Saint-Martin‑d’Hères : la solidarité avec les migrants de Calais balaie une manif du FN

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REPORTAGE VIDÉO – Le Front national a annulé son rassemblement anti-migrants prévu ce vendredi 4 novembre. Ce qui n’a pas empêché le maintien d’une contre-manifestation organisée en riposte par leurs défenseurs. Plusieurs centaines d’étudiants, citoyens, militants et élus – tous solidaires avec les migrants – se sont ainsi réunis en fin de rassemblement devant la mairie de Saint-Martin‑d’Hères.

 

 

 

Manifestation en soutien aux migrants le vendredi 4 novembre 2016 à Grenoble. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

© Séverine Cattiaux – Place Gre’net

D’un côté, le parti du Front natio­nal hos­tile à l’ac­cueil des migrants de Calais en Isère ; de l’autre, des mili­tants anti­fas­cistes et anti­ra­cistes et le Parti com­mu­niste de Saint-Martin-d’Hères, pour qui accueillir les migrants est une évi­dence…

 

La ren­contre fron­tale entre ces deux camps était annon­cée, ce ven­dredi 4 novembre, pour 18 h 30, devant la mai­rie de Saint-Martin‑d’Hères. Mais le choc des oppo­sants n’a pas eu lieu… Vers 17 heures, Jean-Loup, mili­tant de Solidarités étu­diant-e‑s, a fait cir­cu­ler la nou­velle devant la biblio­thèque uni­ver­si­taire du cam­pus de Saint-Martin-d’Hères où les mili­tants pro-migrants étaient mas­sés : « Le FN a annulé et nous on est auto­ri­sés. »

 

L’annonce est confir­mée quelques minutes plus tard au micro. Le Front natio­nal a fait savoir dans un com­mu­ni­qué qu’il annu­lait, en effet, son ras­sem­ble­ment « compte tenu de deux mani­fes­ta­tions de l’ultragauche » et devant « le peu de garan­ties de sécu­rité pour [ses] mili­tants ».

 

Retour en images sur ces évé­ne­ments :

 

 

Réalisation : Joël Kermabon

 

 

« On est tous humain, on a tous droit à l’éducation, à la santé, à un logement »

 

 

Le FN a donc jeté l’é­ponge. Ce qui n’é­tait pas pour déplaire aux mili­tants en faveur d’un accueil digne pour les migrants de Calais en Isère et, en l’oc­cur­rence, sur le cam­pus uni­ver­si­taire de Saint-Martin-d’Hères… Les pro-migrants affi­chaient en outre des mines réjouies parce qu’ils étaient nom­breux pour un ven­dredi en fin d’a­près-midi. « Alors qu’en plus notre contre-manif s’est orga­ni­sée à l’ar­ra­ché en quelques jours, pen­dant les vacances, au gré aussi des ordres et contre-ordres de la pré­fec­ture », indi­quait une mili­tante.

 

Le cor­tège de plu­sieurs cen­taines de mili­tants décide donc, comme prévu, de se rendre devant la mai­rie de Saint-Martin-d’Hères. « Qu’il y ait une manif FN ou qu’elle soit annu­lée, c’est impor­tant de sou­te­nir les migrants, de les accueillir au mieux sur le site du cam­pus uni­ver­si­taire », déclare un cher­cheur du cam­pus, résu­mant là le sen­ti­ment géné­ral des mili­tants.

 

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Les Jeunes éco­lo­gistes, prêts pour la contre-manif FN. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

 

Des signes de franc sou­tien, les migrants de Calais et d’ailleurs n’en reçoivent, après tout, pas tous les jours. Quand ce n’est pas le contraire… Leur accueil sus­cite par­fois de la peur, voire de la vio­lence ou de la haine. A Saint-Hilaire-du-Rosier, des coups de feu ont ainsi été tirés, début octobre, sur les volets rou­lants et les fenêtres du lieu d’ac­cueil prévu pour les accueillir.

 

Une étu­diante dans la manif pousse ce cri d’in­di­gna­tion : « Je trouve que ce n’est pas nor­mal que des gens fassent une manif [celle par exemple que le FN a annu­lée, ndlr] contre des gens qui fuient la guerre et la misère […] On est tous humain, on a tous droit à l’é­du­ca­tion, à la santé, à un loge­ment. Il n’y a pas si long­temps, nos parents, grands-parents ont été concer­nés par les dépla­ce­ments. »

 

 

 

« L’argumentaire du FN repose uniquement sur la peur des immigrés »

 

 

Dans le ras­sem­ble­ment soli­daire avec les migrants de Calais, une kyrielle d’or­ga­ni­sa­tions de gauche et d’ex­trême gauche : les syn­di­cats CGT, FSU, Solidarités étu­diant-e‑s, Unef l’Union natio­nale lycéenne, les par­tis poli­tiques Lutte ouvrière, le PCF, les Jeunes éco­lo­gistes… et des asso­cia­tions comme Réseau de lutte contre le fas­cisme, Ras L’Front, La Patate chaude, Nuit debout Grenoble.

 

En dehors de quelques anar­chistes, qui ne pour­ront s’empêcher de taguer des abris bus sur leur pas­sage, le long cor­tège déam­bule tran­quille­ment, en scan­dant quelques slo­gans anti-FN, quelque peu écu­lés, du type : « F comme Fasciste, N comme Nazi. A bas, A bas, le Front natio­nal ». Jean-Loup, mili­tant à Solidaires étu­diant-e‑s, pousse un peu plus loin l’a­na­lyse : « L’argumentaire du FN repose uni­que­ment sur la peur des immi­grés, qui seraient des ter­ro­ristes… On ne peut pas lais­ser s’installer de telles idées […] Non, ce n’est pas aux réfu­giés de payer ce que font les États. »

 

Partie du cortège des militants en faveur d'un accueil digne des migrants de Calais. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Partie du cor­tège des mili­tants en faveur d’un accueil digne des migrants. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

 

Sur la même lon­gueur d’onde, ce senior adhé­rent de Lutte ouvrière pour­suit : « Ce qui fait fuir les migrants ? Ce sont les poli­tiques de guerre et de pillage de ces pays, et toutes les inter­ven­tions d’Hollande… Moins d’une cen­taine de migrants de Calais à accueillir en Isère ! On ne peut pas par­ler d’envahissement ! On a accueilli dans notre pays les boats people, les pieds noirs… Ils étaient bien plus nom­breux […] »

 

Pour cette biblio­thé­caire du cam­pus, syn­di­quée à la FSU, le FN est à côté de la plaque : « Les dis­cours racistes, hai­neux contre les migrants détournent des vraies ques­tions sociales, éco­no­miques, de la néces­sité de répar­tir les richesses. » Et de ques­tion­ner : « Alors, les mar­chan­dises cir­culent libre­ment à tra­vers le monde, mais pas les gens ? »

 

 

 

«  Nous allons rencontrer les migrants sur leur lieu de vie »

 

 

Sur le cam­pus de Saint-Martin-d’Hères, les migrants de Calais sont ins­tal­lés dans la tour Arpège. 52 ne sont là que depuis jeudi 3 novembre, tan­dis que 25 sont arri­vés la semaine der­nière.

 

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Vendredi 4 novembre, mani­fes­ta­tion de mili­tants pro-migrants se diri­geant vers la mai­rie de Saint-Martin-d’Hères © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Lucie est étu­diante et membre du Réseau édu­ca­tion sans fron­tières. Le réseau, déjà très actif sur le cam­pus pour aider les étu­diants étran­gers à régu­la­ri­ser leur situa­tion, à suivre les cours, etc., va aussi appor­ter son sou­tien aux nou­veaux arri­vants. « Nous avons lundi à 17 heures une réunion à Eve pour voir com­ment on peut répondre aux besoins des migrants, notam­ment en cours de fran­çais, accès aux soins, etc. » Toutes les bonnes volon­tés sont les bien­ve­nues.

 

Dans la mani­fes­ta­tion, il y a jus­te­ment Patricia L’écolier, copré­si­dente de l’Association de par­rai­nage répu­bli­cain des deman­deurs d’asile et de pro­tec­tion, qui défile au côté de Monique Vuaillat, du col­lec­tif Migrants en Isère. Celles-ci taclent d’abord le FN, qui a renoncé à sa manif – « un aveu de fai­blesse » – et réaf­firment leur ferme inten­tion d’ai­der les nou­veaux arri­vants à s’in­té­grer ici : « Nous allons ren­con­trer les migrants sur leur lieu de vie et peut-être leur trou­ver des par­rains ou mar­raines. »

 

 

 

« Il y a beaucoup d’humanisme partout en France »

 

 

Vers 18 heures, le défilé arrive à des­ti­na­tion : la mai­rie de Saint-Martin-d’Hères. D’autres mili­tants y sont déjà. Un aréo­page d’é­lus est éga­le­ment sur place, arbo­rant pour la plu­part une écharpe tri­co­lore. Parmi eux, le maire de Saint-Martin-d’Hères, David Queiros, ses conseillers et… de très nom­breux conseillers de la Métropole gre­no­bloise, ainsi que son pré­sident, Christophe Ferrari. Ils sortent tout juste d’un conseil métro­po­li­tain. « Nous sommes venus à l’ap­pel lancé par le maire de Fontaine, Jean-Paul Trovero, en fin de conseil, pour venir sou­te­nir le maire de Saint-Martin-d’Hères et les migrants », indique Hakim Sabri, conseiller métro­po­li­tain et adjoint à Grenoble.

 

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Lise Dumasy, pré­si­dente de l’Université Grenoble Alpes. A sa gauche, le maire de Saint-Martin-d’Hères, David Queiros. Manifestation pro-migrants ven­dredi 4 novembre 2016 © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Plusieurs prises de paroles se suc­cèdent avant la dis­si­pa­tion de la foule. Notons l’in­ter­ven­tion sym­bo­lique de Lise Dumasy, pré­si­dente de l’Université Grenoble-Alpes, où sont accueillis les migrants, et celle de l’infatigable Jo Briant, cofon­da­teur du Centre d’in­for­ma­tion inter peuples. Il ponc­tuera avec ces quelques mots : « Nous devons accueillir les migrants d’au­jourd’­hui, comme nous devons lut­ter pour la régu­la­ri­sa­tion des sans-papiers et de tous les migrants qui sont en France depuis trois, quatre ans, voire plus. »

 

Considérant le nombre de per­sonnes qui se sont dépla­cées en soli­da­rité avec les migrants, un mili­tant de Ras l’Front com­mente : « L’extrême droite fait beau­coup de bruit, mais on n’est pas du tout sur­pris qu’ils aient annulé… Et en réa­lité, sur le ter­rain, il y a beau­coup d’humanisme, par­tout en France. »

 

 

Séverine Cattiaux et Joël Kermabon

 

 

Grenoble Finaliste pour le concours de Capitale Verte
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Commentaires 2
  1. Les « Pro migrants », vu le pro­fil domi­nant des­dits « migrants », (90% de jeunes hommes qui n’ont rien à voir avec les réfu­giés Syriens), sont com­plices vou­loir favo­ri­ser en France et de vou­loir impo­ser à son peuple, l’ins­tal­la­tion de la « sou­mis­sion » (tra­duc­tion du mot « islam »). En dehors de la charge finan­çière que ces migrants repré­sentent pour les fran­çais, quelle est leur contri­bu­tion et leur apport au pays ? Au lieu de mani­fes­ter POUR cette immi­gra­tion impo­sée, il pour­rait être per­ti­nent d’employer votre éner­gie à inter­pel­ler les vrais responsables/coupables, à savoir : les élus (dépu­tés…) et fonc­tion­naires de l’Etat (ministres, magis­trats…), la struc­ture de l’UE, les béné­fi­ciaires (la finance, les mul­ti­na­tio­nales, l’Etat…), et divers…! cou­pables, par leur actes et manoeuvres, de spo­lier les pays d’o­ri­gine des­dits migrants. Commençons par trai­ter la racine, les feuilles et les fleurs se por­te­ront mieux…chez elles.
    Alors « d’jeunes étu­diants pro migrants », com­men­cez par apprendre à bien savoir poser le pro­blème, avant d’a­gi­ter vos « solu­tions » toutes faites, dont vous ne payez pas (encore) direc­te­ment la fac­ture…

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    • Figurez-vous que les pro-migrants posent les bons pro­blèmes depuis très long­temps.
      Ils parlent de la Françafrique, des guerres où la France n’a­vait rien à faire etc.
      Voyez-vous, être pro-migrants c’est recon­naitre le mal que les pays occi­den­taux font aux pays d’Afrique (merci les richesses du sous sol) ou du Moyen Orient et accueillir ceux qui souffrent par « notre » faute, enfin, la faute des gou­ver­nants occi­den­taux, fran­çais com­pris.
      Tous ces migrants avaient des métiers avant de fuir leur pays, ce serait fort dom­mage de se pas­ser de leur savoir faire. Souvent il n’y a qu’une petite adap­ta­tion à faire + l’ap­pren­tis­sage de la langue fran­çaise. Pôle Emploi se plaint que des mil­liers d’emplois ne sont pas pour­vus … alors ?

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