À Grenoble, deux élus refusent de tenir un bureau de vote et dénoncent une parodie de démocratie

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EN BREF – Guy Tuscher et Bernadette Richard-Finot ne présideront pas de bureau de vote pour le second tour des élections municipales à Grenoble. Les deux élus, ex-colistiers d’Éric Piolle et candidats sur la liste La commune est à nous ! éliminée au premier tour, dénoncent une parodie de démocratie.

 

 

Guy Tuscher et Bernadette Richard-Finot, conseillers municipaux de l'opposition du groupe Ensemble à Gauche, samedi 3 novembre 2018 © Séverine Cattiaux - Place Gre'net

Guy Tuscher et Bernadette Richard-Finot, conseillers muni­ci­paux de l’op­po­si­tion du groupe Ensemble à gauche, samedi 3 novembre 2018. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Guy Tuscher et Bernadette Richard-Finot ne pré­si­de­ront pas de bureau de vote le dimanche 28 juin 2020. Pas plus qu’ils n’i­ront voter. Pour les deux ex-colis­tiers d’Éric Piolle, pas ques­tion de cau­tion­ner un scru­tin dont la sin­cé­rité est, pour eux, « pro­fon­dé­ment alté­rée ».

 

En cause ? L’abstention mas­sive le 15 mars, qui a vu le maire sor­tant frô­ler l’é­lec­tion dès le pre­mier tour avec à peine 19,4 % des ins­crits. « Beaucoup plus grave, sou­lignent les deux élus, l’abs­ten­tion par sa répar­ti­tion inégale a pro­fon­dé­ment altéré le vote. Dans les quar­tiers Sud où l’abs­ten­tion est déjà très impor­tante dans cer­tains bureaux, l’aug­men­ta­tion de l’abs­ten­tion a été qua­si­ment deux fois plus éle­vée que dans les quar­tiers Nord. »

 

Une dif­fé­rence qui, pour les deux élus, a béné­fi­cié à Éric Piolle dont l’é­lec­to­rat se concentre majo­ri­tai­re­ment au nord des grands bou­le­vards.

 

 

« Bonus au maire sortant » et « parodie de démocratie »

 

Avantage au sor­tant ? Pour Guy Tuscher et Bernadette Richard-Finot, les trois mois de confi­ne­ment ont clai­re­ment donné un bonus sup­plé­men­taire à Éric Piolle. Le maire était en effet seul à pou­voir occu­per l’es­pace public. Même si rien ne garan­tit que la ges­tion locale de la crise sani­taire et les déboires qui s’en sont sui­vis vont véri­ta­ble­ment béné­fi­cier au maire sor­tant.

 

Les six affiches de la campagne de La commune est à nous ! mardi 3 mars 2020 © Séverine Cattiaux - Place Gre'net

Bernadette Richard-Finot et Guy Tuscher avaient rejoint La com­mune est à nous ! mardi 3 mars 2020 © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

 

Fallait-il main­te­nir le second tour ? Non, pour ses deux ex-colis­tiers, qui font remar­quer le silence à ce sujet du maire sor­tant. « Éric Piolle, pour­tant peu avare pen­dant cette période en tri­bunes van­tant la démocratie nécessaire du « monde d’après », s’est bien gardé de prendre posi­tion sur la ques­tion. Il a juste sup­primé, au der­nier moment et sans aucune expli­ca­tion, le conseil muni­ci­pal prévu le 15 juin… »

 

Trois mois pen­dant les­quels le maire sor­tant aurait déroulé le « tapis rouge » à Alain Carignon, chif­fon rouge bien­venu dans un scru­tin qui semble plié d’a­vance ? « Alors que ce der­nier avait refusé de sié­ger dans le groupe de la droite1Une infor­ma­tion erro­née selon Matthieu Chamussy qui a tenu à rap­pe­ler qu’il avait en réa­lité « pris les devants en écri­vant au maire pour refu­ser par avance tout demande d’adhé­sion d’Alain Carignon au groupe qu’[il pré­si­dait] ». et ne pou­vait donc consti­tuer un groupe, dénoncent-ils, le maire, en contra­ven­tion complète avec le règlement intérieur, par le simple fait du Prince, lui a accordé toutes les prérogatives d’un groupe poli­tique : invi­ta­tion aux conférences des présidents de groupe, droit de demande de sus­pen­sion des conseils, ques­tions orales, tri­bunes poli­tiques dans Gremag, etc. »

 

 

Alain Carignon dans le rôle de « l’épouvantail » ?

 

« Pendant trois mois, tel un Emmanuel Macron avec une Marine Le Pen, Éric Piolle a ainsi volon­tai­re­ment entre­tenu l’épouvantail du “cor­rompu”. Quoi de mieux que de don­ner tous les moyens à ce soit-disant “dan­ger” pour pous­ser les indécis à un “vote utile” de 1er tour sur son nom ? »

 

Dimanche 28 juin, Guy Tuscher et Bernadette Richard-Finot ne seront donc ni devant ni der­rière les urnes. Le code élec­to­ral impose pour­tant à tout élu, sauf cas de force majeure, de pré­si­der un bureau de vote au risque d’être démis de ses fonc­tions par le tri­bu­nal admi­nis­tra­tif. Fonctions que les deux élus ont de toute façon d’ores et déjà per­dues, leur liste La com­mune est à nous !, n’ayant en effet pas passé le second tour.

 

Patricia Cerinsek

 

1 Une infor­ma­tion erro­née selon Matthieu Chamussy qui a tenu à rap­pe­ler qu’il avait en réa­lité « pris les devants en écri­vant au maire pour refu­ser par avance tout demande d’adhé­sion d’Alain Carignon au groupe qu’[il pré­si­dait] ». (note ajou­tée le 23 juin 2020 à 18 h 15)

 

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Commentaires 8
  1. Il y avait en dépit des condi­tions d’or­ga­ni­sa­tion effec­ti­ve­ment très cri­ti­cables de ces élec­tions muni­ci­pales d’autres scé­na­rii envi­sa­geables pour tâcher d’ex­traire le groupe d’op­po­si­tion « la Commune est à nous » de la mar­gi­na­lité poli­tique.
    Parce qu’il y a for­fait et pres­crip­tion, et dans un souci d’é­di­fi­ca­tion des jeunes géné­ra­tions de révo­lu­tion­naires sin­cères- qui sait ? j’ai choisi de publier ici un pro­jet de cour­rier interne, que j’ai fina­le­ment renoncé à envoyer aux cama­rades de « la Commune est à nous » en mars der­nier…

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    Chèr.e.s cama­rades,

    Après les 3 pre­mières « assem­blées popu­laires, je n’ai pas eu la moti­va­tion néces­saire pour prendre part à cette cam­pagne. Trop de diver­gences, trop l’im­pres­sion que le disque est rayé, même si bien sûr vous êtes les meilleur.e.s .

    L’échec des dis­cus­sions explo­ra­toires avec les Gilets Jaunes du cru, entre autres choses, a pesé néga­ti­ve­ment sur la dyna­mique de la liste La Commune est à nous (eux-mêmes subis­sant le contre-coup du reflux du mou­ve­ment). C’est la vie…

    Sous les 5% dimanche pro­chain, la messe sera dite. En cas de score à deux chiffres la liste se main­tien­dra, aucun pro­blème 🙂

    Avec un score entre 5% et 9,99% des expri­més, la loi ouvre la pos­si­bi­lité de fusion­ner avec une ou plu­sieurs listes qua­li­fiées pour un second tour.

    La liste “La Commune est à nous” pro­clame qu’elle ne fusion­nera avec per­sonne, jamais.

    Elle s’in­ter­dit par prin­cipe (?) de repré­sen­ter jus­qu’à 9,99% des suf­frages expri­més. La fer­meté sur les prin­cipes n’ex­clut pas la sou­plesse tac­tique.

    Entre 5% et 9,99% on peut tout-à-la fois sans se déju­ger ni vendre son âme au diable :

    - Continuer de peser dans le débat de second tour.
    – Assurer la défaite de la macro­nie avec ou sans faux-nez et de toutes les droites aux muni­ci­pales .
    – Représenter nos élec­teurs dans les conseils en toute indé­pen­dance.

    Pour celà il faut essayer de for­cer la main à la liste Piolle 2, en leur pro­po­sant une fusion “tech­nique”.
    Sur le pro­to­cole d’un accord de fusion (le contenu poli­tique), le cadre légal est souple : on peut mettre à peu près toutes les dis­po­si­tions qu’on veut dedans, voire aucune !

    Nous ne nour­ris­sons pas d” illu­sions quand aux inten­tions de la liste Piolle 2 d’ap­pli­quer le droit de réqui­si­tion, d’al­ler vers les trans­ports gra­tuits pour tous, le RIC, un contrôle démo­cra­tique des élus, l’i­ni­tia­tive popu­laire, etc. C’est pour­quoi nos pro­po­si­tions à la liste “Grenoble en Commun” tiennent sur deux lignes :

    1. Nous pro­po­sons la fusion des listes “Grenoble en Commun” et “La Commune est à nous » au pro­rata de leurs scores res­pec­tifs de pre­mier tour.
    2. Toutes les par­ties à cet accord s’en­gagent à recon­naître les élu.e.s issus de “La Commune est à nous » sur la liste recom­po­sée comme un groupe poli­tique à part entière au Conseil Municipal et à la Métro*.

    Pour enfon­cer le clou : pas de pacte de soli­da­rité avec Grenoble en Commun, pas de condi­tions à l’ap­pli­ca­tion du point 2, pas de trac­ta­tions pour des postes, pas de dis­ci­pline de vote sur les bud­gets…

    Autrement dit, nous récla­mons l” appli­ca­tion de la pro­por­tion­nelle, rien que la pro­por­tion­nelle, mais toute la pro­por­tion­nelle. Il n’y a pas à ma connais­sance de forme de repré­sen­ta­tion plus juste que la pro­por­tion­nelle inté­grale. Alors pas­sons aux tra­vaux pra­tiques !

    Un der­nier argu­ment qui vaut ce qu’il vaut : Un retrait “sec” de la liste “La Commune est à nous” avec un score entre 5 et 9,99% serait un cadeau pour l” “arc huma­niste” de “Grenoble en com­mun” . Piolle et ses colis­tiers pour­ront d’au­tant plus poser au ras­sem­ble­ment des démo­crates sin­cères que ça ne leur aura stric­te­ment rien coûté poli­ti­que­ment !

    En cas de fin de non rece­voir les élec­teurs appré­cie­ront. Mais “La Commune est à nous” aura essayé. Sans pré­ju­dice des luttes qu’elle sou­tiens, ni des com­bats qu’elle porte.

    > Je pro­pose de sou­mettre les pro­po­si­tions 1 et 2 à l’ordre du jour d’une Assemblée popu­laire extra­or­di­naire, au plus tard le len­de­main matin du pre­mier tour des élec­tions muni­ci­pales .

    Jean-Marc BOREL

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    • Donc en résumé vous pro­po­siez l’i­dée maso­chiste d’al­ler avec le maire sor­tant alors qu’il vous a sys­té­ma­ti­que­ment mépri­sés pen­dant six ans.

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  2. Le Groupe Ensemble à Gauche appelle donc à l’abs­ten­tion au deuxième tour des muni­ci­pales à Grenoble. Si l’on ne peut que par­ta­ger lar­ge­ment des constats d’é­vi­dence (un taux très élevé d’abs­ten­tion au 1er tour, l’in­sin­cé­rité du scru­tin due au contexte très spé­cial, la sur­prime au sortant…),nous pen­sons aussi qu’une pos­ture qui consiste à se pré­sen­ter au 1er tour, et une fois éli­mi­nés, à s’en dés­in­té­res­ser, comme si toute élec­tion était jouée d’a­vance, et comme si sur­tout, à Grenoble, celles-ci étaient sans enjeux ni retom­bées réels face à la droite, (locale, régio­nale, voire même natio­nale…) (!) c’est plus que mal­adroit :c’est tout sim­ple­ment inte­nable. Au niveau ins­ti­tu­tion­nel tout-au-moins, ce regrou­pe­ment signe son arrêt de mort poli­tique en se fai­sant hara-kiri. Au revoir cama­rades et à bien­tôt dans les luttes, comme on dit depuis 50 ans…
    Jean-Marc BOREL

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  3. Les quar­tiers sud et popu­laires, il faut voter si vous ne vou­lez pas vous retrou­ver avec une mépri­sante dic­ta­ture bobo pen­dant 6 ans de plus.

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  4. Pas faux.… Mais le prin­cipe de réa­lité est le même dans tout le pays.
    Bien sûr que la can­di­da­ture d’A. Carignon est du pain beni ! Bien sûr que la crises sani­taire avan­tage le sortant…Bien sûr que l’é­ta­le­ment média­tique d’E. Piolle, com­mence à aga­cer lour­de­ment.…..
    Mais le second tour est là pour cor­ri­ger les chiffres si besoin et rame­ner ce der­nier à une juste mesure et dégon­fler un peu un ego expo­nen­tiel.… après, au bou­lot

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  5. Grenoblois, Dimanche pro­chain, bou­gez vous le c.. , VOTEZ pour l’al­ter­nance !

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  6. Pourquoi Guy Tuscher et Bernadette Richard-Finot ne portent pas plainte contre l’Etat et le gou­ver­ne­ment ? ce n’est pas Piolle qui a décidé des dates des élec­tions.
    Encore une fois, selon leur bonne habi­tude, beau­coup d’esbroufe pour rien

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  7. Oui il y a un sou­cis et oui ce n’au­rait pas été un plé­bis­cite dans les chiffres en % pour le pre­mier tout de Monsieur Piolle, mais si tout reprend par­tout, il faut aussi avan­cer.
    Quand à la stra­té­gie pré­sen­tée.… si c’est vrai bravo à lui ! qu’il nous amene une ligne TGV 😀
    un Hyperloop avec Lyon ou quoi que ce soit qui dyna­mise le tér­ri­toire

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