EN BREF – Trente-trois personnes comparaissent à partir du mercredi 3 avril 2024 devant le tribunal correctionnel de Lyon, pour répondre de blanchiment. La justice leur reproche d’avoir participé, en juin 2016, au paiement – en liquide et en billets de 500 euros – de la caution de 500 000 euros fixée pour la libération d’un important trafiquant de stupéfiants grenoblois, alors en attente de jugement. Le procès doit durer une semaine et demie.
Un trafiquant grenoblois libéré grâce au paiement d’une caution de 500 000 euros en liquide… L’histoire avait fait grand bruit à l’époque. Près de huit ans après les faits, le procès de cette affaire peu commune s’ouvre mercredi 3 avril 2024 devant le tribunal correctionnel de Lyon, où 33 personnes (23 hommes et 10 femmes) doivent répondre, jusqu’à la fin de la semaine suivante, de blanchiment du produit d’un trafic de stupéfiants et d’association de malfaiteurs.

Le procès de 33 personnes, soupçonnées d’avoir participé au paiement de la caution de 500 000 euros ayant permis de libérer un trafiquant grenoblois, en 2017, s’est ouvert le 3 avril 2024 devant le tribunal correctionnel de Lyon. © Eric Messel – Creative Commons
Tous les prévenus sont suspectés d’avoir contribué, à des degrés divers, à la libération de Mehdi Boulenouane, en juin 2016. Un homme qui était considéré comme le “boss” du très lucratif point de deal du quartier Mistral. Ce Grenoblois tout juste trentenaire se trouvait alors en détention provisoire, dans l’attente de son jugement, prévu quelques mois plus tard, dans un vaste dossier de trafic de drogue et d’armes et – déjà – de blanchiment d’argent.
Une caution payée en billets de 500 euros à l’allure suspecte
Mais le 6 juin 2016, le personnel du tribunal judiciaire de Lyon avait vu défiler à la régie pas moins de 29 personnes, venues payer, intégralement en espèces et en coupures de 500 euros, la caution de 500 000 euros fixée par la justice. Le tout moyennant des versements individuels de 7 000 à 70 000 euros, selon les cas.
Outre le nombre anormalement élevé de donateurs et le montant colossal réglé au total, un autre point avait attiré l’attention des enquêteurs : l’allure suspecte des billets de 500 euros, tous humides et sentant fortement l’alcool ou le solvant, « comme si on avait voulu effacer des empreintes ou de l’ADN« , avait souligné le procureur de Lyon, cité par France Bleu Isère. Un procédé induisant obligatoirement « une concertation préalable« , d’après le magistrat.

La caution a été payée intégralement en espèces et en billets de 500 euros, dont la forte odeur d’alcool ou de solvant a immédiatement alerté les enquêteurs. © Lionel Allorge, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Le parquet avait aussitôt fait appel mais celui-ci étant non suspensif, Mehdi Boulenouane était sorti de détention le 7 juin 2016. Un répit seulement provisoire pour lui. Une enquête pour blanchiment avait en effet été ouverte dans la foulée, tandis que la cour d’appel de Lyon avait infirmé, le 16 juin, la décision de mise en liberté contre le paiement d’une caution, rapporte Le Dauphiné libéré.
Donateurs et organisateurs à la barre du tribunal
Un mandat d’arrêt avait donc été délivré contre Mehdi Boulenouane, dont la cavale avait pris fin deux mois après. Interpellé en août 2016 au péage de Voreppe, le Grenoblois avait été de nouveau écroué, avant d’être condamné, en octobre de la même année, à dix ans de prison pour son implication dans l’affaire initiale.
Huit ans après, ce dernier, âgé désormais de 38 ans, comparaît libre devant le tribunal correctionnel de Lyon, ayant bénéficié, peu avant l’ouverture du procès, d’un aménagement de peine en détention à domicile sous bracelet électronique, indique Le Dauphiné libéré. Parmi ses 32 co-prévenus, figurent 28 des 29 « généreux donateurs » de 2016, pour reprendre le qualificatif alors employé par Me David Metaxas, l’un des avocats de Mehdi Boulenouane.
Le 29e individu a en effet pu justifier la provenance de son don par un gain au casino, selon le quotidien régional. Quant aux quatre dernières personnes jugées en avril 2024, celles-ci sont soupçonnées d’avoir organisé le paiement. Des prévenus qui encourent tous une peine de dix ans d’emprisonnement. Mais leurs avocats entendent pointer la contradiction d’un système fixant le montant d’une caution « pour ensuite venir se poser la question de l’origine des fonds« .










