Les missions locales remontées contre le Département

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FOCUS – Les missions locales de l’Isère dénoncent avec force la baisse de 50 % de la participation du Conseil départemental à leur budget. Une diminution qui nuira, estiment-elles, à leur action, et menacerait onze emplois. Le département de l’Isère justifie, de son côté, cette mesure par un recentrage de ses compétences.

 

 

 

« Toutes les mis­sions locales de l’Isère alertent sur la sup­pres­sion des moyens du Conseil dépar­te­men­tal. » Tel est le mes­sage d’u­nité déli­vré par les mis­sions locales, en réac­tion à la coupe bud­gé­taire annon­cée. A savoir, la divi­sion par deux du bud­get qui leur est alloué par le Conseil dépar­te­men­tal de l’Isère. Les onze direc­teurs ou pré­si­dents des mis­sions locales concer­nées avaient ainsi fait le dépla­ce­ment devant les locaux du Département, ven­dredi 26 février.

 

Onze représentants des Missions Locales, devant le Conseil Départemental. ©Florent Mathieu - Place Gre'net

Onze repré­sen­tants des mis­sions locales, devant le Conseil dépar­te­men­tal. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Non seule­ment le bud­get de 700.000 euros, accordé aupa­ra­vant par le Conseil géné­ral, passe à 350.000 euros, mais il sera attri­bué en fonc­tion des pro­jets pro­po­sés par les dif­fé­rentes antennes. Leurs craintes ? Une ten­ta­tive de mise en concur­rence.

 

« Le Conseil dépar­te­men­tal consi­dère les mis­sions locales comme des pres­ta­taires de ser­vices et vote un bud­get de 350.000 euros qui seront alloués, en réponse à des appels à pro­jets et sans réelle cer­ti­tude de per­ce­voir ces mon­tants », sou­ligne les inté­res­sés.

 

Jean-Paul Gouttenoire, pré­sident de la mis­sion locale Isère Drac Vercors, pré­vient : « Chacun tra­vaille main dans la main et per­sonne ne man­quera à l’ap­pel. On est dans un rap­port una­nime : on n’ira pas en concur­rence les uns contre les autres ! » Le pré­sident pré­cise par ailleurs n’a­voir reçu aucun cahier des charges concer­nant les mis­sions qu’ac­cep­te­rait de finan­cer le Conseil dépar­te­men­tal. Et cela « à trois mois du début de l’exer­cice. »

 

 

 

Lutte contre l’assistanat ?

 

 

Le Conseil dépar­te­men­tal n’est pas, loin s’en faut, le pre­mier finan­ceur des mis­sions locales. L’État assure, à lui seul, le finan­ce­ment de 50 % de leur bud­get, secondé par la Région et les com­munes. Pour autant, les mis­sions locales de l’Isère consi­dèrent que la défec­tion bud­gé­taire du Conseil dépar­te­men­tal met en péril leurs actions en direc­tion des jeunes, et menace éga­le­ment onze emplois directs.

 

Les rai­sons de cette baisse ? Jean-Paul Gouttenoire y voit avant tout des pré­oc­cu­pa­tions idéo­lo­giques, une « nou­velle pos­ture poli­tique, en rup­ture avec ce qu’ils appellent l’as­sis­ta­nat. Mais si les jeunes que nous rece­vons étaient des assis­tés, on le sau­rait ! »

 

« Ce sont 25.400 jeunes accom­pa­gnés en Isère, dont 14.500 accèdent à un emploi, à une for­ma­tion grâce à notre réseau d’en­tre­prises et de par­te­naires, détaillent par ailleurs les mis­sions locales dans un com­mu­ni­qué. Elles pré­cisent : « Les conseillers assurent un enca­dre­ment col­lec­tif sous forme d’a­te­liers ou d’en­tre­tiens indi­vi­duels, selon un rythme régu­lier et décidé avec le jeune. »

 

 

 

Appel du Département à « l’effort partagé »

 

 

Si le Conseil dépar­te­men­tal n’a pas donné suite à nos demandes d’en­tre­tien, son pré­sident Jean-Pierre Barbier a expli­qué, ce 1er mars dans le Dauphiné Libéré, que « le finan­ce­ment des mis­sions locales [n’était] pas une com­pé­tence obli­ga­toire du Département ». Un argu­ment déjà mis en avant lorsque la nou­velle équipe dépar­te­men­tale avait, en mai 2015, annulé sa par­ti­ci­pa­tion de 93.000 euros à la construc­tion du centre d’hé­ber­ge­ment du Rondeau.

 

Jean-Pierre Barbier. © Joël Kermabon - placegrenet.fr

Jean-Pierre Barbier. © Joël Kermabon – placegrenet.fr

Jean-Pierre Barbier estime par ailleurs, contrai­re­ment à ce qu’af­firment les repré­sen­tants des mis­sions locales, que « ces baisses peuvent être com­pen­sées par des éco­no­mies de fonc­tion­ne­ment sans sup­pres­sions d’emplois impu­tables au seul Département. » Il appelle donc les mis­sions locales à par­ti­ci­per à l”« effort par­tagé ». Tout en affir­mant que le « dia­logue est main­tenu et se veut construc­tif ».

 

Reste qu’il serait auda­cieux d’é­va­cuer tota­le­ment la dimen­sion poli­ti­cienne de l’af­faire, alors que la majo­rité Les Républicains et divers droite du Conseil dépar­te­men­tal ne cesse d’af­fi­cher son désir de rup­ture idéo­lo­gique ou bud­gé­taire avec l’an­cienne équipe de gauche. Or, Jean-Paul Gouttenoire, à titre d’exemple, est l’an­cien maire PS (battu en 2014) de Lans-en-Vercors. Quant à la pré­si­dente de la mis­sion locale de Grenoble, Maryvonne Boileau (EELV), elle vient d’être nom­mée, le 29 février, conseillère muni­ci­pale délé­guée, en charge de la poli­tique de la Ville à Grenoble.

 

On peut éga­le­ment se deman­der si les forts soup­çons de clien­té­lisme qui ont plané sur cer­taines mis­sions locales n’ont pas pesé sur la déci­sion. Sans par­ler du “scan­dale Abderrahmane Djellal”, du nom de l’an­cien pré­sident de la mis­sion locale de Grenoble et ex-adjoint à l’emploi, à l’économie, à la recherche, l’insertion et la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle. Celui-ci a en effet été condamné le 12 jan­vier der­nier pour le double rem­bour­se­ment de frais de mis­sions, à la fois par la Ville et par la mis­sion locale, et ce pen­dant trois ans.

 

 

Florent Mathieu

 

 

 

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Commentaires 3
  1. Ping : Michel Abhervé » Blog Archive » Le conseil départemetal de l'Isère veut diviser par deux son financement aux Missions locales, et passer de la subvention à l'appel à projets

  2. Je ne com­prends pas le der­nier para­graphe de cet article, si ce n’est pour dédoua­ner le conseil dépar­te­men­tal de sa déci­sion de bais­ser de moi­tié la sub­ven­tion accor­dée aux mis­sions locales. Ou j’ai mal lu mais l’ar­ticle qui ren­voie sur « le clien­té­lisme », mais il parle du mal être des sala­riés, pas de clien­té­lisme.
    Le “scan­dale Abderrahmane Djellal”, c’est de l’his­toire ancienne, il a été jugé et condamné.
    Les 2 articles anciens en lien datent de … 2014

    Non, la baisse des sub­ven­tions vient bien du désir du conseil dépar­te­men­tal de se désen­ga­ger du sec­teur social, alors que l’aide sociale à l’en­fance est bien dans ses attri­bu­tions. C’est ainsi que, par exemple, il n’at­tri­bue plus d’aide pécu­niaire aux familles étran­gères, même avec des petits enfants. Elles n’ont qua­si­ment plus droit à une assis­tante sociale.

    C’est du même ordre que la baisse des sub­ven­tions pour les édu­ca­teurs de rue. Le conseil dépar­te­men­tal pré­fère payer des camé­ras que des gens, des humains, qui s’oc­cupent uti­le­ment des jeunes en dif­fi­cul­tés. C’est une concep­tion dis­cri­mi­nante de ses fonc­tions et sur­tout ne pas faire de pré­ven­tion.

    Le conseil dépar­te­men­tal consent à don­ner de l’argent sur des pro­jets ? com­ment faire des pro­jets si le fonc­tion­ne­ment n’est pas assuré ?

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    • MB

      03/03/2016
      1:48

      Bonsoir Caro,
      Il ne s’a­git pas de « dédoua­ner » le conseil dépar­te­men­tal mais sim­ple­ment de rap­pe­ler des faits qui ont peut-être pesé dans la balance. Pour ce qui est du lien, vous avez rai­son, l’ar­ticle en ques­tion y fai­sait juste allu­sion. Nous avons donc ren­voyé sur un autre article, celui sur « Les rai­sons de la colère ». Il y est notam­ment fait men­tion de la poli­tique clien­té­liste de la part d’élus. Enfin, pour ce qui est d’Abderrahmane Djellal, il vient tout juste d’être jugé, en jan­vier der­nier. Ce n’est donc pas, à notre sens, de l”« his­toire ancienne ».

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