Les communistes de l’Isère se mobilisent pour la « convergence des luttes »… et leur congrès national

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EN BREF – Le PCF, mouvement toujours « révolutionnaire », tente de se révolutionner lui-même. Et compte sur ses militants pour rédiger les textes qui seront présentés lors de son congrès extraordinaire en novembre 2018. Fort de leur poids politique en Isère, les communistes du département entendent bien participer à ce renversement de la pyramide et plaident pour la « convergence des luttes » contre la politique du gouvernement.

 

 

« Ce qui nous importe, c’est de foutre dehors Macron », résume sans ambages Annie David. Entourée de mili­tants, l’an­cienne séna­trice et secré­taire dépar­te­men­tale du Parti com­mu­niste fran­çais veut ainsi pré­sen­ter un parti en pleine muta­tion mais tou­jours « révo­lu­tion­naire », prêt à se res­ser­rer sur le ter­rain pour par­ti­ci­per à la « conver­gence des luttes ».

 

Laurent Jadeau et Annie David © Florent Mathieu - Place Gre'net

Laurent Jadeau et Annie David © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Alors qu’un congrès extra­or­di­naire doit se dérou­ler au mois de novembre, le PCF veut ainsi inno­ver dans la pré­pa­ra­tion de son pro­gramme. Jusqu’à pré­sent, c’est une com­mis­sion natio­nale qui rédi­geait les textes du mou­ve­ment. Ceux-ci étaient ensuite adres­sés aux fédé­ra­tions locales pour être débat­tus et, in fine, votés par l’en­semble des membres du parti lors du congrès. Les Communistes entendent à pré­sent ren­ver­ser la pyra­mide.

 

 

Répondre aux « exigences de la société »

 

Pour Dominique Di Bardo, cette nou­velle démarche répond aux « exi­gences de la société d’au­jourd’­hui ». « Ce sont les com­mu­nistes qui sont les auteurs des textes. Ils ne nous viennent plus d’en haut : nous devons les écrire pour faire le congrès sur les véri­tables ques­tions qui se posent dans la société », décrit-il. À cet effet, le PCF de l’Isère va créer une com­mis­sion locale dont Dominique Di Bardo, fort de son expé­rience de mili­tant, sera le coor­di­na­teur.

 

De gauche à droite : Michael Goardou (commission congrès), Annie David, Laurent Jadeau, Chloé Le Bret (commission de Grenoble) et Dominique Di Bardo. © Florent Mathieu - Place Gre'net

De gauche à droite : Michael Goardou (com­mis­sion congrès), Annie David, Laurent Jadeau, Chloé Le Bret (com­mis­sion de Grenoble) et Dominique Di Bardo. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Au final, la com­mis­sion natio­nale aura pour lourde tâche de conden­ser en un texte unique les proo­duc­tions de cha­cun des chan­tiers locaux qui lui seront adres­sées. Une appro­pria­tion qui ne fait pas peur à Annie David : « Dans tous les textes qu’on aura à vali­der par la suite, il y aura un petit bout de nous tous, et c’est cela la nou­veauté ! », insiste-t-elle.

 

 

Un parti toujours présent en Isère

 

Objectif d’une telle démarche : col­ler au ter­rain mais aussi redon­ner de l’é­lan à un mou­ve­ment qui subit de plein fouet l’é­bran­le­ment géné­ral de la gauche. Le PCF demeure cepen­dant bien pré­sent dans le dépar­te­ment, rap­pelle l’an­cienne séna­trice. La fameuse “cein­ture rouge” des muni­ci­pa­li­tés com­mu­nistes d’Échirolles, Fontaine et Saint-Martin-d’Hères est tou­jours d’ac­tua­lité. Et le PCF de l’Isère a contri­bué, aux côtés d’autres forces de gauche, à l’é­lec­tion du séna­teur Guillaume Gontard.

 

Guillaume Gontard, sénateur de l'Isère. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Guillaume Gontard, séna­teur de l’Isère. © Joël Kermabon – Place Gre’net

 

Le PCF veut aussi se dis­tin­guer d’autres for­ma­tions poli­tiques, et lut­ter contre ce qu’il consi­dère comme des cli­chés à son égard. « Il reste cette vieille image, véhi­cu­lée par nos adver­saires, mais le fait est qu’il n’y a pas moins cen­tra­lisé que le Parti com­mu­niste ! », affirme Laurent Jadeau, res­pon­sable com­mu­ni­ca­tion. Avant de moquer le mou­ve­ment En marche et ses dépu­tés, « le doigt sur la cou­ture du pan­ta­lon ».

 

 

La « convergence des luttes »

 

En matière de cen­tra­lisme, les Insoumis ont aussi les oreilles qui sifflent. Annie David regrette ainsi la dif­fi­culté de dia­lo­guer avec le mou­ve­ment conduit par Jean-Luc Mélenchon, et garde en tra­vers de la gorge les ten­ta­tives d’al­liance lors des légis­la­tives de 2017. « On dis­cute avec les groupes d’ap­pui locaux, et une fois qu’on est près d’a­bou­tir, comme dans la cin­quième cir­cons­crip­tion : véto ! On ne sait pas d’où ça vient. Et ça s’est fait comme cela par­tout en France ! », déplore-t-elle.

 

Mobilisation du 22 mars 2018 à Grenoble © Joël Kermabon - Place Gre'net

Mobilisation du 22 mars 2018 à Grenoble © Joël Kermabon – Place Gre’net

 

Pour Dominique Di Bardo, la messe est dite : « Jean-Luc Mélenchon s’est appro­prié la France insou­mise mais elle n’est pas à lui ». Le mili­tant com­mu­niste voit avant tout le score du can­di­dat lors de l’é­lec­tion pré­si­den­tielle de 2017 comme celui de la « gauche de trans­for­ma­tion ». Une gauche que Jean-Luc Mélenchon essaye­rait de « dévoyer par tous les moyens ».

 

Dans l’é­lan de la jour­née de mobi­li­sa­tion du 22 mars, Annie David rejette de son côté toute volonté hégé­mo­nique et plaide pour la « conver­gence des luttes », au sein de laquelle le parti aurait son rôle à jouer. « On a un cer­tain sens de l’or­ga­ni­sa­tion. On est prêt à le mettre à dis­po­si­tion, à le faire évo­luer pour cette conver­gence. » Pour construire ensemble, conclut-elle, un pro­jet de société voué à l’a­mé­lio­ra­tion de la vie quo­ti­dienne de cha­cun.

 

 

Florent Mathieu

 

 

UNE CHAÎNE HUMAINE EN ISÈRE CONTRE LA PRIVATISATION DES BARRAGES

 

Farouche oppo­sant à tout retrait du ser­vice public dans le domaine de l’éner­gie, le PCF ne veut pas entendre par­ler de la pri­va­ti­sa­tion des bar­rages. Et compte bien le faire savoir en Isère, à l’oc­ca­sion d’une grande chaîne humaine orga­ni­sée devant le bar­rage du Sautet, le dimanche 8 avril. Une mobi­li­sa­tion au cours de laquelle sera pré­sent le secré­taire natio­nal du parti Pierre Laurent.

 

 

La date du 8 avril n’a pas été choi­sie au hasard : elle cor­res­pond à « l’an­ni­ver­saire » de la loi de natio­na­li­sa­tion du 8 avril 1946, héri­tière du pro­gramme du Conseil natio­nal de la Résistance. Une loi por­tée par l’élu com­mu­niste Marcel Paul, dont les acti­vi­tés de résis­tant lui valurent d’être interné dans les camps d’Auschwitz et de Buchenwald en 1944.

 

Annie David ne cache pas ses craintes face à ces pri­va­ti­sa­tions. « On est un dépar­te­ment concerné, il y a une qua­ran­taine d’ou­vrages de ce type dans le dépar­te­ment », explique-t-elle. Dans leur tract, les com­mu­nistes disent redou­ter une « prise en otage des usa­gers lors des pics de consom­ma­tion », « la sou­mis­sion de la ges­tions aux pro­fits finan­ciers », ainsi que la concur­rence dans un sec­teur qui néces­site, estiment-ils, une « cohé­rence glo­bale ».

 

 

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