REPORTAGE – Entre 850 et 2 000 personnes (selon les estimations) ont défilé entre le parc Paul-Mistral et la Presqu’île scientifique de Grenoble, samedi 6 avril 2024, à l’appel du collectif STop Micro. Organisée dans le cadre d’un grand week-end de mobilisation, sous le mot d’ordre « De l’eau, pas des puces », la manifestation visait à protester contre le projet d’extension de l’usine STMicroelectronics de Crolles, mais aussi, plus largement, contre l’accaparement des ressources par les industriels de la microélectronique.
« ST casse-toi, Grenoble n’est pas à toi ! » ; « Résistance face au tsunami numérique » ; « Le monde de la tech assèche nos montagnes » ou même « La french tech au service d’Israël« … Les slogans comme les banderoles traduisaient la vaste palette de revendications des 850 à 2 000 manifestants1selon la police ou les organisateurs défilant, samedi 6 avril 2024, jusqu’à la Presqu’île scientifique de Grenoble, sous le mot d’ordre « De l’eau, pas des puces« .

Entre 850 (selon la police) et 2 000 (selon les organisateurs) manifestants ont défilé à Grenoble, sous le mot d’ordre « De l’eau, pas des puces », samedi 6 avril 2024, à l’appel du collectif STop Micro. © Manuel Pavard – Place Gre’net
La manifestation constituait le point d’orgue d’un grand week-end de mobilisation organisé par le collectif STop Micro, au lendemain d’une journée d’ateliers et conférences, et à la veille d’un rassemblement à Crolles. La cible ? L’accaparement des ressources par l’industrie de la microélectronique, la « vie connectée« , et plus précisement, les projets d’extension de STMicroelectronics et de sa voisine Soitec, dans le Grésivaudan.
La première manifestation arrivant à la Presqu’île scientifique
C’est d’ailleurs devant le site de recherche et développement (R&D) grenoblois de STMicroelectronics que s’achevait le défilé, rue Jules-Horowitz. Un parcours qualifié à la fois de « symbolique et historique » par les organisateurs. C’était en effet « la première fois qu’une manifestation [arrivait] au cœur de la Presqu’île scientifique« , a souligné un militant au mégaphone.

Pour la première fois, une manifestation s’achevait au cœur de la Presqu’île scientifique, devant le site de R&D de STMicroelectronics. © Manuel Pavard – Place Gre’net
Avant cela, les manifestants s’étaient retrouvés à partir de midi au parc Paul-Mistral, où l’affluence a gonflé progressivement jusqu’au départ, aux alentours de 14 h 30. Le cortège s’est alors élancé pour une longue marche traversant une bonne partie de la ville, sous un chaud soleil et dans une atmosphère festive, sans incident majeur.

Des militants ont accroché en hauteur de larges banderoles rouges tout au long du parcours. © Manuel Pavard – Place Gre’net
Une foule hétéroclite, avec des familles et enfants côtoyant des militants écologistes chevronnés. Tous animés d’une volonté commune de « refuser la course à l’innovation mortifère, le gaspillage de l’eau et des ressources par des industries produisant des gadgets inutiles, et parfois dangereux, mais vivant sous perfusion d’argent public« , comme l’a synthétisé Marion, manifestante trentenaire.
« Minatec, c’est le “seigneur des nanos”, qui protège la porte d’entrée du Mordor de la tech grenobloise, la Presqu’île scientifique.«
Si les principes globaux de la lutte étaient largement partagés, chacun ou chacune avançait ses propres raisons pour expliquer sa présence. « La consommation d’eau de ST, après l’agrandissement, c’est huit piscines olympiques ! Et à côté de ça, on ne peut pas arroser nos potagers quand on veut, les agriculteurs manquent d’eau« , s’indigne Jérôme.
« C’est à la fois scandaleux et totalement anachronique d’en être encore là à cette époque, où on parle pourtant tous les jours de la sécheresse, de la fonte des glaciers, du réchauffement climatique« , abonde Marianne, mère de famille, qui « [s’]inquiète aussi pour [ses] enfants. Ca fait un peu cliché de dire ça mais ce n’est vraiment pas le monde que j’ai envie de leur laisser« , lance la jeune femme, tout en jetant un regard à ses deux fils.

Certains lieux particulièrement symboliques ont été spécifiquement visés par les slogans et banderoles des manifestants. © Manuel Pavard – Place Gre’net
Sur le parcours, des militants ont d’ailleurs dressé et accroché de larges banderoles très parlantes, à l’image de la phrase s’affichant au-dessus du cours Berriat : « Vous êtes à un carrefour de l’histoire. Continuez tout droit ? » D’autres slogans ciblaient plus spécifiquement les lieux figurant sur le tracé. Exemples : « Gem + ST = capitalisme écocidaire » ou « World Traître Center« , respectivement devant Grenoble école de management et le World Trade Center.
Arrivé devant Minatec, à l’entrée de la Presqu’île scientifique, le cortège a effectué une halte, le temps d’un discours cinglant et offensif. « Minatec, c’est le “seigneur des nanos”, qui protège la porte d’entrée du Mordor de la tech grenobloise, la Presqu’île scientifique« , a ironisé un militant, déguisé en « prophète du Dieu Progrès« .
À quelques encablures du centre de R&D de STMicroelectronics
Remontant la rue des Martyrs, les manifestants sont ensuite passés devant le CEA, que certains ont invité à « jeter à la poubelle avec ST« , avant de déboucher sur la rue Jules-Horowitz, barrée par un cordon de CRS, à quelques encablures de l’entrée du centre de R&D de STMicroelectronics.

Le cortège a rassemblé de nombreuses générations, mêlant familles et militants écologistes reconnus de la cuvette grenobloise. © Manuel Pavard – Place Gre’net
La déclaration en préfecture autorisait théoriquement la manifestation à s’approcher un peu plus près du bâtiment du fabricant de semi-conducteurs, mais les autorités policières ont invoqué « des dégradations » – en l’occurrence des tags et accrochages de banderoles imprévus – pour justifier leur refus, interdisant à la foule d’avancer davantage.

Un comité d’accueil, sous forme de cordon CRS, attendait les manifestants à l’arrivée du cortège devant le site de ST. © Manuel Pavard – Place Gre’net
Qu’à cela ne tienne, après un face-à-face avec les policiers, les militants se sont donné rendez-vous pour la suite de la mobilisation, le lendemain. Dimanche 7 avril, un grand rassemblement est prévu dans le parc Jean-Claude-Paturel, à Crolles. Au programme : débats, table ronde, « visite guidée du Mordor« … Et pour finir en beauté, la remise des “Greenwashing Trophies 2024” aux « meilleures innovations de greenwashing » de STMicroelectronics et Soitec.










6 réflexions sur « « De l’eau, pas des puces » : 850 à 2 000 manifestants contre la microélectronique jusqu’à la Presqu’île scientifique de Grenoble »
Certes, difficile de vivre sans smartphone, bluetooth, télés, ordis, etc. Mais cela ne doit pas empêcher d’avoir une réflexion sur, d’une part, notre dépendance à ces outils et les moyens de la réduire; et d’autre part, l’impact écologique majeur de leur production. L’eau n’est plus une ressource abondante comme il y a 30 ans, et les conso annoncées pour l’extension de ST sont gigantesques.
Les micros sans fils et enceintes utilisés par les manifestants contiennent des amplificateurs audio fabriqués par STMicro.
Qu’on arrete ces dangereux complices de la tech !
Les écolos-contestatires ne connaissent que le verbe « interdire ».
Alors qu’ils abandonnent leur téléphone mobile (on en voit sur les photos ci dessus!), leur TV écran plat, les ABS+GPS de leur bagnole, leur box, etc… Qu’ils retournent à la charrue ou à la mine !
Mais la lucidité ne les étouffent pas…
Et les puces de leur téléphone elles ont poussé dans leur jardin ?
Quelle bande d’hypocrites !
Les fresques du marché de l’estacade dégradées par ces olibrius sans parler des innombrables tags sur les façades. Quelle honte !
Comme disait Coluche, ça se vendrait pas si personne n’en achetait. La solution est entre les mains de ces personnes qui manifestent : arrêtez de participer à cette société numérique et balancez tous vos produits ayant des puces dedans ou en ayant eu besoin.
Oui c’est affreux que toute l’agglomération vive des retombées de cette industrie, sans doute la plus importante du siècle actuel et la plus convoitée par la dictature chinoise. Laissons les la prendre.
C’était tellement mieux avant : les tanneries, les mines de charbon de la Mure, la chimie, la papeterie, la cimenterie, toutes ces activités si douces pour les hommes et la nature.
Quand je pense que déjà on entendait dire « je ne veux pas de ce monde pour mes enfants », quel manque de clairvoyance.