Abeilles et nuciculture: l’impossible cohabitation ?

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Internationaux de France de patinage du 1er au 3 novembre 2019 à Grenoble

En discutant dans le cadre de mes responsabilités associatives de Président de la Frapna-Isère avec mon homologue d’un important syndicat d’apiculteurs isérois, j’ai acquis la certitude que dans la vallée du Grésivaudan Sud entre Tullins et Saint Marcellin, là où la plantation des noyers a explosé ces dernières années, l’arrivée d’un ravageur venu des États-Unis, la mouche du brou, ne traumatisait pas seulement les nuciculteurs. Il impactait gravement les colonies d’abeilles, du fait de l’usage intensif des produits phytosanitaires contre ce ravageur venu d’ailleurs.

 
 
Ruche abeille en vol et noix avec pesticides Frapna pollen

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Des témoignages inquiétants
 
Via notre réseau sentinelles, les témoignages s’accumulaient de personnes inquiètes des conséquences de ces traitements et incapables de savoir exactement ce qui se tramait réellement entre les rangs de noyers. Des piscines pour enfants à l’eau devenue d’un bleu France douteux après des traitements nocturnes, des plans d’épandage ordonnés par l’administration illisibles pour les habitants concernés, des brassées d’abeilles retrouvées au pied des ruches, un médecin qui, sous couvert de secret professionnel, évoquait un surcroît de maladies respiratoires depuis le démarrage des traitements « obligatoires »…
 
 
Un malaise généralisé dès que le sujet est abordé
 
Bref, un sujet suffisamment grave, sur lequel planait l’étrange impression d’un malaise généralisé. Voire d’une possible omerta, comme souvent en France dès que l’on évoque l’usage des pesticides et leurs effets sur la santé. Encore marqué par l’impact médiatique considérable qu’avait eu, quelques années auparavant, le film de Jean-Paul Jaud « Nos enfants nous accuserons », j’avais souvenir de ces questionnements angoissés et souvent sans réponse, lors des séances de cinéma qui s’organisaient la plupart du temps spontanément dans les plus petites villes.
 
Ruche abeilles et noix avec pesticides Frapna vol

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J’avais également été frappé par la sincérité des agriculteurs, doublement victimes de ces produits phytosanitaires : non seulement ils étaient devenus dépendants de cette agrochimie, mais ils subissaient sournoisement, dans leur propre chair, ses effets désastreux, tout en devant répondre aux accusations régulières qui leur sont faites d’empoisonner leurs concitoyens qu’ils ont mission de nourrir.
 
D’où l’idée de profiter de l’audience du festival l’Avenir au naturel de l’Albenc, région nucicole par excellence, pour organiser une conférence-débat réunissant publiquement et sans doute pour la première fois tous les acteurs concernés par le problème. Mais encore fallait-il les convaincre, en particulier les nuciculteurs, qu’ils ne tomberaient pas dans un guet-apens où ils seraient mis à priori en accusation, voire cloués au pilori.
 
Avec mon ami apiculteur, nous avons élaboré avec soin cette conférence, en décidant de nous mettre à la place de ce valeureux insecte communautaire, pollinisateur infatigable, auxiliaire irremplaçable d’une agriculture qui devenait paradoxalement son possible bourreau. Nous comptions sur le formidable capital sympathie de ce petit animal, et notre intuition fut récompensée.
 
Véritable bio-indicateur du bon état des milieux, il n’avait échappé à personne l’information estivale, venue de la côte ouest des États-Unis, où le sort des abeilles était passé du stade d’inquiétude majeure à celui de désastre, devant la généralisation de ce terrible syndrome « d’effondrement des colonies ».
 
 
 
Ruche abeilles et noix avec pesticides Frapna

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Nous prîmes le parti de ne pas être exagérément alarmiste, ni de poser des questions par avance orientées pipant instantanément les dés d’un débat nécessaire. L’enjeu était aussi de démontrer que les défenseurs de l’environnement, contrairement à une idée reçue, ne sont pas les ennemis des agriculteurs, mais avant tout des animateurs rigoureux d’un débat honnête et équilibré, tout en étant sans concession. Et que les agriculteurs ne sont pas les ennemis de l’environnement, principalement lorsqu’ils sont confrontés, comme c’était le cas en présence de ce ravageur à des traitements obligatoires, avec tous leurs excès et leurs paradoxes : on protège l’industrie du noyer et on fragilise l’apiculture. Et l’on n’évoque jamais les conséquences potentielles sur la santé humaine !
 
 
Un succès inespéré
 
 
Chambre d’agriculture, syndicats des nuciculteurs professionnel et des apiculteurs de Rhône-Alpes, station expérimentale nucicole, association de protection de la nature… Tous jouèrent le jeu. Même les politiques traditionnellement présents pour ce grand rendez-vous médiatique n’avaient pas raté ce moment d’échange, rare et indispensable dans une société aussi clivée que la nôtre.
 
Il faut dire qu’ils étaient porteurs de bonnes nouvelles par les voix concordantes de la députée de la circonscription Michèle Bonneton et du conseiller régional Gérard Leras. Et ces bonnes nouvelles résument bien l’enjeu du changement réglementaire qui devrait être effectif pour la prochaine saison nucicole :
« La lutte contre la mouche du brou de la noix (Rhagoletis Completa Cresson), insecte considéré comme nuisible et classé « parasite de quarantaine », est obligatoire depuis 13 ans et imposée par arrêtés préfectoraux. »
 
Michèle Bonneton députée de l'Isère dans une noyeraie abeilles et noix avec pesticides Frapna

Michèle Bonneton, députée de l’Isère dans une noyeraie.
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Compte tenu de l’état de la dissémination actuelle de cet organisme, du plan Ecophyto de réduction de l’usage des pesticides et des problèmes liés aux traitements contre la mouche du brou, ingénieurs, techniciens et responsables agricoles ont fourni au ministère un dossier très complet pour demander le déclassement en « annexe B » de cet insecte.
 
Grâce à ce déclassement, un certain nombre de traitements obligatoires contre cet insecte ne seront plus imposés systématiquement sur toutes les surfaces de la noyeraie. Cela permettra de limiter leur usage aux surfaces où la présence de mouche du brou a été effectivement détectée par piégeage. Ces traitements pourront se faire avec toute spécialité autorisée, dès la campagne 2014.
 
Ce changement sera bon pour la santé des agriculteurs et pour leurs finances, il sera bon pour la santé des riverains, des abeilles et pour la qualité des relations entre tous. Il est le résultat d’un travail technique très sérieux, et de dialogue et d’écoute constructive entre toutes les parties prenantes.
 
En ces temps de débat environnemental « troublé », j’avais envie de partager cette nouvelle rassurante pour tous. Je vous conseille néanmoins d’aller un peu plus loin, en prenant le temps de lire le texte complet de cette conférence. Vous découvrirez la difficulté de travailler avec le vivant et ce que signifie « intelligence collective » en action. Sans dogmatisme mais avec beaucoup de pragmatisme.
 
Francis Meneu
 
 
 Pour en savoir plus : télécharger l’intégralité du texte de la conférence en PDF.
 
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