Évacuation du bidonville Esmonin. © Joël Kermabon - placegrenet.fr

Le bidonville Esmonin évacué à Grenoble. Et après ?

Le bidonville Esmonin évacué à Grenoble. Et après ?

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

REPORTAGE VIDÉO – L’évacuation du bidonville de l’avenue Esmonin s’est déroulée dès 6 heures du matin, ce mercredi 29 juillet. Annoncée depuis la mi-mai, l’opération a été déclenchée suite à un arrêté d’expulsion pris par Éric Piolle, le maire de Grenoble, ce lundi 27 juillet. Personne ne devrait dormir dehors…

 

 

 

Un cordon de CRS infranchissable. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Cordon de CRS infran­chis­sable. © Joël Kermabon – Place Gre’net

 

Dès 6 heures du matin ce mer­credi 29 juillet, un impor­tant dis­po­si­tif poli­cier com­posé de 150 CRS et gardes mobiles ver­rouillait les abords du bidon­ville de l’a­ve­nue Esmonin.

 

Une bar­rière très effi­cace, ren­for­cée par les véhi­cules de ser­vice, qui a rendu toute approche impos­sible, can­ton­nant presse, sym­pa­thi­sants, rive­rains et curieux de l’autre côté de l’avenue.

 

 

En face, dans le camp, une grande acti­vité régnait, les habi­tants du bidon­ville réunis­sant rapi­de­ment des affaires, avant de s’ins­tal­ler dans des bus, sous le regard des enfants un peu hébé­tés devant toute cette agi­ta­tion. L’évacuation s’est dérou­lée dans le calme. Sur le coup de 9 h 30, les occu­pants encore sur place ont été pris en charge, avant que les pel­le­teuses n’entrent en action.

 

Annoncé depuis la mi-mai, le déman­tè­le­ment était très attendu par les rive­rains. D’ailleurs, quelques-uns d’entre eux, pré­sents sur les lieux, ne man­quaient pas de mar­quer leur satis­fac­tion de voir enfin leurs “pro­blèmes” s’é­loi­gner, même si beau­coup posaient la ques­tion : pour com­bien de temps ? L’empathie était par ailleurs éga­le­ment visible chez la plu­part des per­sonnes pré­sentes. Beaucoup s’inquiétaient en effet de savoir où et com­ment les familles expul­sées allaient être relogées.

 

 

Réalisation Joël Kermabon

 

 

 

Six personnes placées en centre de rétention

 

 

Ne pas expul­ser sans pro­po­ser des solu­tions d’ac­com­pa­gne­ment et d’hé­ber­ge­ment. Cétait un enga­ge­ment du maire de Grenoble. Ainsi que nous le rela­tions dans un pré­cé­dent article, l’élu s’é­tait engagé à deman­der l’ap­pli­ca­tion de la cir­cu­laire inter­mi­nis­té­rielle du 26 août 2012 ou cir­cu­laire Valls.

 

Avant d'embarquer dans les bus. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Avant d’embarquer dans les bus. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Un enga­ge­ment suivi d’ef­fets qui a per­mis de trou­ver quelques solu­tions pour les per­sonnes éva­cuées. Un tiers d’entre-elles envi­ron ont ainsi été prises en charge par la ville. Elles seront relo­gées dans les pré­fa­bri­qués du Rondeau.

 

Un autre tiers a été pris en charge par le CCAS, sachant que des négo­cia­tions sont ouvertes avec l’État afin qu’il aug­mente sa par­ti­ci­pa­tion. Cinquante-trois per­sonnes, dont trente-trois mineurs, ont déjà été prises en charge par ce dernier.

 

 

Enfin, six adultes en situa­tion irré­gu­lière au regard du droit au séjour en France ont été pla­cés en centre de réten­tion admi­nis­tra­tive en vue d’être ren­voyés vers leur pays d’origine.

 

 

 

Le compte n’y est pas

 

 

Mis à part les per­sonnes héber­gées au Rondeau, toutes les autres ont été conduites, dans un pre­mier temps, au centre sco­laire Élisée Chatin. Elles seront ensuite diri­gées vers dif­fé­rents hôtels, dans l’at­tente de relogements.

 

Il faut partir ! © Joël Kermabon - Place Gre'net

Il faut par­tir ! © Joël Kermabon – Place Gre’net

La ville de Grenoble pré­cise : « Pour ceux qui vont être pris en charge par l’État, l’hô­tel est une situa­tion tran­si­toire. Nous réflé­chis­sons ensemble à un dis­po­si­tif qui soit beau­coup plus pérenne que l’hô­tel et puisse per­mettre d’in­sé­rer les gens ».

 

Pour autant, le compte n’y est pas. Un pré­cé­dent dénom­bre­ment avait comp­ta­bi­lisé envi­ron 385 per­sonnes sur le site.

 

 

 

Au final, seules 142 per­sonnes, dont soixante-dix mineurs (dix-neuf familles dénom­brées), selon la pré­fec­ture de l’Isère, auront été éva­cuées et redi­ri­gées vers des solu­tions de relo­ge­ment. Selon la repré­sen­tante d’une asso­cia­tion, beau­coup ont pris les devants et sont par­tis du camp avant l’ar­ri­vée des forces de l’ordre.

 

 

 

« L’illégalité c’est le juge qui la définit ! »

 

 

Quid des sou­tiens métro­po­li­tain et dépar­te­men­tal ? Bien qu’Éric Piolle ait sou­haité ardem­ment que la ques­tion du relo­ge­ment puisse être trai­tée à l’échelle de la Métropole et du dépar­te­ment, aucune des com­munes la com­po­sant n’a joué le jeu en pre­nant des familles en charge. Pas plus que le Conseil dépar­te­men­tal qui n’a rien pro­posé. Au final, l’État et la ville de Grenoble se sont retrou­vés bien seuls regrette-t-on au cabi­net du maire.

 

© Joël Kermabon - Place Gre'net

© Joël Kermabon – Place Gre’net

Quant aux deux excep­tions d’illé­ga­lité de la pro­cé­dure d’ex­pul­sion – cf. vidéo – rele­vées par Jo Briant, porte-parole de la Coordination isé­roise de soli­da­rité avec les étran­gers migrants (Cisem), la ville de Grenoble met les points sur les i. « L’illégalité c’est le juge qui la défi­nit. Les asso­cia­tions auraient pu faire un recours dès le lundi soir devant le tri­bu­nal admi­nis­tra­tif, un référé liberté ».

 

Pour ce qui concerne la noti­fi­ca­tion d’ex­pul­sion, la muni­ci­pa­lité crie à la dés­in­for­ma­tion : « Elle a été faite dans les règles par l’huis­sier qui a dis­tri­bué les noti­fi­ca­tions en main propre aux per­sonnes pré­sentes dans le camp lors de son pas­sage, elle n’a pas seule­ment été pla­car­dée, c’est un vrai mensonge ! ». 

 

Allant même plus loin, le cabi­net jus­ti­fie l’u­ti­li­sa­tion d’un tel arrêté. « Si l’État a déblo­qué des fonds c’est grâce à l’in­ter­pel­la­tion de François Hollande par Éric Piolle, c’est ce qui a condi­tionné le fait que nous soyons passé par un arrêté. » En effet, étant sûre d’ob­te­nir des fonds et donc des solu­tions de relo­ge­ment, la ville a ainsi pu pré­ci­pi­ter le mou­ve­ment et enga­ger la pro­cé­dure d’ex­pul­sion. « Cela ne ser­vait à rien de faire durer la mise en dan­ger des gens dans le bidon­ville », sou­ligne la ville de Grenoble.

 

 

Joël Kermabon

 

 

 

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Joël Kermabon

Auteur

A lire aussi sur Place Gre'net

UNe vingtaine de personnes menacées d'expulsion du gymnase de la Houille blanche. DR
Occupants d’un squat incendié relogés à la Houille blanche : des associations redoutent l’expulsion et dénoncent le manque d’information

FLASH INFO -  Des associations redoutent l'expulsion d'une vingtaine de personnes présentes dans le gymnase de la Houille blanche suite à leur relogement par la Lire plus

Il a été expulsé après plusieurs jours de rétention : le grenoblois Jean-François Le Dizès avait notamment pris des photos de Kabyles manifestant en Algérie
Un militant grenoblois expulsé d’Algérie après plusieurs jours de rétention

  EN BREF - Privé de passeport pendant douze jours pour avoir photographié les manifestants algériens de l'Hirak, Jean-François Le Dizès a fini par être Lire plus

Manifestation Dal 38 Hôtel de Ville 13 mai 2019 © Joël Kermabon - Place Gre'net
Troubles de voisinage : la famille locataire d’Actis expulsée sur décision judiciaire, sans relogement… au grand dam du Dal

  FOCUS – Dénouement en demi-teinte d'une l’affaire de conflit de voisinage qui opposait une propriétaire et une famille de locataires d’Actis, dans un immeuble Lire plus

UNE Le syndicat FO de la Ville de Grenoble et Chérif Boutafa, son secrétaire général (veste en jean) lundi 9 septembre 2019 © Séverine Cattiaux - Place Gre'net
FO accuse la Ville de Grenoble d’avoir expulsé une agente de son logement en représailles contre son mari… Chérif Boutafa

  FOCUS - Une agente de la Ville de Grenoble va devoir quitter son appartement de fonction, suite à une décision du juge des référés Lire plus

Habitations en centre ville de Grenoble oût 2019 © Séverine Cattiaux - Place Gre'net
Conflit de voisinage avec des locataires d’Actis : le maire de Grenoble, Eric Piolle, dans l’œil du cyclone

  FOCUS – Depuis deux ans, Juliette*, propriétaire d'un logement dans le centre-ville de Grenoble, vit un cauchemar à cause des nuisances de ses voisins, Lire plus

Parmi les familles remises à la rue, un couple d'arméniens et leurs deux enfants. © Joël Kermabon - Place Gre'net
Mobilisations des associations après la remise à la rue à Grenoble de 24 personnes hébergées en urgence pendant la canicule

  FOCUS - Vingt-quatre personnes ont dû quitter, ce lundi 29 juillet, l'hôtel Formule 1 de Voreppe qu'elles occupaient depuis le dernier épisode caniculaire. Face Lire plus

Flash Info

|

22/10

8h00

|

|

21/10

19h40

|

|

20/10

18h24

|

|

20/10

17h45

|

|

20/10

16h19

|

|

20/10

12h51

|

|

20/10

9h13

|

|

19/10

19h14

|

|

19/10

18h03

|

|

19/10

15h11

|

Les plus lus

Environnement| Des loups en plein centre-ville de Grenoble à la faveur du confinement ?

Des contrôles pour le respect des consignes de confinement. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Fil info| Confinement : à Grenoble, la police nationale a verbalisé… des policiers municipaux

Manifestation contre la loi de travail, 26 mai 2016. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'Net

Société| Manifestation contre la loi Travail : des licornes et des heurts à Grenoble

Bois Français. © Isère Tourisme

Société| Des points d’eau pour se rafraîchir !

Témoignage d'une ancienne allocataire du RSA en Isère, aujourd'hui sans aide sociale pour avoir voulu se réinsérer en reprenant une formation.

Société| “J’ai perdu mon droit au RSA pour avoir voulu me réinsérer”

SDH - Le futur compte sur nous

Agenda

Je partage !
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin