REPORTAGE – Forte affluence pour la journée internationale des Droits des femmes et des minorités de genre, samedi 8 mars 2025 à Grenoble. À l’appel de l’Assemblée générale féministe de Grenoble, près de 5 000 personnes ont défilé dans une ambiance à la fois joyeuse et revendicative. Du fait du contexte mondial particulièrement tendu, plusieurs prises de parole ont dénoncé la vente d’armes de la France à Israël et l’implication d’entreprises grenobloises dans le secteur de l’armement.
« Patron, patriarcat, même racine, même combat », « Du fric pour les services publics, du blé pour les centres IVG »… Les slogans féministes ont fusé, samedi 8 mars 2025, à l’occasion de la journée internationale des Droits des femmes et des minorités de genre.
Un départ inhabituel de la manifestation près de la Presqu’île scientifique
Parmi les faits à retenir de cette journée, le démarrage inhabituel de la manifestation place de Sfax, près de la presqu’île scientifique. L’intention des organisatrices ? Dénoncer le « soutien du CEA (implanté sur la presqu’île) à tout un tas de start-up de l’armement » et aux grands groupes comme STMicro, Soitec qui « participent à la fabrication de technologies militaires utilisées dans les armes vendues notamment à Israël ». Les entreprises Lynred et Caterpillar ont aussi été épinglées par les militantes.

Journée internationale des droits des femmes et des minorités de genre, Grenoble, place de Sfax, près de la presqu’île scientifique, samedi 8 mars 2025. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net
Lors de leur intervention, des militantes ont fustigé « la complicité active de la France dans le génocide à Gaza » par la vente d’armes à Israël. Le collectif Urgence Palestine a, pour sa part, clamé son soutien aux nombreuses femmes palestiniennes emprisonnées pour s’être opposées à l’occupation israélienne.
Le Dal en soutien aux femmes menacées d’expulsion
Dans leur discours introductif, deux militantes de l’Assemblée générale féministe, organisatrice de la manifestation, ont aussi mentionné les multiples combats qui continuent de les mobiliser et qui devraient alerter la société.
En l’occurrence, « la lutte contre les inégalités dans le travail productif et reproductif », « la transphobie », « les violences sexistes et sexuelles », « l’islamophobie », « le racisme », « le colonialisme », « l’extrême droite », « la dégradation des services publics », ainsi que la lutte « pour le droit au logement ».
L’association du Dal1Droit au logement est, par ailleurs, intervenue pour mettre en lumière les femmes seules avec leurs enfants, particulièrement vulnérables et menacées d’expulsion, à quelques semaines de la fin de la trêve hivernale.

Manifestation pour la journée internationale des droits des femmes et des minorités de genre, Grenoble, samedi 8 mars 2025. Intervention d’un collectif de femmes au sein du Dal 38. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net
Le Dal a également profité de cette journée de luttes convergentes pour remettre un coup de projecteur sur le manque de logements dans l’agglomération. Une situation qui conduit à transformer des écoles en lieux d’hébergement, la nuit, pour de plus en plus de familles migrantes sans-abris.
Des tampons et serviettes « ensanglantés » en face de la préfecture de l’Isère
De 14 h 45 à 17 h 30 environ, le cortège, très étiré, a progressé lentement jusqu’à la place de Verdun, en passant par plusieurs sites choisis pour « faire valoir les différentes luttes » : la Maison de l’autonomie, France Travail, le palais de justice, le groupe scolaire occupé Anthoard-Berriat, le Planning familial, le tribunal administratif et la préfecture.
En fin de manifestation, les militantes syndicalistes ont pris la parole, place de Verdun. L’Unef2Union nationale des étudiants de France a notamment réclamé « des cellules d’écoute indépendantes pour les étudiantes et étudiants ». Des cellules que la présidence de l’Université Grenoble-Alpes leur a jusqu’ici refusées.

Journée internationale des droits des femmes et des minorités de genre, Grenoble, place de Verdun. Des serviettes et tampons hygiéniques « ensanglantés » ont été accrochées en face de la préfecture, en signe de mécontentement. La préfète de l’Isère a fait annuler le droit au congé menstruel proposé par certaines communes dont Grenoble, à leurs agentes, samedi 8 mars 2025. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net
La CGT Isère a, quant à elle, réaffirmé ne pas lâcher son combat en faveur du congé menstruel pour les femmes dans les mairies qui l’avaient mis en place comme la Ville de Grenoble. Car ce droit a été récemment supprimé par la préfète de l’Isère. Afin de manifester leur mécontentement, les organisatrices de la CGT avaient accroché en face de la préfecture, sur le mobilier urbain de la place de Verdun, une guirlande de tampons et de serviettes hygiéniques tâchés de couleur rouge.
Interventions de Solidaires, Femmes égalité et du Planning familial
Parmi ses nombreuses revendications, l’Union syndicale Solidaires a exigé la « transposition immédiate de la directive européenne visant à renforcer l’application du principe d’une même rémunération pour un même travail ou un travail de valeur égale », en considérant que « le gouvernement n’a aucune volonté de réduire les inégalités salariales de 27 % en moyenne entre les femmes et les hommes ».
Au nom de l’Organisation de Femmes égalité, Christiane Le Gouguec a, pour sa part, invité les femmes du « camp progressiste à se soutenir contre l’agression idéologique réactionnaire » et à exprimer « leur solidarité à l’égard des femmes et des peuples d’outre-mer, des femmes afghanes, iraniennes, palestiniennes, argentines, soudanaises, kanaks et de Mayotte ».

Militantes de l’Organisation Femmes égalité, lors de la journée internationale des droits des femmes et des minorités de genre, Grenoble, samedi 8 mars 2025. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net
Il a aussi été question de l’avenir des huit centres de santé sexuelle départementaux du Planning familial, dont celui de l’Isère. La coprésidente du Planning familial de l’Isère, Léa Mugnier, s’est, à ce titre, montrée très inquiète face à la baisse des financements et aux futures décisions que pourrait prendre l’État.
Contre l’inceste, la transphobie et l’interdiction du voile dans le sport
Pour l’organisation Solidarité Trans, Ellana a témoigné des discriminations et de l’exclusion frappant les personnes trans, que ce soit pour étudier, travailler, accéder à la santé, ou pour le droit de transitionner. Le collectif Enfantiste a, lui, fait entendre la voix des enfants victimes d’abus et d’inceste, sachant que « quatre victimes d’inceste sur cinq sont des filles et, que, dans 95 % des cas, l’agresseur est un homme.

Journée internationale des droits des femmes et des minorités de genre, Grenoble, place de Verdun. Intervention de l’organisation Solidarité Trans, samedi 8 mars 2025. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net
Militant pour « la pratique sportive pour l’égalité des genres », l’association Flam a, de sont côté, fustigé le projet de loi visant à interdire le port du voile dans les compétitions sportives et les piscines municipales. Elle pourrait « éloigner encore plus les femmes musulmanes des pratiques sportives », a déploré l’une des porte-parole du Flam.
Pour clore la manifestation, une mère a témoigné de manière poignante du calvaire qu’elle endure depuis des années. Sous l’emprise de son ex-mari violent, son fils unique ne veut en effet plus lui parler. Et celle-ci se trouve démunie, sans pouvoir trouver un soutien auprès des institutions.


