ÉVÉNEMENT – Du neuf au Musée Hébert : jusqu’au 4 septembre 2023, l’établissement tronchois présente le travail du peintre François-Auguste Biard (1799−1882). Une exposition originale, Le monde en scène, qui permet de découvrir un personnage très curieux de ses contemporains.
Son nom est moins connu que celui de peintres français de son temps comme Ingres, Delacroix ou Courbet. Un peu oublié, François-Auguste Biard n’a-t-il donc laissé qu’une empreinte discrète, faute d’une œuvre assez vaste ? Au contraire : l’artiste que le Musée Hébert replace aujourd’hui sur le devant de la scène était un travailleur acharné.

Compartiment réservé pour la tranquillité des dames seules (François-Auguste Biard – 1877) – Coll. particulière (Paris)
Né à la toute fin du XVIIIe siècle, Biard a traversé le XIXe et tous ses bouleversements politiques. Les dernières années de sa vie, sous la Troisième République naissante, furent difficiles pour lui qui avait été, un temps, le protégé du roi Louis-Philippe. Reste à reconsidérer son œuvre, à rebours des préjugés.
Biard apporte un témoignage précieux sur son époque
Plutôt que chronologique, le Musée Hébert a conçu une scénographie par thèmes. L’idée est belle. Elle met notamment en avant la manière dont le peintre pouvait rire de ses contemporains. C’est aussi pour cette raison qu’il a pu être très apprécié. Sans faire l’unanimité…
L’humour n’était toutefois pas sa seule qualité. Biard se distingue aussi comme un fin observateur de son temps, jusque dans ses aspects les plus sombres. « Les mendiants, les fous et les laissés-pour-compte sont les sujets graves de ses premières œuvres, qu’il travaille d’après nature, à la manière de Géricault », rappelle le Musée Hébert.

Scène sur le Nil, famille attaquée par un crocodile – François-Auguste Biard (oeuvre non datée) – Coll. particulière © Département de l’Isère
Cette gravité peut à la fois surprendre et émouvoir. Elle est une porte d’entrée possible vers l’univers du peintre, riche de toute sa diversité. Difficile de ne pas marquer un temps d’arrêt devant ses marines, scènes de naufrages ou de batailles navales. Biard n’était pas seulement un homme à pinceaux. Il était aussi un voyageur. Son esprit aventureux lui a permis de reproduire des scènes vécues, de manière parfois très réaliste.
Un appétit pour le voyage… et une approche humaniste ?
Le plus stupéfiant réside peut-être dans cette nature d’homme “de terrain”. L’exposition présente quelques tableaux composés à partir de choses vues ici et là, sans souci alors de représenter le réel à l’identique. Elle dévoile aussi d’autres œuvres, saisies sur le vif, qui laissent imaginer une forme d’humanisme chez leur créateur. Un intérêt pour l’autre que Biard a démontré sous des latitudes lointaines, en Afrique, en Amérique du Sud ou dans le Grand Nord.

Baie de la Madeleine, au Spitzberg, par le 79°35 m lat. nord – François-Auguste Biard (1841) – Centre national des arts plastiques © Domaine public / Cnap / G. Deleflie
Ce Grand Nord, l’artiste l’a parcouru avec une jeune femme de 19 ans, Léonie d’Aunet, devenue par la suite son épouse et la mère de ses enfants. La belle eut pour seul tort de le tromper… avec Victor Hugo, ce qui lui valut un passage en prison et un autre au couvent. Une anecdote qui fait réfléchir à la très relative modernité de l’époque.
En fin de parcours, le Musée Hébert s’interroge encore : Biard, qui a peint un célèbre tableau sur l’abolition définitive de l’esclavage, y était-il favorable ? La présence sur la toile de Victor Schoelcher, connu pour avoir agi en faveur de cette abolition en France, ainsi que certaines œuvres le laissent penser.
[Photo de Une : Garde nationale de campagne, défilant devant le maire – François-Auguste Biard (1836) – Coll. Musée de l’Armée (Paris)]
En savoir plus…
L’exposition est en accès libre. Les horaires d’ouverture du Musée Hébert et des événements connexes sont annoncés sur son site Internet.


