FOCUS – La quasi-totalité des journalistes des agences du Dauphiné libéré de Grenoble et de Voiron se sont mis en grève, ce mardi 26 septembre 2023. Une mobilisation « inédite » pour protester contre la fermeture probable des deux agences mais aussi les réductions de personnel. Les grévistes n’excluent d’ailleurs pas d’autres actions, en attendant la rencontre avec le PDG Christophe Victor, le 25 octobre. Une pétition est également en ligne.
« C’est une mobilisation inédite. On s’est mis en grève pour la première fois dans l’histoire de la rédaction », a déclaré Florent Cotté, journaliste membre de la rédaction de Grenoble qui participait au piquet de grève devant l’agence du Dauphiné libéré, rue Gustave Eiffel, mardi 26 septembre 2023.
Selon le SNJ1syndicat national des journalistes, 95 % des journalistes de Voiron et Grenoble étaient en grève ce lundi, à l’exception des chefs « mais [ils] nous soutiennent », a assuré Sarah Huppert, également journaliste à la rédaction à Grenoble mais aussi élue SNJ au comité social et économique (CSE), instance de représentation du personnel du journal.
La grève s’est décidée lundi soir, après la réunion du CSE avec la direction du Dauphiné libéré. Cette dernière a en effet refusé de retirer son projet de fermeture des agences de Grenoble et de Voiron, ainsi que de revenir sur la réduction des effectifs par le non-remplacement de CDD et de départs volontaires.
Pas d’avancée donc. C’est bien ce qui a mis les salariés en rogne, même s’il y a malgré tout du nouveau, indique Sarah Huppert : « Le PDG [Christophe Victor, ndlr] nous a affirmé que l’aspect financier ne serait pas le seul élément qui serait pris en compte et qu’il tiendrait compte de l’opposition des équipes. » La déléguée syndicale reste tout de même sceptique.
Prochaine rencontre avec le PDG, le 25 octobre 2023
« L’idée de cette grève est de lancer un coup de semonce et de défendre un journalisme de proximité au contact des Dauphinois », a expliqué Florent Cotté. Lequel en fin de matinée relisait devant ses collègues une lettre commune transmise en cours de journée au PDG. « On lui réexplique dans cette lettre pourquoi on est opposés à ces projets parce qu’il n’a toujours pas compris », a ainsi commenté Sarah Huppert, déterminée.

Grève des journalistes du Dauphiné libéré, lundi 25 septembre 2023. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net
Pour la suite, les grévistes n’excluent pas d’autres actions, dans la perspective de la rencontre avec Christophe Victor, le 25 octobre 2023. Date à laquelle le PDG a donné rendez-vous à la rédaction pour faire le point sur l’étude de faisabilité en cours portant sur la rénovation du siège de Veurey-Voroize. Car si le déménagement des agences est décidé, il ne pourra se faire qu’après les travaux des locaux du siège.
Une grève organisée de manière précipitée, regrette le syndicat FO
En dehors des membres des rédactions de Grenoble et Voiron, seuls quelques journalistes de Bourgoin-Jallieu, d’Annecy et Chambéry ont participé au piquet de grève. Ce qui a de quoi surprendre car le plan d’économies avec réduction des effectifs que prépare la direction devrait toucher l’ensemble des journalistes ainsi que les assistants. Et ce, dans les différents départements où est implanté le titre.

Grève des journalistes du Dauphiné libéré, lundi 25 septembre 2023. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net
L’explication vient du fait que la grève s’est décidée très tard lundi soir, entre les salariés isérois et les délégués syndicaux du SNJ. Les autres syndicats ? Ils sont restés sur la touche. Mis devant le fait accompli, ces derniers ont refusé d’appeler à la mobilisation. Cela n’a pas empêché, du reste, des journalistes syndiqués CFDT, FO ou autre de participer au mouvement.
Regrettant la précipitation de cette grève ainsi qu’une certaine récupération par le SNJ, Mona Blanchet, journaliste et syndicaliste à FO, se satisfait néanmoins de la mobilisation très suivie à Grenoble et de Voiron. « À présent, il va falloir durer et embarquer les autres départements et les autres professions dans la grève ainsi qu’élargir nos revendications », a-t-elle estimé.
LES JOURNALISTES DU « DAUPHINÉ RÉVOLTÉ » LANCENT UNE PÉTITION
La grève des journalistes du Dauphiné libéré des agences de Grenoble et de Voiron n’a pas eu l’effet espéré. Pire, Christophe Victor, PDG du quotidien régional, a minimisé la contestation de ses salariés, en la réduisant à un « mouvement d’humeur » et à de « l’agitation de journalistes ». Une réaction que les grévistes du Dauphiné libéré ont découverte dans divers articles de presse et à la télévision.
Les journalistes ont donc décidé de faire appel au soutien de leurs lecteurs en lançant une pétition, mercredi 11 octobre 2023, sur change.org, rédigée au nom du « Dauphiné révolté ». En une dizaine de jours, pas loin de 900 signatures ont été recueillies, parmi lesquelles celles d’élus grenoblois et de l’agglomération grenobloise comme Margot Belair, Antoine Back et Pierre Mériaux, élus de la majorité à Grenoble, Émilie Chalas et Alain Carignon, élus de l’opposition, Christophe Bresson, adjoint au maire de Saint-Martin-d’Hères, ou encore Pierre Verri, le maire de Gières.
LE GROUPE D’OPPOSITION GDÉS ÉCRIT AU DG DU DL
Le groupe d’opposition Grenoble démocratie écologie solidarité (GDÉS) 2Anouche Agobian, Maxence Alloto, Pascal Clouaire, Laure Masson, Hakim Sabri, Barbara Schuman et Amel Zenati s’est fendu, le 26 octobre 2023, d’une lettre ouverte au Directeur général du Dauphiné libéré, Christophe Victor.
Dans ce courrier, les élus apportent leur soutien aux journalistes de Voiron et de Grenoble et partagent leurs craintes. Un tel déménagement des rédactions vers Veurey-Voroize ne leur apparaît «ni viable d’un point de vue environnemental, ni souhaitable pour une presse locale de proximité ». [Encadré ajouté le 3 novembre 2023]







