jamais envoyé la police sur le cam­pus pour déblo­quer un bâti­ment ! », consi­dère-t-il.

Guerre des nerfs entre blo­queurs et anti-blocages

Les blo­cages n’ir­ritent pas que la pré­si­dence de l’UGA… ou les CRS char­gés de les répri­mer. Des groupes oppo­sés au blo­cage se sont créés et fédé­rés via les réseaux sociaux, notam­ment Résistance UGA et Contre les blo­cages à l’UGA. Ce der­nier s’a­muse même à détour­ner l’a­cro­nyme anar­chiste Acab*, le trans­for­mant en Alliance des comi­tés anti-blocages.

Les mili­tants du cam­pus décrivent des « groupes fas­ci­sants » et redou­taient même, dans la nuit du dimanche 13 au lundi 14 mai, une action « armée » contre le Centre de langue vivante (CLV), tou­jours occupé. Une crainte qui avait donné lieu à une mobi­li­sa­tion qui, selon Joris Rouillon, a dis­suadé le groupe de fina­le­ment pas­ser à l’acte. « On savait de source sûre qu’il y avait une volonté de venir en découdre, et on a réussi à évi­ter ce genre d’événement », assure-t-il.

Les partiels diminuent les blocages sur le campus de Grenoble, mais des actions restent prévues et la guerre des nerfs entre pro et anti blocages continue. Blocage de la Galerie des Amphis © Giovanna Crippa - Place Gre'net

Blocage de la gale­rie des amphis © Giovanna Crippa – Place Gre’net

Côté Solidaires étu­diants, Jean-Loup de Saint-Phalle évoque plu­tôt une sorte de guerre des nerfs, à tra­vers des « fausses alertes lan­cées par des per­sonnes mal inten­tion­nées » dans le but d’é­pui­ser les blo­queurs. Une « stra­té­gie de désta­bi­li­sa­tion » qui n’en demeure pas moins des attaques réelles, juge le syn­di­ca­liste. Non sans iro­ni­ser sur le manque d’or­ga­ni­sa­tion de ces groupes qui n’au­raient pas une culture mili­tante suf­fi­sante pour mener des actions concrètes.

La vio­lence « du côté des blo­queurs », juge un oppo­sant aux blocages

Des oppo­sants au blo­cage « fas­ci­sants » ? « Pas du tout, nous ne sommes pas ce genre de grou­pus­cules ! », rétorque Bastien, étu­diant en chi­mie. Ce membre des groupes anti-blo­cages décrit des étu­diants venant de « dif­fé­rents hori­zons et de dif­fé­rentes filières », qui par­tagent le même « ras-le-bol géné­ral des blo­cages » et se sont orga­ni­sés sur Facebook pour « embê­ter les blo­queurs ».

Le jeune homme ne nie pas, en revanche, le recours à la guerre des nerfs. « Eux nous usent en blo­quant nos facs et en nous empê­chant d’al­ler en cours, alors nous avons orga­nisé une opé­ra­tion fan­tôme pour voir com­ment ils réagi­raient », détaille-t-il. Résultat ? « Ils ont mobi­lisé du monde pour se pré­pa­rer à un affron­te­ment, alors qu’on ne veut pas la vio­lence et qu’on ne veut pas que ça dégé­nère. »

Et Bastien de racon­ter une ver­sion des faits bien dif­fé­rentes de celle de ses “adver­saires”, reve­nant notam­ment sur les heurts entre pro et anti-blo­cages dans la nuit du mer­credi 9 au jeudi 10 mai. « Nous sommes arri­vés les mains dans les poches et eux s’é­taient pré­pa­rés comme à la guerre », dénonce-t-il. Pétards, lacry­mo­gènes, coups de bâtons, jets de bou­teilles de verre… « On a mon­tré que la vio­lence était de leur côté ! »

Une reprise du mou­ve­ment dès le 1er octobre ?

Les anti-blo­queurs ont-ils des arrières-pen­sées poli­tiques ? « Personnellement, je suis pour cette loi, recon­naît Bastien. Par contre, mani­fes­ter, mon­trer son mécon­ten­te­ment, c’est un droit. Mais on peut s’ex­pri­mer sans entra­ver la liberté de l’autre. » Pour l’é­tu­diant, le vrai pro­blème est bel et bien le blo­cage des par­tiels, pour les­quels il s’op­pose à tout amé­na­ge­ment. « Ça décré­di­bi­lise notre diplôme. On va entrer dans le monde du tra­vail, et on va nous dire que notre exa­men ne vaut rien… », redoute-t-il.

Contre les blocages à l'UGA se moque des AG sur sa page Facebook... en utilisant une photographie de Place Gre'net.

Contre les blo­cages à l’UGA se moque des AG sur sa page Facebook… en uti­li­sant une pho­to­gra­phie de Place Gre’net.

Des consi­dé­ra­tions qui n’en­tament pas la volonté des mili­tants oppo­sés au pro­jet du gou­ver­ne­ment. Leur inten­tion ? Lancer un réfé­ren­dum à la mi-octobre pour invi­ter les étu­diants et le per­son­nel à se pro­non­cer sur la loi tant décriée. Une ini­tia­tive gre­no­bloise que les étu­diants mobi­li­sés espèrent voir se pro­pa­ger sur d’autres cam­pus. Par anti­ci­pa­tion, les syn­di­cats se sont déjà don­nés ren­dez-vous le 1er octobre pour une assem­blée géné­rale de ren­trée. Et de nou­velles actions de blocage ?

Florent Mathieu

* Pour « All cops are bas­tards » (« Tous les flics sont des salauds »)

Florent Mathieu

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