Pascal Clérotte : “La ville de Grenoble est gérée n’importe comment“

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ENTRETIEN – Le marché de la fête des Tuiles attribué à l’association Fusées est-il illégal ? Le projet Cœur de ville-Cœur de métropole pas conforme ? La hausse des tarifs du stationnement, illégale aussi ? Le rachat du siège du Crédit agricole douteux ? C’est ce qu’avance le groupe d’analyse métropolitain (Gam) qui, depuis 2013, se penche sur les décisions et comptes des collectivités locales. Et alerte. Pour ce groupe informel d’une vingtaine de citoyens grenoblois, qui entend promouvoir une gestion saine et transparente des collectivités, celle de la ville de Grenoble pose question. 

 

 

 

Pascal Clérotte, porte-parole du Gam, le groupe d'analyse métropolitain. Le Gam analyse les décisions et comptes des collectivités locales. Et pointe les erreurs de la gestion de la ville de Grenoble.

Pascal Clérotte, porte-parole du Gam, le groupe d’a­na­lyse métro­po­li­tain. © Patricia Cerinsek

Ils sont juriste, retraité, méde­cin, avo­cat, ouvrier, arti­san, ingé­nieur, fonc­tion­naire aussi… Depuis l’été 2013, une ving­taine de citoyens regrou­pés de manière infor­melle au sein du groupe d’analyse métro­po­li­tain (Gam) se penche sur les déci­sions et docu­ments offi­ciels des col­lec­ti­vi­tés de l’agglomération gre­no­bloise et épluche les comptes.

 

Leurs ana­lyses, publiées sur leur compte Facebook, sont publiques. A charge pour la classe poli­tique ou la société civile de s’en empa­rer. Car le Gam ne sai­sit pas les tri­bu­naux. Mais alerte. La majo­rité muni­ci­pale, les oppo­si­tions, le pré­fet, le par­quet, la chambre régio­nale des comptes.

 

Sur le modèle du think-thank Terra Nova, le Gam affiche son objec­tif : pro­mou­voir une ges­tion saine et trans­pa­rente des col­lec­ti­vi­tés en regrou­pant des citoyens de tous bords, droite, gauche, centre. Des mili­tants aussi, mais qui ne militent pas au sein du groupe. Et, sur­tout, pas d’élus.

 

Apolitique ? Non par­ti­san ? Depuis deux ans, le Gam est devenu le poil à grat­ter de la majo­rité muni­ci­pale gre­no­bloise. « Parce que c’est elle qui est aux manettes, et parce que c’est cri­ti­quable », se défend son porte-parole Pascal Clérotte. Ce citoyen gre­no­blois, ex-mili­tant*, consul­tant en intel­li­gence concur­ren­tielle pour un cabi­net de conseil amé­ri­cain et expert en opé­ra­tions et sécu­rité pour la Commission euro­péenne, ne mâche pas ses mots : « La ville de Grenoble est gérée n’importe com­ment. »

 

 

 

 

Le groupe d’analyse métropolitain s’est constitué de manière informelle, à l’été 2013, autour d’un groupe de citoyens. Quel est son objectif ?

 

Le but est de rendre com­pré­hen­sibles des déci­sions qui, en géné­ral, ont des jus­ti­fi­ca­tions très tech­niques, comme tout ce qui relève des mar­chés publics, de la ges­tion bud­gé­taire des villes. Le Gam fait des ana­lyses qui sont acces­sibles à tout le monde, sans se sub­sti­tuer à ce qui existe déjà. Toutes nos notes sont publiées sur Facebook, c’est notre seul moyen de publi­ca­tion.

 

Éric Piolle fait un tour sur les stands. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Fête des Tuiles 2016. © Joël Kermabon – Place Gre’net

On fait un tra­vail de citoyen, dans l’exercice du droit de gou­ver­nance et de contrôle. On dit ce qui ne va pas et on se base uni­que­ment sur des faits éta­blis de manière irré­fu­table.

 

Quand on ne sait pas, on pose des ques­tions, comme pour le rachat du siège de la caisse régio­nale du Crédit agri­cole** ou la fête des Tuiles***. On ne fait pas de pro­cès d’intention.

 

Et nous ne défer­rons pas. Nous esti­mons que les recours sont du rôle de l’opposition ou de la société civile. Contrairement à l’Ades [asso­cia­tion démo­cra­tie, éco­lo­gie, soli­da­rité, ndlr], nous ne sommes pas des mili­tants, ni des jus­ti­ciers. On n’est pas Avrillier ni Comparat. Et nous ne sommes pas non plus un nou­veau col­lec­tif gre­no­blois. On s’arrête à de l’analyse fac­tuelle : vous avez pris telle déci­sion, pour­quoi ? Vous avez fait ça, c’est illé­gal…

 

On veut juste rele­ver le niveau du débat. Les cam­pagnes élec­to­rales, c’est une chose. Quand vous êtes élus, il faut gérer. On n’est pas en cam­pagne per­ma­nente. Nous ne tra­vaillons pas contre les élus. Nous ne tra­vaillons pas non plus pour les élus. Nous contri­buons au débat.

 

 

Vous travaillez donc uniquement sur la base de documents officiels ?

 

On ana­lyse les déci­sions prises dans les col­lec­ti­vi­tés, que ce soit les com­munes ou la Métro. On se base donc sur des déli­bé­ra­tions ou des arrê­tés, sur des docu­ments offi­ciels publics. On nous donne par­fois des infor­ma­tions confi­den­tielles que l’on ne publie pas.

 

Les élus sont infor­més. On n’est pas par­ti­san. Quand on fait une note, elle part géné­ra­le­ment à la majo­rité comme à l’opposition, excep­tion faite du Front natio­nal. On trans­met aux par­tis que nous consi­dé­rons comme répu­bli­cains. Pour débattre et se com­battre, il faut être dans la même arène et donc par­ta­ger les mêmes prin­cipes.

 

Pascal Clérotte, porte-parole du Gam, le groupe d'analyse métropolitain. Le Gam analyse les décisions et comptes des collectivités locales. Et pointe les erreurs de la gestion de la ville de Grenoble.

Pascal Clérotte. © Patricia Cerinsek

Il y a la ges­tion des col­lec­ti­vi­tés d’un côté, le débat poli­tique de l’autre. Le Gam n’a pas à se sub­sti­tuer aux élus. Le débat poli­tique, c’est aux élus de le mener. S’ils ne le mènent pas, c’est aux élec­teurs de les tenir res­pon­sables.

 

Ce n’est pas une ques­tion de droite ou de gauche. S’ils ont des idées dif­fé­rentes, on se rend compte que les élus ont les mêmes com­por­te­ments. Une fois en place, ils refusent de rendre compte, ils ne connaissent pas les dos­siers… L’argent public, ils en font un peu n’importe quoi. Sans par­ler du clien­té­lisme.

 

Il n’y a pas de bonne démo­cra­tie, pas de bonne ges­tion d’une ville sans une bonne oppo­si­tion. Il ne s’agit pas de faire de l’opposition fron­tale à tout le monde mais d’agir sur l’environnement pour faire chan­ger les com­por­te­ments. C’est pour cela que la manœuvre poli­tique de la sai­sine de la CRC par les par­le­men­taires est légi­time.

On peut la cri­ti­quer, c’est une manœuvre poli­tique, mais elle est par­fai­te­ment hon­nête et pas dis­si­mu­lée, pour le coup.

 

 

Vous vous dites non partisan mais vous avez interpellé le maire de Grenoble à de nombreuses reprises : sur le dispositif d’interpellation et de votation citoyennes, sur la nouvelle grille de tarifs du stationnement, sur les conditions du rachat du siège du Crédit agricole*, sur la fête des Tuiles**… Vous avez aussi lancé une première pétition sur le projet Cœur de ville-Cœur de métropole, puis une seconde pour réclamer un audit des comptes de la ville… Faut-il y voir un “acharnement” ?

 

Non ! Simplement, c’est Eric Piolle qui est aux com­mandes ! Et on cri­tique parce que c’est cri­ti­quable. On s’occupe aussi de Saint-Martin‑d’Hères, Fontaine, Pont-de-Claix… Mais ces col­lec­ti­vi­tés sont beau­coup moins impor­tantes que Grenoble et, sur­tout, il y a beau­coup moins de bat­tage média­tique. Il n’y a pas ce rou­leau com­pres­seur de la com­mu­ni­ca­tion. Et n’oublions pas que Grenoble est la seule ville de l’agglomération qui risque la mise sous tutelle…

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