CHRONIQUE – Place Gre’net s’associe à la radio RCF Isère chaque lundi midi dans la chronique L’Écho des médias. Notre objectif ? Revenir sur une actualité, décrypter une information… ou révéler les coulisses du traitement d’une nouvelle. Pour cette chronique sur RCF épisode 107 du lundi 10 février 2025, retour sur le débat au conseil municipal de Grenoble sur la résilience… et la novlangue.
« Aujourd’hui nous allons parler de novlangue. Parce que le sujet s’est imposé lors du conseil municipal de Grenoble du lundi 3 février, à l’occasion d’une délibération portant sur la stratégie de résilience de la Ville. Si le fond de la délibération a été peu abordé, la forme a donné lieu à beaucoup de commentaires de la part des oppositions. Qui ont vertement critiqué les formulations du rapport d’une cinquantaine de pages fourni, comme celles de sa présentation par l’adjoint Antoine Back.
Un rapport qui a été quasiment qualifié d’illisible. Et bien qu’il s’agisse forcément d’une opinion subjective, il ne nous a pas semblé si incompréhensible que cela. Il n’en souffre pas moins de quelques tournures de style franchement pompeuses, ou de fulgurances qui peuvent laisser pantois.
Des tournures de style complexes
Par exemple, quand il évoque les « nouvelles grammaires nécessaires pour représenter “ce qui compte” dans un monde de finitude ». Ou encore « l’usage polysémique et relativement souple » de la notion de résilience, laquelle « permet à la Ville de Grenoble de faire appel à un imaginaire commun tout en […] y associant une éthique cohérente avec le projet municipal ».
Quant à la présentation d’Antoine Back, il faut reconnaître qu’on est priés de s’accrocher à son siège quand l’élu nous explique les « visualisation, planification et sécurisation de notre trajectoire de transition dans les turbulences et les incertitudes de l’anthropocène ».
Mais est-ce de la novlangue ? Oui et non, comme disent les horloges normandes. C’est Émilie Chalas qui a longuement parlé de la novlangue de la Ville de Grenoble, en donnant la définition première du terme. Le concept de novlangue apparaît dans le roman 1984 de George Orwell, et désigne une façon de parler simplifiée à outrance, qui ne laisse plus aucune place à la subtilité, la nuance, et donc la contradiction.
Sauf qu’Émilie Chalas se trompe, puisque l’on reproche précisément à ce rapport d’employer un langage trop complexe. En réalité, en français, le mot de « novlangue » a évolué et peut qualifier aujourd’hui des discours abscons, des périphrases, de la langue de bois, du politiquement correct, etc. Une évolution du reste amusante, puisque le terme « novlangue » lui-même, dans cet usage libéré, apparaît… comme un élément de ce supposé nouveau langage.
Novlangue ou éléments de langage ?
Devrait-on parler d’éléments de langage ? Rappelez-vous le maire, dans La Soupe aux choux, qui se rengorge en utilisant l’expression « expansion économique », une formule dont il ne sait visiblement pas ce qu’elle signifie. Aujourd’hui, nous entendons parler de « développement durable », de « transition écologique », de « pouvoir d’achat »… Autant de formules qui ont un sens, mais qui sont aussi parfois reprises comme des refrains commodes pour alimenter des discours convenus.
Le rapport sur la résilience de la Ville de Grenoble ne manque pas de pertinence. Mais il souffre peut-être d’un style et d’un jargon universitaires, qui sont aussi des éléments de langage. Et qui auraient sans doute pu être allégés sans nuire à son propos.
Notons enfin qu’Antoine Back a défendu le rapport, en rappelant que celui-ci se base sur des travaux universitaires, et en considérant que l’attaquer, c’est attaquer « le savoir et la recherche ». Ce qui, dans le jargon, voire la novlangue rhétorique, s’appelle un « argument d’autorité ». »
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2 réflexions sur « Chronique Place Gre’net – RCF : Résilience et « novlangue » à la Ville de Grenoble »
La résilience organique face aux risques émergents diverge sous l’ombre anthropocènique, illustrant une bifurcation hermétique entre le façonnement anthropique des symbioses terriennes et l’entropie savamment orchestrée par les forces invisibles de l’évolution naturelle.
La prétendue « science » d’Antoine Back s’obtient en deux secondes en demandant à l’IA de faire pompeux et incompréhensible.
Cela me rappelle un excellent document de « parler creux » qui se présentait sous le forme d’un tableau à N lignes et 3 colonnes, chaque case contenant un morceau de phrases. On pouvait combiner entre elles n’importe quelle ligne de n’importe quelle colonne pour obtenir un texte intellectualisant le plus abscons possible, qui rendait bien mais était complètement creux !