EN BREF – Un homme de 44 ans, gérant d’une société de nettoyage, a été mis en examen pour extorsions, jeudi 20 juin 2024, et placé en détention provisoire. Interpellé lundi 17 juin, il est soupçonné d’être impliqué dans un vaste système de racket organisé d’entreprises du BTP, sur des chantiers publics de l’agglomération grenobloise. Des pressions et menaces qui lui auraient permis de décrocher des marchés pour sa société.
Il serait l’un des principaux acteurs de ce « système mafieux », pour reprendre les mots d’Éric Vaillant, procureur de la République de Grenoble. Un vaste racket visant de nombreux chantiers de construction de la métropole grenobloise, dont la révélation, fin 2023, avait suscité un scandale politico-médiatique. « Un homme soupçonné d’extorsions au préjudice des entreprises de travaux public grenobloises a été incarcéré » jeudi 20 juin 2024, a annoncé le magistrat, confirmant une information du Dauphiné libéré.

Plusieurs chantiers publics de l’agglomération grenobloise, comme celui du projet Grandalpe, ont fait l’objet de menaces et pressions visant les entreprises de BTP. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net
« Le 18 juin 2022, le procureur de la République co-saisissait le service de police judiciaire de Grenoble (actuelle division de la criminalité organisée et spécialisée – DCOS 38) et le GIR de Grenoble afin qu’une enquête soit menée sur des faits d’extorsions aggravées commis au préjudice de gérants de sociétés de BTP engagées sur des chantiers de l’agglomération grenobloise », a rappelé Éric Vaillant.
« Système mafieux », pressions et menaces
Des faits qui avaient alors été « dénoncés par le maire d’Échirolles et la mairie de Grenoble ». Très vite, les enquêteurs s’étaient intéressés à une figure du quartier de la Villeneuve : un certain Nabil Hadri, dit « Nabil les grandes oreilles », âgé de 44 ans. Le gérant d’une entreprise de nettoyage de bases de vie sur les chantier (la société NHS), par ailleurs déjà « connu des services de police et de justice ».
Différents éléments désignaient le quadragénaire comme étant à l’origine d’un véritable « système mafieux » consistant à exercer des pressions et menaces sur les responsables de chantiers et leurs ouvriers. Il aurait obtenu par ce biais de nombreux contrats, incitant ces derniers à recourir à sa société « afin d’éviter des vols, dégradations, menaces, violences par des jeunes du quartier », a précisé le procureur.
Une vingtaine de victimes du racket identifiées
Difficile toutefois de récolter des témoignages incriminants dans un premier temps. L’enquête s’est en effet heurtée à « la loi du silence régnant dans le milieu du BTP, personne ne souhaitant s’exprimer à ce sujet », selon Éric Vaillant. Le parquet a donc décidé d’ouvrir une information judiciaire, en juillet 2023. Objectif : bénéficier de « techniques spéciales d’enquête ».

Une vingtaine d’entreprises du BTP victimes de ce système de racket organisé ont été identifiées, notamment grâce aux écoutes téléphoniques. (photo d’illustration) DR
Le travail mené par la juge d’instruction a alors permis d’identifier une vingtaine de victimes. Grâce aux écoutes téléphoniques, des discussions entre plusieurs entrepreneurs du BTP et Nabil Hadri ont notamment été attestées, mettant à jour le racket et les pressions qu’exerçaient le suspect à leur encontre.
Mis en examen pour extorsions et écroué, il nie tout en bloc
Finalement, après plusieurs mois d’investigations, « Nabil les grandes oreilles » a pu être interpellé à son domicile, lundi 17 juin, par les enquêteurs de la DCOS et du GIR. La perquisition organisée à cette occasion a conduit à la saisie de plus de 5 000 euros en liquide et de onze contrefaçons de montres de luxe.
Placé en garde à vue, Nabil Hadri a pourtant continué à tout nier en bloc. Et ce, malgré les « nombreux éléments l’incriminant », d’après le procureur, citant les conversations téléphoniques et les témoignages de victimes. Le suspect a été présenté, à l’issue de sa garde à vue, jeudi 20 juin, au magistrat instructeur, qui l’a mis en examen pour extorsions.
Il a ensuite été placé en détention provisoire par le juge des libertés et de la détention. Le gérant de la société de nettoyage reste toutefois « présumé innocent jusqu’à sa condamnation définitive par une juridiction », a souligné Éric Vaillant.


