CVCM : Jean-Pierre Barbier “à l’écoute” des commerçants

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FOCUS – La concertation citoyenne sur la démarche métropolitaine « Cœurs de ville, cœurs de métropole » est sur les rails depuis ce 26 septembre. Les commerçants du centre-ville s’émeuvent des conséquences sur leurs activités de cette « ville de demain » qu’ils voient se profiler. C’est à leur demande que, ce samedi 1er octobre, Jean-Pierre Barbier, le président du département, est venu à leur rencontre « pour donner un coup de projecteur » sur leurs inquiétudes.

 

 

 

Place Victor Hugo ce samedi 1er octobre, juste à côté du kiosque, un groupe d’une quin­zaine de per­sonnes entoure Jean-Pierre Barbier, le pré­sident Les Républicains du dépar­te­ment. Le lieu n’a sans doute pas été choisi au hasard. À quelques mètres seule­ment sont ins­tal­lés les pan­neaux d’in­for­ma­tions de la Métropole sur la démarche Cœurs de ville, cœurs de métro­pole, dont la phase de concer­ta­tion bat son plein depuis ce 26 sep­tembre et par­vien­dra à son terme le 7 novembre.

 

Jean-Pierre Barbier rencontre des commerçants du centre-ville. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Jean-Pierre Barbier ren­contre des com­mer­çants du centre-ville. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Qui sont ils ? Ils sont repré­sen­tants d’as­so­cia­tions de com­mer­çants ou com­mer­çants du centre-ville, poli­tiques ou encore de simples citoyens. Au nombre de leurs pré­oc­cu­pa­tions, le nou­veau plan de cir­cu­la­tion avec l’in­ter­dic­tion des voi­tures sur le bou­le­vard Agutte-Sembat, la pié­ton­ni­sa­tion, les tarifs de sta­tion­ne­ment, les auto­routes à vélos… Autant de sujets de mécon­ten­te­ment qu’ils avaient anti­ci­pés et qui avaient poussé nombre d’entre eux, il y a bien­tôt un an, à appo­ser sur leur devan­ture quelque 2 000 affi­chettes « Commerces gre­no­blois : chro­nique d’une mort annon­cée ».

 

 

Donner « un coup de projecteur », sur le désespoir des commerçants

 

Si Jean-Pierre Barbier est là, c’est bien parce qu’on l’a invité. « Les unions com­mer­ciales de Grenoble ont sou­haité ren­con­trer le pré­sident du dépar­te­ment et en tant que tel, je suis éga­le­ment le pré­sident de tous les Isérois, qu’ils soient à l’in­té­rieur de la Métropole ou à l’ex­té­rieur ». Et de pour­suivre : « Ils ont sou­haité m’ex­pli­quer leurs dif­fi­cul­tés, leurs inquié­tudes sur le pro­jet Cœurs de ville, cœur de métro­pole. Des inquié­tudes légi­times », estime-t-il encore.

 

© Joël Kermabon - Place Gre'net

© Joël Kermabon – Place Gre’net

Pour autant, et Jean-Pierre Barbier le recon­naît bien volon­tiers, le com­merce n’est pas de la com­pé­tence du dépar­te­ment mais de la Métropole et de la ville de Grenoble. « C’est vrai, je n’ai aucune com­pé­tence pour ce qui concerne le com­merce ou les amé­na­ge­ments struc­tu­rels à l’in­té­rieur de la Métropole. Ce que j’ai­me­rais c’est que ma visite per­mette un coup de pro­jec­teur qui fasse prendre conscience à tous qu’il faut se remettre autour de la table pour recher­cher des solu­tions à une cer­taine forme de déses­poir des com­mer­çants et des habi­tants », déclare le pré­sident. Une manière aussi, pour l’élu, de balayer toute inten­tion poli­ti­cienne dans sa démarche.

 

Enfin… pas com­plè­te­ment. Ne recon­naît-il pas, au pas­sage, à Éric Piolle, le maire de la ville-centre, une cer­taine constance poli­tique dans ses pro­jets ? « Il avait dit qu’il était pour la décrois­sance, donc il met en appli­ca­tion ce qu’il a dit. C’est poli­ti­que­ment audible mais moi ce n’est pas ma phi­lo­so­phie. »

 

 

« Mettons-nous tous autour de la table »

 

 

Jean-Pierre Barbier, qui se féli­cite des récentes avan­cées du conseil métro­po­li­tain sur les dos­siers de l’A480 et du Rondeau, sou­haite qu’un tel schéma puisse se repro­duire pour la démarche Cœurs de ville, cœurs de métro­pole. « Mettons-nous tous autour de la table, la Métropole, le Conseil dépar­te­men­tal, les com­munes pour trou­ver ensemble une solu­tion. […] L’idée c’est de se dire qu’on ne pense pas tous la même chose mais qu’il nous faut trou­ver le che­min pour que l’in­té­rêt géné­ral soit pré­servé », explique le pré­sident du dépar­te­ment.

 

 

Dialogue entre Christian Hoffmann, le président de l’Union commerçante Label ville et Jean-Pierre Barbier. Au centre, Jean-Damien Mermillod-Blondin. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Dialogue entre Christian Hoffmann, le pré­sident de l’Union com­mer­çante Label ville et Jean-Pierre Barbier. Au centre, Jean-Damien Mermillod-Blondin. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Sur le fond du pro­jet métro­po­li­tain, Jean-Pierre Barbier concède qu’il n’est pas « for­cé­ment mau­vais », que ce soit pour les com­mer­çants ou les habi­tants. Mais « à la condi­tion qu’il soit construit et que l’on puisse voir com­ment cela va mar­cher […] Si ça ne fonc­tionne pas, der­rière nous aurons des consé­quences éco­no­miques notam­ment la dis­pa­ri­tion des com­merces », pré­dit l’élu.

 

Raison de plus pour que Jean-Pierre Barbier recom­mande à ses inter­lo­cu­teurs du moment d’in­ci­ter leurs clients à par­ti­ci­per à la concer­ta­tion en cours. « A chaque fois que nous ten­tons de faire quelque chose, essayons de rai­son­ner avec bon sens et dis­cer­ne­ment », pré­cise-t-il.

 

 

 

« Nous nous posons beaucoup de questions pour demain »

 

 

Après cette dis­cus­sion place Victor Hugo, Jean-Pierre Barbier s’est rendu à la  cho­co­la­te­rie Zugmeyer située bou­le­vard Agutte-Sembat et diri­gée par Patrice Besson. Ce der­nier n’a pas man­qué de lui faire part de sa crainte de voir ses clients se raré­fier. « Pour accé­der au centre-ville, c’est de plus en plus com­pli­qué lorsque l’on vient du Nord Isère Nous sommes une PME de sept per­sonnes et nous nous posons beau­coup de ques­tions pour demain », s’in­quiète l’ar­ti­san cho­co­la­tier. Qui s’es­time lâché par la Ville alors même qu’a­vec ses confrères, « ils se battent pour valo­ri­ser le centre-ville ».

 

Dégustation de chocolats à la chocolaterie Zugmeyer. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Dégustation de cho­co­lats à la cho­co­la­te­rie Zugmeyer. © Joël Kermabon – Place Gre’net

« Nous avons eu les assises du com­merce avec la muni­ci­pa­lité, nous avons mis cartes sur table : “On va dire ce qui va, ce qui ne va pas”. Sauf qu’on nous a caché la vérité. On nous a tout dit sauf qu’il allait y avoir des fer­me­tures d’axes prin­ci­paux comme le bou­le­vard Agutte-Sembat », déplore Christian Hoffmann, pré­sident de l’Union com­mer­çante Label ville.

 

Lequel regrette éga­le­ment qu’au­cune indem­ni­sa­tion ne soit pré­vue dans le dis­po­si­tif envi­sagé pour com­pen­ser une éven­tuelle baisse du chiffre d’af­faires.

 

Olivier Corneloup, le pré­sident de l’Union des arti­sans, com­mer­çants et res­tau­ra­teurs de Chavant qui gère le res­tau­rant La Clairefontaine est, lui aussi, très inquiet. « Nous ne fai­sons pas par­tie des pro­jets de cette mai­rie. Il n’y a aucune poli­tique pour le com­merce local. Il va bien fal­loir que le maire se rende compte qu’on ne peut pas avoir une ville sans com­merces », s’in­digne le res­tau­ra­teur. Qui stig­ma­tise l’im­pact d’un mes­sage muni­ci­pal à son sens un peu trop bien reçu par la clien­tèle poten­tielle.

 

 

 

Un taux de vacance des commerces supérieur à la moyenne nationale

 

 

Les bou­le­ver­se­ments liés à la démarche Cœurs de ville, cœurs de Métropole sont, en tout cas, loin d’a­voir laissé indif­fé­rente la Chambre de com­merce et d’in­dus­trie de Grenoble (CCI). Cette der­nière a ainsi adopté der­niè­re­ment à l’u­na­ni­mité une motion récla­mant l’a­jour­ne­ment des pro­jets d’a­mé­na­ge­ment des sec­teurs Sembat et Montorge. De quoi faire vive­ment réagir Ludovic Bustos, vice-pré­sident de Grenoble-Alpes Métropole délé­gué aux espaces publics et à la voi­rie, et Guy Jullien, délé­gué à l’artisanat, au com­merce et aux petites et moyennes entre­prises.

 

halte au restaurant La Clairefontaine. Au centre : Olivier Corneloup, le président de l’Union des artisans, commerçants et restaurateurs de Chavant. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Halte au res­tau­rant La Clairefontaine. Au centre : Olivier Corneloup, le pré­sident de l’Union des arti­sans, com­mer­çants et res­tau­ra­teurs de Chavant. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Ces der­niers s’étonnent ainsi d’une prise de posi­tion fai­sant déli­bé­ré­ment l’impasse sur des échanges et dis­cus­sions entre la CCI et la Métropole, les­quels auraient donné lieu à des évo­lu­tions du pro­jet.

 

Quid de la mobi­li­sa­tion des com­mer­çants ? « On s’a­per­çoit depuis quelques années que nous n’a­vons jamais été aussi nom­breux au niveau des orga­ni­sa­tions com­mer­ciales. Nous sommes dix-sept à Grenoble ce qui repré­sente 800 res­sor­tis­sants. C’est bien qu’ils veulent être à l’é­coute de ce qui se passe et qui peut par­fois les déranger », expose le pré­sident de Label ville. Pour ce der­nier, le taux de vacance des com­merces qui atteint 9 % à Grenoble – ce qui dépasse la moyenne natio­nale – est bien le mar­queur du pro­fond malaise qui règne dans la capi­tale des Alpes.

 

Ce qui ne manque pas de faire réagir Jean-Pierre Barbier. « Et c’est jus­te­ment parce qu’il y a des pro­blèmes qu’il convient de ne sur­tout pas en rajou­ter », lance le pré­sident du dépar­te­ment.

 

 

Joël Kermabon

 

 

Un recours contre « un projet mortifère »

 

« Je suis venu ce matin place Victor Hugo pour voir le début de cette concer­ta­tion et j’ai vu un clown [une ani­ma­tion pro­po­sée par la Métropole, ndlr] qui vous parle sur une carte et vous demande avec humour ce que vous pen­sez du pro­jet », iro­nise Jean­-Damien Mermillod-­Blondin,  pré­sident du groupe d’opposition “Métropole d’avenir” (Divers droite, Société civile, Les Républicains et UDI).

Jean-Damien Mermillod-Blondin, président du groupe Métropole d'avenir. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Jean-Damien Mermillod-Blondin, pré­sident du groupe Métropole d’a­ve­nir. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Ce der­nier, qui accom­pa­gnait Jean-Pierre Barbier lors de cette visite, n’y va pas par quatre che­mins. « Ce que j’ai vu est conforme à ce que je res­sens. C’est-à-dire des com­mer­çants légi­ti­me­ment inquiets, qui sont une des loco­mo­tives qui tirent la ville et trouvent que ce qui se passe est mor­ti­fère. Cette loco­mo­tive com­mence à tous­ser sévè­re­ment. »

 

 

C’est l’une des rai­sons qui ont poussé Jean-Damien Mermillod-Blondin à dépo­ser, avec d’autres conseillers métro­po­li­tains, un recours contre le pro­jet Cœurs de ville, cœurs de Métropole. Il s’en explique.

 

 

Ce n’est pas tout. L’élu, qui a réclamé en vain le rap­port d’é­tude inté­gral du pro­jet lors du conseil métro­po­li­tain de ce ven­dredi 30 sep­tembre, menace de sai­sir la com­mis­sion d’ac­cès aux docu­ments admi­nis­tra­tifs (Cada) s’il ne lui est pas remis cette semaine. « Ils sont les chantres de la trans­pa­rence et quand on fait une demande publique, on lou­voie et on vous dit non. C’est véri­ta­ble­ment inac­cep­table », s’in­surge le pré­sident de groupe.

 

 

 

Musée de Grenoble et ses artistes du XIXe siècle
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Commentaires 2
  1. Si le taux de fer­me­ture des com­merces est en des­sous de 9 % il est en des­sous du taux natio­nal, qui est plu­tôt de 9,5 %.
    « Le taux de vacance com­mer­ciale dépasse les 9,5 % dans plus de la moi­tié des 200 villes obser­vées par Procos [obser­va­toire mis en place par la Fédération repré­sen­ta­tive du com­merce spé­cia­lisé]. Une ten­dance lourde qui se pour­suit au fil des années. »
    « Il s’agit en réa­lité d’une ten­dance lourde, his­to­rique. En effet, l’apogée du parc com­mer­cial fran­çais est atteinte dans les années 1920 avec envi­ron 1,5 mil­lion de bou­tique. On n’en compte plus aujourd’hui que 850 000, pour la même sur­face, mais une popu­la­tion double. »
    http://www.courrierdesmaires.fr/62884/la-vacance-commerciale-toujours-plus-importante-partout-sur-le-territoire-national/
    Zugmeyer, peut être le meilleur cho­co­la­tier de Grenoble, se plaint ? mais les voi­tures ne s’ar­rêtent pas Boulevard Edouard Rey, il n’y a jamais de places. Donc, il doit déjà avoir une clien­tèle de pié­tons et peut être bien que celle-ci dou­blera avec les cyclistes …
    Bref, on se croit revenu à la pié­ton­ni­sa­tion du centre ville contre laquelle s’é­le­vaient déjà les com­mer­çants … avant de s’en trou­ver fort bien. Il se peut que les nou­veaux amé­na­ge­ments boostent le com­merce, mais il ne faut pas incri­mi­ner les nou­veau­tés, sans par­ler du e‑commerce qui, lui, affai­blit consi­dé­ra­ble­ment le com­merce tra­di­tion­nel.

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    • Horreur, erreur.
      Le cho­co­la­tier Zugmeyer se trouve bd Agutte Sembat et pas bd Edouard Rey.
      Il va fal­loir que j’aille faire un tour A PIED dans le quar­tier pour voir où s’ar­rête le bd Agutte Sembat et où com­mence le bd Edouard Rey ! 😉

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