Les migrants héber­gés sur le cam­pus appré­hendent la fer­me­ture du centre d’accueil

Les migrants héber­gés sur le cam­pus appré­hendent la fer­me­ture du centre d’accueil

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REPORTAGE – Le Centre d’ac­cueil et d’o­rien­ta­tion (CAO) de Saint-Martin-d’Hères fer­mera ses portes le 30 avril. Géré par l’as­so­cia­tion La Relève, le bâti­ment situé sur le cam­pus a accueilli depuis fin octobre une cen­taine de migrants, majo­ri­tai­re­ment sou­da­nais mais aussi afghans ou éry­thréens, dans l’at­tente du dépôt de leur demande d’a­sile. Si leurs situa­tions admi­nis­tra­tives dif­fèrent, tous ou presque expriment le sou­hait de res­ter dans la région gre­no­bloise. Un lieu où ils ont pu tis­ser des liens. Mais aussi béné­fi­cier de la soli­da­rité du milieu étu­diant qui s’est notam­ment illus­trée à l’oc­ca­sion de la chaîne humaine orga­ni­sée ce mer­credi par le Réseau uni­ver­si­tés sans fron­tières (RUSF 38).

Mercredi midi, domaine uni­ver­si­taire de Saint-Martin-d’Hères. Depuis le par­vis de la biblio­thèque droit-lettres, une chaîne humaine s’é­lance dans les allées du cam­pus, aux cris de « Solidarité avec les réfu­giés ». Son but final ? La tour Arpej. Organisée par le RUSF 38, l’o­pé­ra­tion vise à sou­te­nir les deman­deurs d’a­sile héber­gés dans ce bâti­ment, ancienne rési­dence étu­diante trans­for­mée en Centre d’ac­cueil et d’orientation.

Le RUSF 38 organisait mercredi 22 mars une chaîne humaine en soutien aux demandeurs d'asile hébergés au CAO de Saint-Martin-d'Hères.

Le RUSF 38 orga­ni­sait mer­credi 22 mars une chaîne humaine en sou­tien aux deman­deurs d’a­sile héber­gés au CAO de Saint-Martin-d’Hères. © Manuel Pavard – Place Gre’net

La struc­ture, gérée par l’as­so­cia­tion La Relève, a ouvert ses portes fin octobre, afin d’ac­cueillir les migrants trans­fé­rés en Isère dans le cadre du déman­tè­le­ment de la jungle de Calais. Au total, une petite cen­taine d’entre eux sont arri­vés à Saint-Martin-d’Hères par trois vagues suc­ces­sives, le 27 octobre, le 2 novembre et le 18 novembre, en pro­ve­nance de Calais, ainsi que d’Île-de-France. Des hommes seuls pour la plu­part, ori­gi­naires prin­ci­pa­le­ment du Soudan mais éga­le­ment d’Afghanistan, d’Érythrée, de République démo­cra­tique du Congo et du Pakistan.

Un par­cours du com­bat­tant de plu­sieurs années

Objectif offi­ciel : per­mettre aux migrants une mise à l’a­bri tem­po­raire, le temps de consti­tuer leur dos­sier de demande d’a­sile, avec l’aide des tra­vailleurs sociaux de La Relève. Malheureusement pour eux, cette période d’ac­cal­mie touche à sa fin, la fer­me­ture du CAO étant pro­gram­mée le 30 avril pro­chain. Ensuite, ce sera le grand saut dans l’inconnu.

Les migrants accueillis au CAO, en majorité Soudanais, ont vécu des épreuves terribles pour arriver jusqu'en France. © Manuel Pavard, Place Gre'net

Les migrants accueillis au CAO, en majo­rité Soudanais, ont vécu des épreuves ter­ribles pour arri­ver jus­qu’en France. © Manuel Pavard – Place Gre’net

Certains seront “Dublinés”. Entendez dans les cas pré­sents, ren­voyés en Italie. Car selon la pro­cé­dure Dublin III, l’État res­pon­sable de la demande d’a­sile est le pays de l’Union euro­péenne par lequel est entré le migrant et où il a été contrôlé.

D’autres ont reçu une obli­ga­tion de quit­ter le ter­ri­toire fran­çais (OQTF) et seront expul­sés vers leur pays d’o­ri­gine. Les plus “chan­ceux” devraient, eux, être orien­tés vers des centres d’ac­cueil des deman­deurs d’a­sile (Cada), implan­tés un peu par­tout en France. Avant, peut-être, d’ob­te­nir le sta­tut de réfu­gié tant convoité.

Tous appré­hendent l’in­cer­ti­tude de l’a­près-30 avril et énoncent les mêmes reven­di­ca­tions, à l’ins­tar d’Ahmed*, deman­deur d’a­sile sou­da­nais : « Nous ne vou­lons plus de pro­cé­dure Dublin ; [nous vou­lons] la régu­la­ri­sa­tion pour nous tous ; apprendre le fran­çais et enfin res­ter à Grenoble où nous avons créé des liens. » Pour lui comme pour tous ses com­pa­triotes ren­con­trés, la capi­tale des Alpes fait en effet figure de véri­table havre de paix après un par­cours du com­bat­tant de plu­sieurs années, du Soudan à la jungle de Calais et aux squats pari­siens, en pas­sant par le désert libyen, la tra­ver­sée de la Méditerranée et l’Italie.

« Si tu ne payes pas, t’es mort »

Debout à côté d’Ahmed, Ibrahim* opine : fonc­tion­naire au Soudan, il a dû « quit­ter [sa] famille en 2012 pour fuir la guerre » rava­geant son Darfour natal. « On a roulé plus d’un mois dans le désert libyen en voi­ture, raconte-t-il. En Libye, on a été accueillis de manière très agres­sive. Les pas­seurs nous ont atta­ché les pieds et on devait payer encore plus que ce qui était prévu pour tra­ver­ser le pays, sinon on était mort. Ils choi­sis­saient les plus fati­gués et les lais­saient mou­rir de soif dans le Sahara. » Son regard se voile : « J’ai perdu plu­sieurs amis sou­da­nais comme cela. »

Arrivé en Libye, Ibrahim a été « obligé de contac­ter [sa] famille, les amis, les parents de proches, pour récol­ter de l’argent » afin de finan­cer la tra­ver­sée du pays, ainsi que celle de la Méditerranée. S’il ne dévoile pas le mon­tant de cette somme, c’é­tait « très cher », affirme-t-il. Et là aussi, « si tu ne payes pas, t’es mort » ! Depuis cet épi­sode, il n’a « plus eu de nou­velles de [sa] famille » et prie pour qu’ils soient tous « encore vivants et en bonne santé ».

Les migrants ont reçu le soutien d'une partie des étudiants, notamment par le biais de cours de français. © Manuel Pavard, Place Gre'net

Les migrants ont reçu le sou­tien d’une par­tie des étu­diants, notam­ment par le biais de cours de fran­çais. © Manuel Pavard – Place Gre’net

La suite de son périple – via Lampedusa, l’Italie, puis la France – a éga­le­ment été rem­plie de galères en tous genres : la faim, le froid, les bri­mades et extor­sions, les contrôles de police… Aujourd’hui, Ibrahim attend la convo­ca­tion de l’Office fran­çais pour l’ac­cueil des réfu­giés et apa­trides (Ofpra) et n’es­père qu’une chose : pou­voir « res­ter à Grenoble ».

Le contraste entre la quié­tude du séjour isé­rois et la rudesse des mois pré­cé­dents est, il est vrai, sai­sis­sant : « À Paris, on vivait dehors, on n’a­vait rien et on dor­mait dans la rue. À Grenoble, on a été bien accueillis, j’aime beau­coup la ville, je prends des cours de fran­çais. »

Les cours de fran­çais, « demande prio­ri­taire de tous les migrants »

Cette bonne inté­gra­tion gre­no­bloise s’ex­plique en grande par­tie par la soli­da­rité mani­fes­tée par les asso­cia­tions et étu­diants, dont le RUSF 38. Annabelle, Lucie et Rony font par­tie de la quin­zaine de membres actifs du col­lec­tif, remonté en sep­tembre sur le dépar­te­ment. « Dès l’ou­ver­ture du CAO et les pre­mières arri­vées, on a orga­nisé un évé­ne­ment pour les accueillir et une réunion d’in­for­ma­tion à Eve, où sont venues 200 per­sonnes, explique Annabelle. On a lancé une com­mu­ni­ca­tion pour col­lec­ter des vête­ments, mettre en place des cours de fran­çais et l’ac­cès à la méde­cine. »

Sur le campus, la tour Arpej, ex-résidence étudiante transformée en Centre d'accueil et d'orientation, accueille des migrants jusqu'au 30 avril. © Manuel Pavard, Place Gre'net

Sur le cam­pus, la tour Arpej, ex-rési­dence étu­diante trans­for­mée depuis octobre 2016 en Centre d’ac­cueil et d’o­rien­ta­tion, accueille des migrants jus­qu’au 30 avril pro­chain. © Manuel Pavard – Place Gre’net

Ces deux der­niers élé­ments consti­tuaient d’ailleurs « les demandes prio­ri­taires de tous les migrants », pour­suivent les trois mili­tants du RUSF. « Pour les cours de fran­çais, au début, c’é­tait un peu com­pli­qué car, en géné­ral, ils ne parlent que l’a­rabe, ajoute Annabelle. En plus, on a tous les pro­fils pos­sibles : cer­tains sont anal­pha­bètes, d’autres ont l’é­qui­valent d’un Bac + 5. » Finalement, une salle a pu être réser­vée par l’in­ter­mé­diaire du Centre uni­ver­si­taire d’é­tudes fran­çaises (Cuef) qui a mis à dis­po­si­tion un sta­giaire, le reste des cours étant assuré par des bénévoles.

Grâce au concours des biblio­thé­caires, les deman­deurs d’a­sile ont éga­le­ment pu avoir accès aux biblio­thèques uni­ver­si­taires et à Internet, tan­dis que le RUSF a négo­cié avec l’ad­mi­nis­tra­tion de l’Université pour qu’ils puissent béné­fi­cier d’un sta­tut d’au­di­teur libre dans les cours magistraux.

D’autres acti­vi­tés, en rela­tion avec les étu­diants, ont aussi été ins­tau­rées : match de foot, jeux de société, ate­liers de musique, concerts de migrants dans des squats… Et une per­ma­nence juri­dique a lieu chaque jeudi, de 13 heures à 15 heures, dans le bâti­ment Stendhal A.

Désireux de main­te­nir la pres­sion, les étu­diants et pro­fes­seurs mobi­li­sés ont décidé, avec l’ac­cord des migrants, de recon­duire la chaîne humaine tous les mer­cre­dis midi jus­qu’à la fin avril. Un sou­tien qui ren­force encore plus Ibrahim, Ahmed et leurs cama­rades sou­da­nais dans leur volonté : « Déjà, on est deve­nus amis entre nous, on n’a pas envie de se sépa­rer. Et puis, quand on voit ça, on a encore plus envie de res­ter ici. »

Pourtant, Ibrahim l’as­sure, aucun d’eux n’a quitté son pays de gaieté de cœur : « Mon rêve, c’est de revoir ma famille et retour­ner un jour dans un Soudan en paix ! »

Manuel Pavard

* Les pré­noms ont été modifiés

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