Les pelleteuses rasent le camp. © Joël Kermabon - placegrenet.fr

Campement Esmonin : un démantèlement qui passe mal

Campement Esmonin : un démantèlement qui passe mal

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DÉCRYPTAGE – Après l’évacuation du camp illicite de l’avenue Edmond Esmonin, interrogations et critiques fusent. Certaines associations sont vent debout contre « une expulsion injustifiable », tandis que l’opposition municipale dénonce une gestion irresponsable du dossier. État des lieux après le passage des pelleteuses.

 

 

 

Les pelleteuses rasent le camp. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Les pel­le­teuses rasent le camp. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Du bidon­ville de l’a­ve­nue Esmonin qua­si­ment plus rien ne sub­siste. Les débris des cabanes ont presque tous été enle­vés, de gros blocs de pierre les rem­pla­çant pour dis­sua­der toute nou­velle ten­ta­tive d’ins­tal­la­tion. Il ne reste plus aucun signe indi­quant que, quelques jours plus tôt, plus de trois cents per­sonnes “habi­taient” là.

 

Certes, sous un pauvre toit « mais un toit quand même », rétorquent les sym­pa­thi­sants et, com­paré à la rue, c’é­tait tou­jours ça.

 

Après ce que cer­tains n’hé­sitent pas à qua­li­fier de « sale bou­lot », les réac­tions sont vives. De la cri­tique de la méthode, où se rejoignent asso­cia­tions et oppo­si­tion muni­ci­pale, en pas­sant par l’o­pi­nion des rive­rains jus­qu’aux folles rumeurs aux relents xéno­phobes des réseaux sociaux, quelques élé­ments de décryp­tage de cette situa­tion com­plexe s’imposent.

 

 

 

« Existe-t-il des expulsions justifiables ? »

 

 

Au len­de­main de l’é­va­cua­tion et de la des­truc­tion du camp, la ville de Grenoble se féli­ci­tait, dans un com­mu­ni­qué, d’a­voir mené « une éva­cua­tion inévi­table et néces­saire qui s’est dérou­lée dans le calme, le res­pect des per­sonnes et de la loi ». Selon la muni­ci­pa­lité,   « les per­sonnes éva­cuées ont pu être accom­pa­gnées indi­vi­duel­le­ment et se sont vu pro­po­ser des solu­tions de relo­ge­ment. Personne n’a dormi dans la rue le soir-même et n’y dor­mira dans les jours à venir ». Le tout, selon elle, grâce à la mobi­li­sa­tion de l’ensemble des acteurs : la ville de Grenoble et son CCAS, l’État et les asso­cia­tions partenaires.

 

De gauche à droite : Jo Briant (Cisem), Yvon Sellier (Patate Chaude)

Jo Briant (Cisem) et Yvon Sellier (La Patate chaude). © JK

Un avis que ne par­tagent pas les asso­cia­tions impli­quées. Jo Briant avait donné le ton durant l’é­va­cua­tion, dénon­çant l’illégalité de la pro­cé­dure et la  « vio­lence sym­bo­lique » du dis­po­si­tif poli­cier mis en place. Lui emboî­tant le pas, les col­lec­tifs Hébergement-loge­ment, Réseau et édu­ca­tion sans fron­tières (RESF) et La Patate chaude ont, quant à eux, dénoncé une « expul­sion injus­ti­fiable, pour peu qu’il puisse exis­ter des expul­sions jus­ti­fiables ».

 

 

Et ces der­niers d’en­fon­cer le clou : « Comme toutes les expul­sions, cette der­nière est vio­lente et sor­dide, et ceci est peut-être accen­tué encore par le fait que la mai­rie a voulu en faire une expul­sion “à visage humain” ». Quant au rôle joué par le CCAS dans cette éva­cua­tion, les col­lec­tifs n’en démordent pas : « Le rôle d’un CCAS n’est pas de prê­ter main forte à une action poli­cière. Les per­sonnes du bidon­ville d’Esmonin devaient être pro­té­gées via le droit com­mun, en atten­dant des pro­po­si­tions de loge­ment ».

 

 

 

« Pas de caravanes dans notre quartier ! »

 

 

« Le déman­tè­le­ment, nous l’a­vons appris par la presse !, s’in­surge Sébastien Baudouin, rive­rain et membre du col­lec­tif Plein soleil. C’est le seul outil de com­mu­ni­ca­tion qui est uti­lisé par la Ville. Nous sommes des rive­rains, des citoyens et nous avions le droit d’être infor­més. » Et ce der­nier de tem­pé­rer : « Éric Piolle a enfin pris ses res­pon­sa­bi­li­tés ! Nous ne pou­vons que nous féli­ci­ter de cette déci­sion d’é­va­cua­tion que nous atten­dions depuis plus d’une année. Nous n’en pou­vions plus de voir notre quar­tier deve­nir une vraie pou­belle, tan­dis que les tra­fics et la pros­ti­tu­tion pre­naient de l’ampleur ».

 

A gauche, Sébastien Baudouin, riverain et membre collectif Plein Soleil. © Joël Kermabon - Place Gre'net

A gauche, Sébastien Baudouin, rive­rain et membre col­lec­tif Plein Soleil. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Bien que tem­po­rai­re­ment satis­fait, le rive­rain reste néan­moins dubi­ta­tif. « Nous savons – Alain Denoyelle [l’ad­joint aux soli­da­ri­tés, ndlr] nous l’a confirmé –, qu’il est dans les pro­jets de la Ville d’ins­tal­ler des cara­vanes dans le quar­tier. Nous n’en vou­lons pas ! », s’in­quiète-t-il. Sébastien Baudouin en est convaincu, « cela va légi­ti­mer la pré­sence de ces gens, les inci­ter à reve­nir. S’il faut déman­te­ler à nou­veau dans quelques mois, tout ça n’aura servi à rien ! ».

 

 

 

Pour Alain Denoyelle, adjoint aux soli­da­ri­tés et vice-pré­sident du CCAS, il y a mal­en­tendu. L’aire d’accueil envi­sa­gée est celle sur laquelle le Centre com­mu­nal a ins­tallé depuis 2013 des mara­bouts où les occu­pants n’ont pas été éva­cués. « Il y a des réflexions sur le deve­nir de cette aire qui est offi­ciel­le­ment recon­nue par l’État comme une aire d’ac­cueil des gens du voyage. Elle a donc voca­tion à recueillir des per­sonnes [donc des cara­vanes, ndlr]  mais rien n’est acté quand à son déve­lop­pe­ment », tient à sou­li­gner l’élu.

 

 

 

Une évacuation « inéluctable mais trop tardive »

 

 

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Joël Kermabon

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