FOCUS – Va-t-on assister au retour du burqini dans les piscines municipales de Grenoble ? Alors que l’amendement du sénateur de l’Isère Michel Savin, interdisant le maillot intégral, a été supprimé, l’Alliance citoyenne de Grenoble appelle déjà ses militantes à investir les piscines cet été. Ce sur fonds de sempiternels renvois de responsabilités entre l’État, d’un côté, et les collectivités, de l’autre.

Action de désobéissance civile de femmes en burqini à la piscine des Dauphine de Grenoble – DR
Alors que les piscines rouvrent leurs portes, les militantes pro-burqini vont-elles repartir à l’assaut des bassins ? Lundi 7 juin, les députés leur ont, en tout cas, ouvert la voie. La Commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi séparatisme a en effet rejeté l’amendement porté par Michel Savin, sénateur Les Républicains de l’Isère. Adopté par le Sénat en mars 2021, celui-ci aurait permis d’interdire le « port de tenues destinées à la baignade et manifestant ostensiblement une opinion religieuse dans les piscines et espaces de baignades publiques ».
« Le règlement d’utilisation d’une piscine ou baignade artificielle publique à usage collectif garantit le respect des principes de neutralité des services publics et de laïcité », prévoyait l’article. Il a été recalé au nom du principe de… neutralité des services publics, a expliqué le gouvernement. Avec le soutien du groupe socialistes et apparentés.
Interdire le burqini : une « disposition stigmatisante » pour les socialistes
Dans un amendement visant à supprimer l’article voté par la droite sénatoriale, les socialistes voient dans l’interdiction une « disposition stigmatisante » et qui « ne fait qu’encourager le repli communautaire ». Retour à la case départ ? La balle est donc dans le camp des maires qui devront, s’ils veulent s’opposer au maillot de bain intégral dans les établissements publics, l’édicter clairement dans le règlement municipal.

Michel Savin, sénateur Les Républicains de l’Isère, auteur de l’amendement anti-burqini adopté par le Sénat, rejeté par l’Assemblée nationale – DR
« Il était pourtant temps de clarifier les choses ! réagit le sénateur de l’Isère. Malheureusement, le gouvernement, une nouvelle fois, ne prend pas ses responsabilités. L’État ne peut continuer à laisser les maires se débrouiller seuls et démunis, face à la pression d’activistes qui promeuvent une forme d’islam radical et rétrograde notamment pour les femmes. »
Il y a deux ans, à Grenoble, l’été avait été marqué par l‘irruption dans les piscines municipales de femmes vêtues de burqini. Des opérations coup de poing pour réclamer la modification du règlement municipal. Rebelote ?
Burqini à Grenoble : « Éric Piolle ne pourra plus se cacher derrière le gouvernement »
L’Alliance citoyenne de Grenoble, à la manœuvre lors de ces intrusions, se dit satisfaite et soulagée. « C’était un coup de massue pour nous, après l’adoption de l’amendement pour nous empêcher d’accompagner nos enfants en sortie scolaire, celui pour nous empêcher de pratiquer des sports en compétition, nous étions vraiment inquiètes », indique une de ses membres.

Action de « désobéissance civile » organisée par l’Alliance citoyenne : des femmes en burqini se sont baignées à la piscine Jean-Bron à Grenoble le 23 juin 2019. © Séverine Cattiaux – Placegrenet.fr
Alors que, déconfinement aidant, les piscines rouvrent leurs portes, l’association, par l’entremise de « femmes musulmanes » et de militantes de NousToustes38 (re)frappe à la porte du maire de Grenoble. En 2019, ses demandes de rencontre étaient restées vaines.
« Éric Piolle ne pourra plus se cacher derrière le gouvernement », souligne Anissa citée dans le communiqué de l’Alliance citoyenne. « Cette année, si on nous prive encore d’accès aux piscines, ce sera pleinement de sa responsabilité. »
« Si Éric Piolle souhaite maintenir l’interdiction du port de vêtement dans son règlement des piscines grenobloises, qu’il l’assume et fasse respecter cette règle », abonde la députée LREM de l’Isère Émilie Chalas. « Cette interdiction peut, en droit, se justifier par deux moyens : l’hygiène et le risque de trouble à l’ordre public. S’il souhaite l’autoriser, il fait voter en conseil municipal, par sa majorité, la modification du règlement et autorise le port de vêtements dans les piscines grenobloises. Point. »
Saisie en 2019, la Défenseur des droits reste silencieuse
Deux ans après avoir été saisi par l’Alliance citoyenne, la Défenseur des droits n’a toujours pas rendu son avis. Michel Savin dénonce, lui, le « grand écart permanent du gouvernement, entre les discours tenus et les actes réalisés ». En mars 2021, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin avait en effet demandé à la Commission européenne d’annuler une subvention accordée à l’Alliance citoyenne, qu’il accusait de « promouvoir des règles compatibles avec la charia », rappelle-t-il.

« De petites compromissions en grands renoncements, le gouvernement prend le risque de voir progressivement les digues céder au gré des spécificités sociologiques et politiques des territoires », met en garde le sénateur de l’Isère. Il n’est pas le seul. Pour le militant féministe et laïque Naëm Bestandji, qui a fait du combat contre le voile et ses dérivés un cheval de bataille, l’arme de la laïcité n’est pas la bonne.
La laïcité carte d’immunité de l’islamisme pour Naëm Bestandji
« Le voile est le cheval de Troie politique de l’islamisme. Depuis 1989, nos élus persistent à rester sur le terrain de la laïcité, aussi privilégié par les islamistes, et refusent d’aller sur le véritable terrain concerné, celui du sexisme, défavorable aux intégristes musulmans, souligne-t-il. Paradoxalement, ce choix permet à la laïcité, sollicitée de façon hors sujet, de se transformer en carte d’immunité de l’islamisme là où le sexisme est pourtant sa kryptonite. »
« Pour les islamistes partisans du burqini (tous les islamistes ne le cautionnent pas), ce vêtement n’est qu’une étape. Une fois bien installé, les autres revendications islamistes en attente se manifesteront. La première étant la séparation stricte des sexes, comme l’a déjà laissé entrevoir l’Alliance citoyenne. Et nos élus continueront à se demander si cela sera laïque ou pas… »
En 2019, des militantes revendiquaient dans les rues de Grenoble plus de droits pour les femmes voilées. Dans les piscines mais aussi dans les salles de sport, où des opérations coup de poing ont été organisées à Grenoble et Lyon, ou encore à l’hôpital.
Patricia Cerinsek










