REPORTAGE – Entre 6 900 et 8 500 personnes (selon la police ou les syndicats) ont défilé dans les rues de Grenoble, samedi 15 juin 2024, lors de la « manifestation unitaire contre l’extrême droite », organisée dans le cadre de l’appel national de syndicats et partis de gauche. Le cortège a réuni des Isérois de toutes les générations, dont un grand nombre de jeunes. Des manifestants à la fois inquiets et déterminés, avant les législatives.
« Siamo tutti antifascisti« , « Grenoble antifa« , « Résistance au fascisme« , « Même si Bardella veut pas, nous, on est là« , « La jeunesse emmerde le Front national1reprise de « Porcherie », de Bérurier noir, lorsque le RN s’appelait FN« … Ces chants et slogans ont résonné durant plus de deux heures, samedi 15 juin 2024, dans les rues de Grenoble, où 6 900 à 8 500 personnes (respectivement selon la police et les syndicats) ont battu le pavé, lors de « la manifestation unitaire contre l’extrême droite ».
Les manifestants répondaient à l’appel national lancé par l’intersyndicale (CGT, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires), associée en Isère aux syndicats étudiants (UEG, Unef), avec le soutien de nombreux collectifs, associations et partis de gauche. Une mobilisation organisée en réaction à la dissolution de l’Assemblée nationale, annoncée par Emmanuel Macron, et surtout face à l’éventualité d’une victoire du RN aux législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet.
Une « vraie peur » mais aussi une « lueur d’espoir »
Partie de l’avenue Alsace-Lorraine, la manifestation a rallié la place de Verdun, via le cours Gambetta et la rue Lesdiguières. Dans le cortège, figuraient des élus – comme le maire de Grenoble Éric Piolle (EELV), le sénateur écologiste Guillaume Gontard ou la maire d’Échirolles Amandine Demore (PCF) -, des militants syndicaux et politiques, mais également beaucoup de “simples” citoyens aussi inquiets que remontés.
« Je suis là pour faire front face au Rassemblement national« , explique Vincent, fonctionnaire territorial dans l’agglomération grenobloise, qui avoue « une vraie peur » face à la perspective d’un gouvernement RN. « Ils se présentent comme des défenseurs du peuple mais c’est de l’enfumage ! Ce sera de la politique néolibérale économique, du protectionnisme identitaire… Et je ne parle même pas de la casse des services publics et de l’impact sur la lutte syndicale. »

Les syndicats de salariés ont pris la tête de la manifestation, derrière la banderole de l’intersyndicale. © Manuel Pavard – Place Gre’net
Le quadragénaire garde cependant une lueur « d’espoir » liée à la formation du Nouveau Front populaire, évoquant son envie « d’accompagner un nouvel élan à gauche« . Et ce, d’autant que les bisbilles des derniers mois ne laissaient guère augurer d’une telle union. « On désespérait… S’il faut une bonne claque pour réamorcer ça, pourquoi pas “merci Macron” ?« , lance Vincent, avec une pointe d’ironie.
« Voir l’extrême droite aux portes du pouvoir, c’est impensable »
Son discours mêlant anxiété et détermination est partagé par de nombreux manifestants de toutes générations. Chez les plus anciens, comme Denise, retraitée, c’est la sidération qui l’emporte. « Pour moi qui suis de la génération née dans l’après-guerre, voir l’extrême droite aux portes du pouvoir, c’est impensable« , s’émeut-elle.

Jeunes ou moins jeunes, toutes les générations se côtoyaient au sein du cortège, parfois en famille. © Manuel Pavard – Place Gre’net
La septuagénaire se remémore les premiers succès électoraux du parti qui s’appelait encore Front national, « avec Jean-Pierre Stirbois à Dreux, dans les années 80. Puis, il y a eu évidemment Jean-Marie Le Pen au second tour, en 2002« , raconte Denise. « Rien que le fait qu’il passe le premier tour, ça nous avait choqués à l’époque. Mais j’étais loin d’imaginer que ça devienne le premier parti aux élections, vingt ans plus tard ! »
Le souvenir du séisme du 21 avril 2002
Cette fameuse date du 21 avril 2002, beaucoup s’en souviennent comme si c’était hier. Le marqueur symbolique d’un moment de bascule, avec un avant et un après… Y compris chez des manifestants n’ayant pas connu ce mini-séisme politique. C’est le cas de Clara, qui défile, poing levé, dans l’imposant et dynamique cortège “jeunes”, mené par de nombreux étudiants et lycéens.

De nombreux manifestants brandissaient des pancartes évoquant la situation politique actuelle. © Manuel Pavard – Place Gre’net
« En avril 2002, je n’étais même pas née« , plaisante l’étudiante. « Mais mon grand frère, qui est plus âgé, a fait toutes les manifs anti Le Pen à l’époque et il m’a souvent raconté. Ça m’a marquée« , reconnaît-elle. Son sourire masque néanmoins une inquiétude qu’elle ne cherche pas à dissimuler : « Bien sûr que j’ai peur ! Quand on voit le RN presque au gouvernement et le fascisme qui monte partout en Europe, quand t’as 20 ans, ça fait flipper (sic) pour l’avenir. »
« Voir cette jeunesse défiler, ça fait chaud au cœur »
La présence massive des jeunes dans cette manifestation unitaire parvient toutefois à la rassurer quelque peu. « Dans mon entourage, tout le monde est motivé à descendre dans la rue pour défendre nos droits et résister à l’extrême droite« , clame Clara, qui se dit « prête à manifester tous les soirs » si nécessaire.

Un cortège massif de jeunes (notamment étudiants et lycéens) a défilé, chantant des slogans non stop durant plus de deux heures. © Manuel Pavard – Place Gre’net
« Voir cette jeunesse défiler, ça fait chaud au cœur« , abonde Denise. « On n’arrête pas de dire que le RN fait des gros scores chez les jeunes mais il faut relativiser, vu le taux d’abstention : 25 %, quand au moins un sur deux ne vote pas, ça ne fait pas un sur quatre. » Galvanisée par cette mobilisation, elle se dit elle aussi disposée à remettre le couvert. « Pas pour moi, j’arrive bientôt au bout du chemin« , sourit-elle. « Mais pour mes enfants et petits-enfants…«










Une réflexion sur « Législatives 2024 : 6 900 à 8 500 personnes ont défilé à Grenoble pour « la manifestation unitaire contre l’extrême droite » »
Je trouve étrange cette manière de manifester pour se plaindre du résultat d’une élection, n’est-ce pas anti démocratique ?
Et a force d’embêter les 99 % de gens qui ne manifestent pas, ne risque t’on pas de les inciter à voter RN pour faire barrage à l’extreme gauche ?