Mercredi 20 septembre, de nombreux jeunes ont pu obtenir des produits alimentaires auprès des bénévoles de l'Union des étudiant.e.s de Grenoble et de Génération Précarité. © Martin de Kerimel - Place Gre'net

Distribution de produits de première nécessité : une rentrée sous le signe de la précarité pour de nombreux étudiants du campus de Saint-Martin-d’Hères

Distribution de produits de première nécessité : une rentrée sous le signe de la précarité pour de nombreux étudiants du campus de Saint-Martin-d’Hères

REPORTAGE – L’augmentation du coût de la rentrée en 2023 ? L’Union des étudiant.e.s de Grenoble la chiffre à 8% et parle d’un taux encore supérieur pour l’alimentation. D’où l’organisation d’une distribution gratuite de produits de première nécessité sur le campus de Saint-Martin-d’Hères, mercredi 20 septembre 2023. Une action menée avec l’association Génération Précarité, également présente sur place.

Campus de Saint-Martin-d’Hères, 20 septembre 2023, 13 heures. L’Union des étudiant.e.s de Grenoble (UEG) et l’association Génération Précarité ont installé quelques stands devant l’amphithéâtre Louis-Weil. Les deux organisations se sont unies pour une distribution gratuite de produits de première nécessité aux étudiants. C’est la toute première opération de ce genre depuis la rentrée. Une longue file d’adolescents et de jeunes adultes attend dans le calme.

Secrétaire de l'Union des étudiant.e.s de Grenoble, Robinson Rossi témoigne de la précarité croissante chez les étudiants. © Martin de Kerimel - Place Gre'net

Secrétaire de l’Union des étudiant.e.s de Grenoble, Robinson Rossi témoigne de la précarité croissante chez les étudiants. © Martin de Kerimel – Place Gre’net

L’UEG entend aider tous ceux qui vont se présenter, jusqu’à épuisement du stock disponible. « Les besoins sont énormes, indique Robinson Rossi, secrétaire du syndicat étudiant. Nous voulons d’ailleurs montrer que la réalité des étudiants, c’est une précarité croissante. »

Le jeune homme, lui-même étudiant, relève plusieurs situations. « Certains étudiants sont boursiers, mais même les bourses les plus élevées ne suffisent pas à répondre aux coûts de la vie étudiante. D’autres viennent d’un pays tiers à l’Union européenne et ne peuvent donc pas obtenir d’aides. D’autres encore subissent des effets de seuil : à quelques euros près, ils ne sont pas admissibles aux bourses et ont du mal à boucler les fins de mois. »

« Les gens ont du mal à imaginer des étudiants en situation de précarité »

Camille Pagiras occupe deux emplois et poursuit ses études d’architecture. Elle est aussi bénévole auprès de Génération Précarité. « Notre association a distribué plus de 100 000 repas depuis sa création en 2020, explique-t-elle. Avec cette distribution de rentrée, nous espérons aider environ 300 étudiants. »

D’où, en amont, une collecte de paquets de pâtes, de boîtes de conserve, de sucreries, de produits d’hygiène et de protections périodiques. « Nous nous adressons aux clients de certains supermarchés. Les gens sont généreux, mais ont du mal à imaginer des étudiants en situation de précarité. »

Bénévole de l'association Génération Précarité, Camille Pagiras évoque franchement la situation d'étudiants contraints à sauter des repas. © Martin de Kerimel - Place Gre'net

Bénévole de l’association Génération Précarité, Camille Pagiras évoque franchement la situation d’étudiants contraints de sauter des repas. © Martin de Kerimel – Place Gre’net

Camille confirme pourtant que c’est le cas pour un nombre croissant d’entre eux. « Une étude récente indique qu’un étudiant sur deux saute régulièrement des repas. Ceux qui sont proposés à un euro ne bénéficient qu’à une minorité. Certains étudiants ne sont pas aidés du tout et doivent choisir entre payer leur loyer et se nourrir. »

Un constat alarmant ? « Nous observons des situations de plus en plus dramatiques. Surtout avec l’inflation et l’augmentation des coûts du logement ». Génération Précarité ne désarme pas pour autant, milite pour un revenu étudiant universel et espère organiser au moins une distribution alimentaire chaque mois. L’association est d’ailleurs preneuse de toute aide, bénévole, financière ou matérielle.

« Je suis aidée par mes parents, mais je dois minimiser mes dépenses »

Sur le terrain, l’intérêt de l’opération du 20 septembre apparaît tout à fait incontestable. « Une distribution de ce genre m’aide vraiment, témoigne Fatma, 23 ans, originaire de Turquie. Ce n’est pas facile de survivre en tant qu’étudiante. Mes parents me soutiennent, mais je dois minimiser mes dépenses. » Même constat pour Beni, 21 ans, venu du Burundi. « La distribution est un grand service rendu aux étudiants. Cela m’ouvre le cœur et m’aide à me sentir intégré. J’espère qu’à mon tour, je pourrai un jour aider les autres. »

Mercredi 20 septembre, de nombreux jeunes ont pu obtenir des produits alimentaires auprès des bénévoles de l’Union des étudiant.e.s de Grenoble et de Génération Précarité. © Martin de Kerimel – Place Gre’net

Mercredi 20 septembre, de nombreux jeunes ont pu obtenir des produits alimentaires auprès des bénévoles de l’Union des étudiant.e.s de Grenoble et de Génération Précarité. © Martin de Kerimel – Place Gre’net

Alina, 21 ans, est arrivée de Russie. « La distribution est une très bonne initiative, souligne-t-elle. Je n’avais jamais vu une chose pareille dans mon pays ou dans d’autres que j’ai pu visiter. Ici, je n’ai pas de famille et il est désormais impossible pour mes parents de me transférer de l’argent. Je n’ai qu’une petite somme pour toute l’année. »

D’autres étudiants internationaux vivent la même situation, à l’image de Tymofii, Ukrainien de 17 ans. Inscrit dans un cursus d’économie et gestion, il ne savait pas qu’une distribution de produits de première nécessité avait lieu sur le campus. « J’allais à la bibliothèque et j’ai vu des gens faire la queue. Je me suis dit que je pouvais en profiter aussi : je n’ai pas beaucoup d’argent et mes parents sont actuellement dans d’autres pays. C’est une situation assez difficile. »

« Certains étudiants se disent qu’il y en a d’autres, plus précaires qu’eux »

Faire attention à toutes ses dépenses, c’est aussi le quotidien d’Amélya, 20 ans, inscrite en médecine et psycho. « Une amie m’a parlé de la distribution gratuite, explique-t-elle. Je suis venue car j’ai beaucoup de soucis financiers. Je touche une bourse de 307 euros, mais je dois payer un loyer de 290 euros. »

L’aide de sa famille lui est indispensable : « Mes parents me donnent 80 ou 100 euros par mois. Je peux bénéficier des repas à un euro, mais les rations sont petites. Et le restaurant universitaire est parfois fermé à l’heure où je sors de cours ! Heureusement, il arrive que des amis m’invitent à manger chez eux. »

L'Union des étudiant.e.s de Grenoble a fait quelques nouvelles recrues lors de la distribution du 20 septembre. Elle a aussi renseigné quelques-uns de ses bénéficiaires sur ses activités. © Martin de Kerimel - Place Gre'net

L’Union des étudiant.e.s de Grenoble a fait quelques nouvelles recrues lors de la distribution du 20 septembre. Elle a aussi renseigné quelques-uns de ses bénéficiaires sur ses activités. © Martin de Kerimel – Place Gre’net

La jeune femme s’accroche. « L’année prochaine, je devrai faire des stages. J’aurai davantage de temps pour travailler à côté. » Du côté de l’Union des étudiants de Grenoble, on note que les Français comme Amélya sont parfois moins nombreux aux distributions que leurs camarades internationaux.

« Certains n’osent pas demander de l’aide. Ils se disent qu’il y en a d’autres, plus précaires qu’eux », juge Robinson Rossi. Le jeune secrétaire syndical rappelle que le soutien de son organisation et de Génération Précarité reste inconditionnel. Il pointe aussi d’autres sources d’angoisse pour les étudiants. Parmi elles : l’évolution du climat.

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