Aryballe, BGene et Enerbee aménagent ensemble dans l’écoquartier Bouchayer-Viallet

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FOCUS – Trois start-up grenobloises, Aryballe, BGene et Enerbee, inauguraient, mardi 10 décembre, leurs locaux au cœur de Bouchayer-Viallet. Cette ancienne friche industrielle transformée en écoquartier offre en effet une ambiance adaptée à l’orientation bioéthique et futuriste de ces jeunes entreprises. Gros plan sur leurs projets et leur cadre de travail qui sort de l’ordinaire.

 

Aryballe, BGene et Enerbee, trois start-up grenobloises ont inauguré, le 10 décembre 2019, leurs locaux au cœur de Bouchayer-Viallet. Présidents d'Aryballe, BGene et Enerbee. © Chloe Perez

Présidents d’Aryballe, BGene et Enerbee. © Chloe Perez

Nez artificiels, générateurs d’énergie autonome et technologie biogénétique au service de l’industrie cosmétique. Enerbee, Aryballe et BGene n’ont, à première vue, rien de commun dans leurs produits et technologies.

 

Mais qu’est-ce qui a donc poussé ces trois start-up florissantes à s’installer ensemble ?

 

Tout d’abord une rencontre. « C’est Sam que j’ai rencontré en premier… On a le même ostéo ! Il nous a incités à nous rencontrer, vu qu’on gravitait dans le même milieu des startup. De fil en aiguille, en discutant, on s’est aperçu assez rapidement qu’on était en train de chercher des locaux… Il m’a dit qu’Enerbee cherchait également », raconte Marie-Gabrielle Jouan, la présidente et fondatrice de BGene.

 

Cocktail et exposition photo sur les travaux du Mambo 7 aryballe

Cocktail et exposition photo sur les travaux du Mambo 7. © Laure Gicquel

 

« Le Mambo Rock a fait l’unanimité »

 

« C’est assez difficile à Grenoble de sortir de structures comme l’université ou le CEA, qui sont quand même, sur le plan technique, les mieux équipées… Et quand on démarre une start-up, ils offrent des facilités qui font qu’il est difficile de prendre son envol. On a donc commencé à chercher ensemble, visité différents lieux… Et c’est finalement le Mambo Rock, qui venait juste de fermer, qui a fait l’unanimité. » Une des écoles de danse de salon majeures à Grenoble qui, après dix-huit saisons, a en effet déménagé à Chambéry l’an dernier.

 

Une des multiples fresques du quartier Bouchayer Viallet

Bouchayer-Viallet : entre modernité et culture underground. © Laure Gicquel

Les nouveaux locaux portent désormais le nom de Mambo 7, en hommage à l’histoire du bâtiment. Quant à leur intérieur futuriste réalisé par deux architectes, Eric Di Benedetto et Cécile Bonnefoi (collectif Snack), il s’intègre bien à l’ambiance underground du quartier. Le tout avec une exposition de photos d’art de Chloe Perez illustrant l’avancée des travaux.

 

 

Open-spaces et boxes de réflexion intimiste

 

L’architecture du Mambo 7 est conçue autour d’espaces communs, rendant « l’émulation possible, malgré le fait qu’effectivement, on ne travaille pas du tout dans la même branche. Le seul espace technique qu’on partage, c’est la laverie ! »

 

La salle commune du Mambo 7 avec Aryballe BGene

Un soir de travail au Mambo 7. © Laure Gicquel

D’un côté, une immense salle collective entourée de voilages. De l’autre, plusieurs open-spaces et une salle de détente commune. Mais surtout, ces locaux design et atypiques hébergent des boxes résolument modernes, adaptés à une réflexion intimiste, des bureaux nomades clos et une salle de réunion en forme d’amphithéâtre.

 

« C’est assez rigolo car, en fait, d’un côté, il y a BGene qui ne fait vraiment que du laboratoire pur et dur façon wet lab, Aryballe qui est entre les deux, et Enerbee qui ne fait que de la mécanique et de l’électronique », explique Marie-Gabrielle Jouan.

 

 

BGene fait travailler… les bactéries

 

Initiative féminine lancée en 2014 par Marie-Gabrielle Jouan, Caroline Ranquet et Alexia Chandor, BGene est une entreprise moderne et engagée, pourvue d’une charte éthique stricte. Bio-Sourcing, réduction de la consommation d’énergie, contrôle et traçabilité des matières premières, absence de production de co-produits nuisibles pour l’environnement…

 

BGene, start'up grenobloise reprogramme des bactéries pour produire de nouvelles molécules. © 2014 OVH

BGene reprogramme des bactéries pour produire de nouvelles molécules. © OVH

Les bactéries sont au cœur de la technologie de BGene. Issues de la fermentation de déchets de bois, elles produisent des molécules à forte valeur ajoutée.

 

Le bois utilisé est issu de récupération dans des scieries. L’entreprise s’inscrit ainsi dans les schémas du renouvelable et des économies circulaires.

 

Quel marché pour ces molécules ? Tout d’abord l’industrie cosmétique, en particulier celui des ingrédients naturels. Il s’agit, là, en utilisant des technologies génétiques de pointe, d’utiliser ces bactéries comme de réels ouvriers. Avec, pour ambition, de remplacer à terme l’industrie pétrochimique par des procédés éco-responsables.

 

« Les gens veulent du naturel. Mais on ne pourra pas faire du naturel pour tout le monde si on passe par la technique classique de l’extraction végétale ; ça a ses limites, on est obligés d’utiliser des solvants aussi toxiques que ce que l’on fait en chimie. Et on ne parle pas non plus de toutes les cultures intensives qui nécessitent des engrais… », précise Marie-Gabrielle Jouan.

 

« Quand on commence à cultiver des champs et des champs pour faire de la cosmétique, ça pique un peu ! Notre idée est de proposer une voie alternative qui permet de faire malgré tout du naturel ».

 

 

Enerbee génère de l’électricité à partir de tout mouvement

 

Dirigée par Jocelyne Wasselin, Enerbee a été fondée en 2014. L’entreprise a été lauréate du Concours d’innovation lancé par le Secrétariat général pour l’Investissement, dans la catégorie Energies renouvelables. Son produit principal ? Un micro-générateur piézo-magnétique permettant de générer de l’électricité à partir de tout mouvement, même très lent ou irrégulier. Aujourd’hui, il s’agit d’un dispositif connecté à une bouche de ventilation.

 

Le premier test de celui-ci consistait à le connecter aux compteurs de gaz analogiques, rappelle Jocelyne Wasselin. Il s’agissait d’alimenter la pile du compteur pour augmenter sa durée de vie. Cependant, lesdits capteurs bougeaient, au contraire des compteurs numériques en fonction actuellement… « Le projet est donc tombé à l’eau, parce que la technologie elle-même a évolué. Et comme, dans une startup, on a vraiment besoin de s’inscrire dans un marché précis, de montrer qu’on est présents, on s’est concentrés sur la ventilation. »

 

SEMICON/IoT. Grenoble, 2016. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'Net

Salon IoT planet montrant l’impact des objets connectés sur la vie de tout les jours. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

Le but, à terme ? Proposer des objets connectés autonomes. « Un système sans pile, sans fil, capable de puiser de l’énergie dans son environnement et transmettre des informations liées à sa position et son entourage. Aussi petit qu’un bouton de chemise, il pourrait être intégré dans un gond de porte », indique le site d’Enerbee. L’entreprise porte une vision éco-responsable de l’Internet des objets. Un secteur en développement constant aujourd’hui, certaines études estimant à 22 milliards le nombre des objets connectés dans le monde.

 

Récompensée par plusieurs prix nationaux et internationaux, l’innovation Enerbee est fortement ancrée dans le paysage grenoblois, puisqu’elle est issue de cinq années de collaboration avec notamment l’Institut technologique de Grenoble, le CEA-Leti, le CNRS et l’Université Joseph-Fourier (aujourd’hui UGA). Elle soutient, à long terme, l’espoir d’un futur sans compromis, offrant à la fois technologie de pointe et protection de l’environnement.

 

 

Aryballe crée des nez artificiels

 

Si leurs technologies sont différentes, les trois start-up sont fortement liées par leurs valeurs éthiques. Dans une optique éco-responsable, elles enregistrent même en continu leur production de CO2 ! Aryballe ne fait pas exception à la règle.

 

Présidents d'Aryballe, BGene et Enerbee. © Chloe PerezUn indicateur de la production de CO2 en temps réel

Indicateur de la production de CO2 en temps réel. © Laure Gicquel

Tristan Rousselle, fondateur de l’entreprise en 2014, avait auparavant créé PX’ Therapeutics, start-up spécialisée dans la bioproduction de protéines thérapeutiques. Il se reconvertit dans la création de nez artificiel, tout d’abord pour apporter une solution aux personnes frappées d’anosmie.

 

Notez que ces types de capteurs ne sont pas légion. Si l’on sait aujourd’hui reconnaître les sons (Siri ou Cortana…), l’écrit même manuel (technologies OCR), le toucher et la vue, l’odorat manquait à la reproduction des cinq sens de l’être humain chez un robot. Outre la prouesse technologique qu’est le NeOse Pro, ce “nez” capable de déceler plus de 500 odeurs, celui-ci permet de quantifier ce qui jusqu’alors était très subjectif.

 

Dans le domaine environnemental, l’utilisation par les industriels de ce produit va ainsi permettre un meilleur contrôle des nuisances olfactives, mais également des polluants volatils. Il pourrait même servir d’aide médicale, en détectant les odeurs caractéristiques de certaines maladies !

 

Et, d’un point de vue plus quotidien… « D’ici cinq ans, vous aurez les capteurs Aryballe dans votre électroménager pour déceler les odeurs de la cuisson, les odeurs de votre frigo… », affirme Tristan Rousselle. L’entreprise a d’ailleurs gagné le même concours d’innovation qu’Enerbee mais dans la catégorie Alimentation intelligente.

 

Aujourd’hui dirigée par Sam Guillaumé, ancien PDG de Movea, une firme spécialisée dans la détection de mouvement, Aryballe a une véritable vocation pour l’ubiquité. On pourrait même, à court terme, retrouver des capteurs olfactifs dans les voitures autonomes !

 

 

« On est déjà plus de soixante cinq » confie le fondateur d’Aryballe

 

L’implantation de ces sociétés ne doit rien au hasard. « Le recrutement est facilité par les montagnes. On observe une réelle volonté de la part de certains ingénieurs parisiens de venir se ressourcer dans notre région », selon la présidente de BGene. Puis, « Grenoble, c’est un peu la Silicon Valley française », rappelle Josselyne Wasselin, qui a elle-même obtenu son doctorat à Grenoble.

 

Les locaux, prévus pour accueillir une soixantaine de personnes début janvier, sont déjà pleins… « Entre les stagiaires et les permanents, on est déjà plus de soixante-cinq ! », confie Sam Guillaumé.

 

Laure Gicquel

 

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