Tribune : « Oui, il y a une haine ou une peur irrationnelle des musulmans en France »

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TRIBUNE LIBRE – Deux Insoumis de la région grenobloise ont réagi à la tribune de la députée de l’Isère Émilie Chalas consacrée aux termes “islamo-gauchisme” et “islamophobie”. Julien Ailloud, co-animateur d’Eaux-Claires Mistral Insoumis Grenoble, et Amin Ben Ali, co-animateur de Tullins insoumise, tous deux signataires de l’appel du Printemps Isérois, livrent une réplique au vitriol au point de vue de la parlementaire LREM. En novembre 2019, ils avaient déjà signé une tribune pour exprimer leur fierté concernant l’appel de la France insoumise de participer à la marche contre l’islamophobie.

 

 

Nombreux sont les intel­lec­tuels qui ont, depuis les élec­tions pré­si­den­tielles et légis­la­tives de 2017, ana­lysé le dis­cours des “mar­cheurs”. Au-delà des angli­cismes, du voca­bu­laire type « start-up » et de la tra­di­tion­nelle langue de bois, les macro­nistes ont une spé­ci­fi­cité com­mune : celle de déstruc­tu­rer la langue et le lan­gage. La récente tri­bune d’Émilie Chalas ne déroge pas à cette mau­vaise habi­tude, à la fois médiocre et cynique.

 

Les noms de deux professeurs de Sciences Po Grenoble accusés d'"islamophobie" avaient été affichés sur un mur de l'école.

Les noms de deux pro­fes­seurs de Sciences Po Grenoble accu­sés d”  »isla­mo­pho­bie » avaient été affi­chés sur un mur de l’é­cole.

 

Prenant pour pré­texte l’actualité à l’IEP de Grenoble, Émilie Chalas n’analyse en rien ces évè­ne­ments. Elle s’appuie sur ce fait divers pour faire le pro­cès des tenants de l’« islamo-gau­chisme », qu’elle dit mino­ri­taires, alors que la ministre Frédérique Vidal nous par­lait « d’une société gan­gre­née » par ce mal. La réa­lité, c’est que la dis­tance entre l’extrême droite et la majo­rité par­le­men­taire s’est encore réduite, cette ana­lyse de la ministre inter­ve­nant quelques jours après que Gérald Darmanin ait trouvé Marine Le Pen insuf­fi­sam­ment pré­oc­cu­pée par l’islam, trop « molle » selon lui.

 

Alors, dans le débat public, nous avons d’abord eu droit à l’utilisation du mot « isla­misme » dans son uti­li­sa­tion poli­tique, mais sans savoir qui la ministre visait. En effet, à entendre les débats par­le­men­taires sur la loi contre les sépa­ra­tismes, une femme voi­lée est une isla­miste en puis­sance mais, « en même temps », d’après le pré­sident de la République lui-même, mani­fes­ter contre les vio­lences poli­cières comme en juin 2020 est une mani­fes­ta­tion du sépa­ra­tisme… De là à pen­ser que, dans la tête de la majo­rité, tous les isla­mistes sont sépa­ra­tistes et tous les sépa­ra­tistes sont isla­mistes, il n’y a qu’un pas.

 

 

« Un flagrant délit de contradiction » concernant le terme islamophobie

 

Nous avons ici un fla­grant délit de contra­dic­tion : alors que LREM et ses alliés passent leur temps à se dire « prag­ma­tiques », ils ont en réa­lité les deux pieds dans l’idéologie, faute de prendre en compte le tra­vail sérieux des cher­cheurs et enquê­teurs, repous­sant (ou ne s’intéressant pas) aux tra­vaux uni­ver­si­taires et aux rap­ports minis­té­riels. Ces der­niers démontrent pour­tant que le pro­ces­sus de radi­ca­li­sa­tion n’est que très peu influencé par « l’islamisme poli­tique ». Il ne s’agit pas d’un déni que de le dire.

 

Les recherches d’Olivier Roy, spé­cia­liste renommé de l’islam, et les rap­ports de Dounia Bouzar, res­pon­sable de la déra­di­ca­li­sa­tion sous le man­dat de François Hollande, expliquent très clai­re­ment qu’il n’existe pas de conti­nuum entre « isla­misme » et « ter­ro­risme ». Le ter­ro­risme se nour­rit de para­mètres variés et com­plexes : pen­ser que com­battre l’islamisme poli­tique suf­fi­rait à com­battre le ter­ro­risme relève soit de la naï­veté, soit de l’incompétence.

 

Islamophobie: deux Insoumis répondent à Émilie Chalas. Manifestation contre l'islamophobie à Grenoble © Joël Kermabon - Place Gre'net

Manifestation contre l’is­la­mo­pho­bie à Grenoble © Joël Kermabon – Place Gre’net

 

Concernant plus pré­ci­sé­ment la tri­bune de Mme Chalas, il est ter­rible d’observer qu’une dépu­tée soit aussi légère dans l’utilisation des mots et dans le manie­ment des concepts. Nous expli­quant sans sour­ciller que le terme isla­mo­pho­bie vient de l’islam radi­cal, elle change de ver­sion dans le même texte en disant que ce terme « a été créé en 1910 par des admi­nis­tra­teurs-eth­no­logues fran­çais pour dési­gner “un pré­jugé contre l’islam” »… mais qu’il serait ins­tru­men­ta­lisé pas les isla­mistes ; et notam­ment « les frères musul­mans » qui sont, comme tout le monde sait, si influents en France.

 

Il convient ici de noter que de toute sa tri­bune, Mme la dépu­tée ne men­tion­nera pas les nom­breuses orga­ni­sa­tions natio­nales et inter­na­tio­nales qui prennent au sérieux le terme et le concept d’islamophobie : Commission natio­nale consul­ta­tive des droits de l’Homme en France, Conseil de l’Europe, Conseil des droits de Homme de l’Onu, etc.

 

 

« Face aux dominants, soutien aux dominés »

 

Dans le même temps, Mme Chalas nous explique que le terme d’« islamo-gau­chiste » ne souffre d’aucune récu­pé­ra­tion poli­tique de l’extrême droite, en jus­ti­fiant qu’il fut créé par un cher­cheur du CNRS au début des années 2000 pour dési­gner le sou­tien des orga­ni­sa­tions de gauche à la lutte pales­ti­nienne. À cet ins­tant, la rigueur de notre dépu­tée ne l’interroge pas sur le fait qu’un terme inventé pour une défi­ni­tion pré­cise soit uti­li­sée pour dénon­cer tout autre chose, ou encore que cette expres­sion ait été en som­meil pen­dant des années, absente du débat public jusqu’à ce que les poli­ti­ciens et médias d’extrême droite ne la remettent en cir­cu­la­tion. C’est au mieux un manque de pré­ci­sion et, au pire, une mani­pu­la­tion poli­tique gros­sière…

 

Pour les signataires de la tribune, Émilie Chalas "manque de rigueur scientifique et méthodologique" © Corentin Bemol - Place Gre'net

Pour les signa­taires de la tri­bune, Émilie Chalas « manque de rigueur scien­ti­fique et métho­do­lo­gique ». © Corentin Bemol – Place Gre’net

Bien entendu, il ne sera fait aucune men­tion du fait que la Conférence des pré­si­dents d’université (CPU) a refusé l’emploi de ce terme, tout comme le CNRS lui-même dans un com­mu­ni­qué inti­tulé « L”“islamo-gauchisme”n’est pas une réa­lité scien­ti­fique ».

 

Il n’est pas néces­saire d’être dépu­tée pour sai­sir que la prise de posi­tion d’une ins­ti­tu­tion pèse plus lourd qu’un seul de ses cher­cheurs dont le terme a été gal­vaudé depuis sa créa­tion.

 

Cette tri­bune d’Émilie Chalas aura au moins per­mis quelques avan­cées. Nous savons main­te­nant qu’en plus de per­ver­tir les mots, les macro­nistes souffrent d’un défaut consé­quent de rigueur scien­ti­fique et métho­do­lo­gique, dévoi­lant au grand jour leur absence de colonne ver­té­brale intel­lec­tuelle. Et alors que le monde entier com­mé­more les deux ans de l’attentat de Christchurch contre deux mos­quées, Mme Chalas choi­sit cette séquence pour nier l’islamophobie, mal­gré 51 vic­times cau­sées par Brenton Tarrant, par ailleurs dona­teur et « membre bien­fai­teur » de l’association récem­ment dis­soute Génération iden­ti­taire.

 

En ce qui nous concerne, une chose est cer­taine : oui, il y a une haine et/ou une peur irra­tion­nelle des musul­mans et des musul­manes en France, quel que soit le terme pour l’exprimer. Le fait que plu­sieurs médias et membres du per­son­nel poli­tique les pointent régu­liè­re­ment pour cible n’y est pas étran­ger. Il ne s’agit pas d’« islamo-gau­chisme » que de le dire, mais sim­ple­ment de rendre compte des ten­sions qui tra­versent notre société, comme l’a récem­ment rap­pelé un son­dage dont 43 % des répon­dants trouvent qu’il y a trop de musul­mans en France. Et face à ce constat, nous nous tenons à la ligne que notre famille poli­tique à tou­jours tenue : face aux domi­nants, sou­tien aux domi­nés !

 

Julien Ailloud & Amin Ben Ali

 

 

Rappel : Les tri­bunes publiées sur Place Gre’net ont pour voca­tion de nour­rir le débat et de contri­buer à un échange construc­tif entre citoyens d’o­pi­nions diverses. Les pro­pos tenus dans ce cadre ne reflètent en aucune mesure les opi­nions des jour­na­listes ou de la rédac­tion et n’engagent que leur auteur.

Vous sou­hai­tez nous sou­mettre une tri­bune ? Merci de prendre au préa­lable connais­sance de la charte les régis­sant.

 

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Commentaires 5
  1. sep article
  2. Les islamo-gau­chiste LFI à la res­cousse pour leur clients élec­teurs 🙄

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  3. Pauvres musul­mans inof­fen­sifs si incom­pris, par les méchants isla­mo­phobes, c’est trop injuste 🥺

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  4. « Nombreux sont les intel­lec­tuels qui ont, depuis les élec­tions pré­si­den­tielles et légis­la­tives de 2017, ana­lysé le dis­cours des “mar­cheurs”.
    Ca com­mence bien…
    C’est tou­jours drôle de voir des igno­rants et des inculte se cacher der­rière la rigueur et la métho­do­lo­gie scien­ti­fique, en arguant de ce qui n’est pas science…

    Il n’y a pas de peur ni de haine « des musul­mans » en France. « Les musul­mans » ne sont pas un groupe homo­gène, ni cultu­rel­le­ment, ni socia­le­ment ni… reli­gieu­se­ment ! « Les musul­mans », cela ne veut rien dire.
    C’est là le dis­cours et la volonté des isla­mistes que de for­cer et d’as­si­gner mal­gré eux ad vitam æter­nam toutes les per­sonnes répu­tées de confes­sion musul­mane dans un seul groupe social vivant de la même manière (sous la cha­ria), ayant le même habi­tus les même aspi­ra­tion etc.

    Quant à Olivier Roy et Dounia Bouzar, dans le genre Islamo-gau­chistes, on fait dif­fi­ci­le­ment mieux. On va juste rap­pe­ler l’af­faire Farid Benyettou…

    Écrire qu’il n’y a aucun lien entre isla­misme et ter­ro­risme relève de la psy­chose la plus totale. 100% des ter­ro­ristes isla­mistes sont… des isla­mistes !

    L’intégralité des groupes ter­ro­ristes isla­mistes et leur idéo­lo­gie ont pour ori­gine les frères musul­mans…

    Il va fal­loir retour­ner à l’é­cole là – ah, pas pos­sible, puis­qu’on en aura chassé les islamo-gau­chites.

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  5. Il fau­drait une tri­bune pour répondre à la tri­bune qui répond à la tri­bune.
    « Réplique au vitriol » ?
    C’est l’autre nom de la mau­vaise foi, de l’i­déo­lo­gie et de la mal­hon­nê­teté intel­lec­tuelle ?
    « Déstructurer la langue et le lan­gage » ?? Et de nous ren­voyer à un article de F. Lordon, à la fois brillant intel­lec­tuel et acti­viste aveu­glé par sa propre intel­li­gence.
    Or, pour nos deux « tri­buns » LFI, l’af­faire de l’IEP de Grenoble est un « fait-divers » !
    Comme la déca­pi­ta­tion de Samuel Paty, sans doute.
    Mal nom­mer les choses, la gauche radi­cale sait fait et à com­men­cer jus­te­ment par « isla­mo­pho­bie » dont on vou­drait nous faire gober qu’il s’a­git d’un concept scien­ti­fique uni­ver­sel­le­ment reconnu.
    Et pour finir sur la mani­pu­la­tion des termes, à l’IEP de Grenoble, les « domi­nés », ce sont deux ensei­gnants voués à l’op­probre et à la vin­dicte, et les « domi­nants », à la fois un corps pro­fes­so­ral qui confond recherche, ensei­gne­ment et mili­tan­tisme, et quelques nou­veaux gardes-rouges qui nous rejouent la Révolution cultu­relle maoïste.

    sep article