Émilie Chalas : « Islamo-gauchisme, islamophobie, de quoi parle-t-on à travers ces mots ? »

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TRIBUNE LIBRE – Suite à l’affaire des collages nominatifs contre deux professeurs de Sciences Po Grenoble accusés d’islamophobie, Émilie Chalas, députée LREM de l’Isère et conseillère municipale d’opposition de Grenoble a tenu à réagir. Elle appelle ainsi à « la nécessaire clarification des lignes des uns et des autres » sur les termes “laïcité”, “islam politique”, et “islamo-gauchisme”.

 

 

Les récentes actua­li­tés obligent à ce que les lignes des uns et des autres soient cla­ri­fiées.

A Trappes, nous avons eu affaire au témoi­gnage d’un pro­fes­seur qui en dit long sur la radi­ca­li­sa­tion isla­miste d’une mino­rité en France qui exerce une pres­sion agres­sive et gran­dis­sante. Cette pres­sion, construite autour d’arguments qui esquivent les vraies ques­tions, est un réel dan­ger pour la laï­cité, pour l’égalité entre les femmes et les hommes, pour la République.

 

Collage sur le mur de Sciences Po Grenoble désignant nommément deux professeurs comme "fascistes" et "islamophobes".

Collage sur le mur de Sciences Po Grenoble dési­gnant nom­mé­ment deux pro­fes­seurs comme « fas­cistes » et « isla­mo­phobes ».

A Sciences Po Grenoble, on accuse et on jette en pâture des pro­fes­seurs au nom d’une « isla­mo­pho­bie » pré­su­mée. Ces ensei­gnants témoignent ouver­te­ment d’un cli­mat hos­tile, qui devient par­fois insou­te­nable dans nos uni­ver­si­tés. Ce qui se passe tra­gi­que­ment à Grenoble est l’exemple de faits qui s’en­chaînent, et qui pro­voque la sur­en­chère et l’exacerbation de ceux qui font de la pro­pa­gande poli­tique avec un outil à la mode : le mot « isla­mo­pho­bie ».

 

 

Déni et surenchère

 

Dès qu’il est ques­tion de radi­ca­li­sa­tion isla­miste, quelle que soit la ville et quel que soit l’événement, sur­gissent deux pos­tures anti-répu­bli­caines et décon­nec­tées de la réa­lité. Le déni d’un côté, et la sur­en­chère de l’autre.

 

La députée de l'Isère Émilie Chalas © Tim Buisson – Place Gre’net

La dépu­tée de l’Isère Émilie Chalas © Tim Buisson – Place Gre’net

La France subit une mon­tée en puis­sance de l’islamisme poli­tique, por­tée par une mino­rité anti-répu­bli­caine qui n’a d’autre objec­tif que de détruire nos valeurs de liberté, d’égalité, et de fra­ter­nité. C’est un fait. Une autre mino­rité estime que ces faits sont faux et que tout cela n’est pas si grave, que ces sujets seraient « mon­tés en épingle » par les médias et les poli­tiques, ces der­niers qu’elle qua­li­fie bien sûr d’extrême-droite, quelle que soit leur sen­si­bi­lité.

 

On arrive même à entendre des dis­cours de vic­ti­mi­sa­tion qui ren­verse la res­pon­sa­bi­lité victime/bourreau. C’est le déni.

 

De l’autre côté, il y a la sur­en­chère d’une troi­sième mino­rité, celle-ci d’extrême droite, qui porte des dis­cours racistes et anti-musul­mans et affirme que tous les musul­mans sont radi­ca­li­sés.
Sortir de ce cli­vage des extrêmes et prendre de la hau­teur per­met de poser quelques réa­li­tés et quelques bases d’un débat un peu plus sain pour répondre aux ques­tion­ne­ments qui sont aujourd’hui pré­sents en France.

 

 

Le problème de l’islamisme existe bel et bien en France

 

Contre le déni et la sur­en­chère, il faut l’affirmer et le réaf­fir­mer haut et fort : oui, le pro­blème de l’islamisme existe bel et bien en France. Et non, ce pro­blème d’islamisme n’est pas insur­mon­table. Non, la bataille n’est pas per­due. Non, la situa­tion n’est pas irré­ver­sible. C’est jus­te­ment notre cause.

 

Dans cer­taines villes, comme à Grenoble, cer­tains élus surfent sans sour­ciller dans le déni en affir­mant qu’il n’y a aucun véri­table pro­blème et que tous ceux qui en per­çoivent sont des fas­cistes ou, à minima, des anti-musul­mans. Ce qui est faux bien évi­de­ment.

 

Certains jouent d’ambiguïté avec l’islamo-gauchisme.

De quoi parle-t-on alors à tra­vers ce mot ?

 

La défi­ni­tion pour­rait être la sui­vante : l’islamo-gauchisme est l’idéologie gau­chiste de l’indulgence et de l’excuse à l’égard de l’islamisme radi­cal pou­vant aller jusqu’à la mini­mi­sa­tion, voire la déné­ga­tion de sa dan­ge­ro­sité, car l’idéologie gau­chiste voit dans l’islamisme radi­cal un allié dans sa lutte contre le capi­ta­lisme et dans sa stra­té­gie de conver­gence des luttes de tous les oppri­més.

 

« Islamo-gauchisme », un terme qui émane du CNRS…

 

Selon l’islamo-gauchisme, c’est parce les musul­mans sont aujourd’hui les nou­velles classes popu­laires et qu’elles sont par consé­quent les nou­velles vic­times du capi­ta­lisme, par l’exploitation, la domi­na­tion, la dis­cri­mi­na­tion et la ghet­toï­sa­tion, que l’islamisme radi­cal est né et s’est déve­loppé pour pré­ci­sé­ment défendre ces nou­velles classes popu­laires musul­manes et mener une lutte révo­lu­tion­naire contre le capi­ta­lisme.

 

Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, a suscité la polémique en évoquant l'"islamo-gauchisme" dans les universités © Joël Kermabon - Place Gre'net

Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supé­rieur, de la Recherche et de l’Innovation, a sus­cité la polé­mique en évo­quant l′« islamo-gau­chisme » dans les uni­ver­si­tés © Joël Kermabon – Place Gre’net

 

Et c’est là, selon l’islamo-gauchisme, la rai­son poli­ti­que­ment néces­saire et donc suf­fi­sante pour laquelle il fau­drait faire preuve d’une cer­taine indul­gence et d’une bonne dose d’ex­cuses à l’égard de l’islamisme radi­cal, et en faire un allié.

 

Par ailleurs, soyons bien vigi­lants : le terme “islamo-gau­chisme” n’est pas un terme d’extrême droite, ni un terme inventé par l’extrême droite. C’est un terme rela­tif à des tra­vaux de recherche sur des faits poli­tiques concrets, tra­vaux de recherche qui émanent du CNRS. En effet, c’est Pierre-André Taguieff, poli­to­logue, socio­logue, his­to­rien des idées et direc­teur de recherche au CNRS, qui a forgé le terme d’islamo-gauchisme en 2002 en obser­vant l’alliance idéo­lo­gique et poli­tique entre la gauche révo­lu­tion­naire et l’islamisme radi­cal qui défi­lait dans les rues lors des mani­fes­ta­tions pro-pales­ti­niennes au début des années 2000 suite à la deuxième Intifada.

 

 

« Islamophobie », un terme issu de l’idéologie islamiste radicale

 

Alors que le terme d’islamo-gauchisme émane de recherches menées au CNRS sur la base d’observations fac­tuelles, le terme d’islamophobie émane, lui, de l’idéologie isla­miste radi­cale. C’est en effet un terme vieux de plus d’un siècle (il a été créé en 1910 par des admi­nis­tra­teurs-eth­no­logues fran­çais pour dési­gner « un pré­jugé contre l’islam » répandu dans les popu­la­tions chré­tiennes) qui a été récu­péré par les Frères musul­mans et cer­tains sala­fistes. Et ce pour condam­ner, non pas les pré­ju­gés chré­tiens contre l’islam, mais toute cri­tique contre l’islamisme radi­cal, en pré­ten­dant que cri­ti­quer l’islamisme radi­cal, c’est cri­ti­quer l’islam, et cri­ti­quer l’islam c’est se rendre cou­pable de racisme anti-musul­man.

 

Manifestation contre l'islamophobie le samedi 12 décembre à Grenoble. © Tim Buisson – Place Gre’net

Manifestation contre l’is­la­mo­pho­bie le samedi 12 décembre à Grenoble. © Tim Buisson – Place Gre’net

L’islamo-gauchisme est par ailleurs une réa­lité pour bon nombre de nos conci­toyens. Selon un son­dage en date du 19 février 2021, effec­tué par Ifop-Fliducial, 58 % des Français consi­dèrent que « l’islamo-gauchisme est une réa­lité ». Un autre son­dage du 23 février 2021, réa­lisé par Odoxa-Blackbone consul­ting, obtient les chiffres de 69 % des Français qui affirment qu’il y a en France « un pro­blème avec l’islamo-gauchisme ». Selon ce même son­dage Odoxa-Blackbone consul­ting, 66 % des Français sont « d’accord avec les pro­pos de Frédérique Vidal sur l’islamo-gauchisme à l’université ».

 

Voilà des résul­tats de son­dages qui, pour le moins, inter­pellent.

 

Sans aucun doute, il y a matière à débattre sans honte, sans crainte, sans reproche, et à véri­fier ce qu’il se passe dans nos asso­cia­tions et dans nos uni­ver­si­tés pour reprendre l’actualité. Ni raciste, ni anti-musul­man, ce débat doit avoir lieu sans tom­ber dans la sur­en­chère, qui ferait là le lit de l’ex­trême droite et de l’islamisme poli­tique.

 

Ne nous lais­sons pas pié­ger : les valeurs et les prin­cipes de la République fran­çaise sont notre cause.

 

Émilie Chalas

 

Rappel : Les tri­bunes publiées sur Place Gre’net ont pour voca­tion de nour­rir le débat et de contri­buer à un échange construc­tif entre citoyens d’o­pi­nions diverses. Les pro­pos tenus dans ce cadre ne reflètent en aucune mesure les opi­nions des jour­na­listes ou de la rédac­tion et n’engagent que leur auteur.

Vous sou­hai­tez nous sou­mettre une tri­bune ? Merci de prendre au préa­lable connais­sance de la charte les régis­sant.

 

Ouverture Musée Champollion
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Commentaires 5
  1. Bonnes défi­ni­tions et démons­tra­tion, par contre la sur­en­chère vient bien des isla­mistes et leurs amis islamo-gau­chiste !

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  2. Cette façon d’a­bor­der les pro­blèmes est une bonne façon. Débattre, accep­ter la contro­verse, la dif­fé­rence de point de vue…dès lors que ces accep­ta­tions per­mettent d’é­clai­rer, appro­fon­dir et de recher­cher une voie juste.
    Pour cela un mini­mum « d’hon­nê­teté intel­lec­tuelle est néces­saire. A coups d’in­vec­tives, la vision juste s’ap­pau­vrit. Se rap­pro­cher des faits est néces­saire, et, quand on s’en éloigne, bien signi­fier ce qui relève d’un res­senti, d’une croyance. Combien de fois n’emploie-t-on pas les mots : « Je crois que… ».
    Pourtant il est un concept qui en per­ma­nence mérite expli­ca­tions, débats. C’est celui de laï­cité » !
    Il appar­tient à un voca­bu­laire qui s’est accolé à celui de « République ». Mots sym­boles.
    Ce sont des mots dont l’u­sage donne l’im­pres­sion qu’ils sont acquis, défi­nis. Et on voit bien que non.
    Ce sont 2 mots qui me sont chers et fon­da­men­taux pour le bien-vivre ensemble. Et si on ajou­tait « Dialoguer  » à « bien-vivre ‑ensemble » ?

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  3. à noter que le fait d’a­voir sub­ven­tionné le CCIF (aujourd’­hui dis­sous), d’a­voir une adjointe fer­vente sup­por­trice du bur­qini et un adjoint admi­ra­teur de la Fraction Armée Rouge (orga­ni­sa­tion ter­ro­riste alle­mande mieux connue sous le nom de bande à Baader, voir en page 189 du vide à moi­tié vert) n’empêche pas E. PPPiolle d’être traité d’is­la­mo­phobe par ses amis du NPA.
    https://www.revolutionpermanente.fr/EELV-rejoint-l-offensive-islamophobe-Eric-Piolle-demande-au-CCIF-de-rembourser-ses-subventions

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  4. « De même que Lénine défi­nis­sait le gau­chisme comme la mala­die infan­tile du com­mu­nisme, on peut affir­mer que l’islamo-gauchisme consti­tue la mala­die sénile d’une gauche occi­den­talo-cen­trée, qui n’imagine pas que l’oppression puisse venir d’ailleurs. Celle d’une gauche qui voit en tout isla­miste un damné de la terre. Celle d’une gauche qui pla­çait naguère sa fierté dans son aura mon­diale et qui a été sur­clas­sée par un mou­ve­ment qu’elle a long­temps regardé de haut : l’internationale isla­miste. »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/11/25/la-gauche-et-l-islamisme-retour-sur-un-peche-d-orgueil_6061001_3232.html

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  5. Quand on ne sait pas de quoi on parle, on évite de racon­ter n’im­por­ter quoi juste pour se faire mous­ser.
    Cette tri­bune est pleine d’approximations et plu­tôt que de cadrer le débat, elle le com­plique.

    L’islamisme poli­tique est tau­to­lo­gique, parce l’is­la­misme est l’is­lam poli­tique. Idem, Islamisme radi­cal ne veut rien dire.
    Le terme d’is­lamo-gau­chiste a été inventé par les trots­kistes anglais.

    Quant aux islamo-gau­chistes qui sévissent dans les uni­ver­si­tés, dans la culture etc. le pro­blème est facile à résoudre : ils vivent de fonds publics, on leur coupe les sub­ven­tions et on les licen­cie : ils auront toute liberté de faire du mili­tan­tisme mais pas aux frais du contri­buable.

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