C’est parti pour La Trilogie, mariage à trois du Magasin des horizons, du Pacifique et du CCN2 de Grenoble

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FOCUS – Le Magasin des horizons, le Pacifique et le CCN2 ont officialisé, ce jeudi 14 mars, « l’addition » de leurs structures. Une « coalition plurielle » nommée La Trilogie, dans laquelle les trois acteurs culturels entendent se retrouver sur des projets communs. Les structures vont ainsi se réunir dans un esprit de vivre-ensemble et progressivement s’effacer au bénéfice de la nouvelle entité.

 

 

Une rumeur enfle, celle de la Trilogie (extrait de la performance de présentation). © Joël Kermabon - Place Gre'net

Une rumeur enfle, celle de la Trilogie (extrait de la per­for­mance de pré­sen­ta­tion). © Joël Kermabon – Place Gre’net

Une sourde rumeur monte : celle des voix mêlées de la ving­taine de per­sonnes réunies dans une salle du Magasin des hori­zons, ce jeudi 14 mars. Elle enfle, s’am­pli­fiant  pro­gres­si­ve­ment jus­qu’à emplir tout l’es­pace sonore. Dans les phrases psal­mo­diées, le mot « tri­lo­gie » revient comme un leit­mo­tiv. Puis tout s’ar­rête brus­que­ment, lais­sant place au silence.

 

C’est à tra­vers cette courte per­for­mance que les équipes du Magasin des hori­zons, du Pacifique CDCN et du CCN2 ont voulu tra­duire « l’ad­di­tion plu­tôt que la syn­thèse » de leurs struc­tures res­pec­tives. Pour dési­gner cette « coa­li­tion plu­rielle et opé­ra­tion­nelle », le nom cou­lait de source – La Trilogie – « parce qu’à trois c’est mieux ! » Son objec­tif ? Apporter au public une « ins­ti­tu­tion idéale à son ser­vice et à celui des artistes », pro­mettent les acteurs cultu­rels. Ambitieux.

 

 

« Un projet où les identités s’effacent au bénéfice de la Trilogie »

 

« La Trilogie nomme ce que nous fai­sons déjà depuis deux ans. C’est-à-dire des pro­jets où nous nous retrou­vons autour de cer­taines valeurs com­munes », explique Marie Roche, la direc­trice du Pacifique. Notamment sur des thèmes s’in­té­res­sant aux mino­ri­tés, à la trans­dis­ci­pli­na­rité, à la soro­rité, au genre… Concrètement ? « C’est la manière d’en­vi­sa­ger le tra­vail col­la­bo­ra­ti­ve­ment. Nous l’as­su­mons comme un pro­jet où les iden­ti­tés [des struc­tures, ndlr] s’ef­facent au béné­fice de la Trilogie », enchaîne Béatrice Josse, la direc­trice du Magasin des hori­zons.

 

Le Magasin des hori­zons accueille le Grand Rassemblement 2, samedi 27 et dimanche 28 mai. © Adèle Duminy

 

Pieuses inten­tions ? Non, tout est réflé­chi dans cette addi­tion de savoir-faire qui se base sur un cor­pus de réflexions, de volon­tés et de refus com­muns. Des choses qui vont être pré­ci­sées devant l’as­sis­tance au cours d’une lec­ture en forme de décla­ra­tion d’in­dé­pen­dance. Ce dont La Trilogie ne veut plus ? Rentrer dans le moule, accep­ter les « c’est comme ça ! », la « domi­na­tion blanche ou mas­cu­line » ou encore « l’entre-soi et le mépris de l’autre ».

 

Présentation de saison au Pacifique © Pascale Cholette

Présentation de sai­son au Pacifique. © Pascale Cholette

Le trio reven­dique aussi une cer­taine forme de rébel­lion. « Elle refuse de se sou­mettre aux cadres, d’ab­di­quer devant l’im­mo­bi­lisme, de par­ler à la place des autres », énonce Camille Planeix, coor­di­na­trice pro­jets au Magasin. Qui assure qu’il n’est pas ques­tion de cau­tion­ner « les dis­cri­mi­na­tions de genre, de race ou de ter­ri­toire » sous quelque forme que ce soit.

 

 

Une Trilogie bienveillante envers « toutes celles qui s’y frottent et ceux qui s’y piquent »

 

En revanche, la Trilogie compte défendre bec et ongles l’al­té­rité, la soro­rité, l’é­ga­lité, la parité et le par­tage. « À par­tir de main­te­nant, La Trilogie “est“ », appuie non sans convic­tion Camille Planeix. Cette der­nière étant per­sua­dée qu’a­vec cette coa­li­tion « les lignes vont bou­ger » et prou­ver que « faire ensemble est pos­sible ». Pour cela, la Trilogie se veut bien­veillante envers elle-même et « toutes celles qui s’y frottent et ceux qui s’y piquent ». Et leur donne poé­ti­que­ment ren­dez-vous « au coin de la rue pour une ren­contre impromp­tue, quand le temps sera venu ».

 

De gauche à droite : Camille Planeix, Magasin des horizons, Charlotte Guibert, CCN2, Marie Roche, Le pacifique. © Joël Kermabon - Place Gre'net

De gauche à droite : Camille Planeix, Magasin des hori­zons, Charlotte Guibert, CCN2, Marie Roche, Le Pacifique, et Alice Colas, Magasin des hori­zons. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Quid des objec­tifs que se fixe cette fameuse Trilogie ? Charlotte Guibert, char­gée de média­tion et des par­te­na­riats ter­ri­to­riaux au CCN2, en pré­cise les contours.

 

Au pre­mier chef, pro­po­ser des actions inno­vantes pour tous, tout autant que faci­li­ter les échanges entre artistes, public et struc­tures cultu­relles.

 

En somme, « déve­lop­per le vivre-ensemble ». Comment ? En pen­sant et en construi­sant de nou­velles solu­tions « qui passent des pro­blèmes aux idées ».

 

La Trilogie s’en­gage ainsi éga­le­ment à défendre « les artistes qui veulent poli­ti­que­ment faire autre­ment ». Sans pour autant oublier les lais­sés pour compte, les invi­sibles n’ayant pas voix au cha­pitre. « La Trilogie ne veut plus être inac­ces­sible, trans­pa­rente. Elle veut être iden­ti­fiée », affirme Charlotte Guibert. Du coup, foin des cahiers des charges aux normes bureau­cra­tiques et du « des­po­tisme cultu­rel » eu égard aux ter­ri­toires. Charlotte Guibert l’af­firme, « la Trilogie ne veut plus être ins­tru­men­ta­li­sée et faire de l’art pour l’art ».

 

 

« Épater, surprendre, ébouriffer, renverser… »

 

Mais ce n’est pas tout. L’idée c’est aussi de trans­for­mer les dis­ci­plines sans se cacher der­rière les artistes. « Nous défen­dons un modèle joyeux et bien­veillant sous le signe de la soro­rité. Un modèle simu­lant les vents contraires, les bous­cu­lades et les remises en ques­tion », lance à son tour Marie Roche.

 

Marie Roche, directrice du Pacifique, lors de la présentation de saison de l'équipement le 21 septembre 2017 © Pascale Cholette

Marie Roche, direc­trice du Pacifique, lors de la pré­sen­ta­tion de sai­son de l’é­qui­pe­ment en sep­tembre 2017. © Pascale Cholette

La démarche de la Trilogie, explique-t-elle, s’ins­crit dans l’af­fir­ma­tion de cer­tains refus. Ceux « du “tou­jours plus”, de la domi­na­tion, de la faci­lité et des men­teurs et men­teuses ». En sub­stance ? « Nous enten­dons faire à notre manière. Peu importe l’ordre éta­bli, les rythmes impo­sés pour épa­ter, sur­prendre, ébou­rif­fer, ren­ver­ser », déclare Marie Roche.

 

 

Et le public, qu’est-il en droit d’at­tendre de la Trilogie ? « Qu’elle prenne soin de lui… d’elle. Et sur­tout qu’elle res­pecte ses enga­ge­ments. Elle vous attend », conclut la direc­trice du Magasin.

 

Joël Kermabon

 

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Commentaires 1
  1. Si je com­prends bien, les per­sonnes aux­quelles ont été confiées les des­tins d’au moins deux des trois éta­blis­se­ments ( sauf erreur de ma part ) publics ( le maga­sin et le CCN) ont décidé de s’af­fran­chir de leurs tutelles ?… si je com­prends bien, nous sor­tons du cadre qui confère aux élus ( de ville de gre­noble, du Département de l’i­sère ou aux affaires cultu­relles) la charge d’é­la­bo­rer une poli­tique cultu­relle et de confier la mis­sion de sa mise en oeuvre et les moyens affé­rents à des per­sonnes dûment choi­sies, à la tête de ces éta­blis­se­ments ? ce que je suis sûre de ne pas com­prendre c’est pour­quoi ce sont ces der­niers qui informent les contri­buables, d’un chan­ge­ment d’o­rien­ta­tion et charte d” uti­li­sa­tion de l’argent public ?

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