Manifestation du 20 février à Grenoble : entre échauffourées et mobilisation des bistrots

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FOCUS – Une nouvelle journée de manifestation contre la réforme des retraites a eu lieu ce jeudi 20 février à l’appel de l’intersyndicale, à laquelle s’est joint un groupement de bistrots grenoblois. Elle s’est finie sur des échauffourées, place Verdun. Bilan : plusieurs blessés et une interpellation.

 

 

C’était une mani­fes­ta­tion qui res­sem­blait à toutes les autres. Après un départ légè­re­ment en retard, celle-ci a pris le par­cours clas­sique de la gare à la place de Verdun, en pas­sant par le bou­le­vard Gambetta et la rue Lesdiguières. Avec 4 000 per­sonnes selon la CGT, 1 900 selon la police.

 

Le cortège étudiants-lycéens était encore bien présent dans la manifestation ce jeudi 20 février. © Anissa Duport-Levanti - Place Gre'net

Le cor­tège étu­diants-lycéens était encore bien pré­sent dans la mani­fes­ta­tion ce jeudi 20 février. © Anissa Duport-Levanti – Place Gre’net

 

Cette nou­velle mobi­li­sa­tion contre la réforme des retraites regrou­pait comme à l’accoutumée des étu­diants, des retrai­tés et des sala­riés de tous sec­teurs. Les avo­cats en grève ont notam­ment mar­qué les esprits, avec leur cer­cueil gran­deur nature et leur gerbe de condo­léances.

 

Les avocats en grève du barreau de Grenoble ont défilé avec cercueil et gerbe de fleurs ce jeudi 20 février. © Anissa Duport-Levanti - Place Gre'net

Les avo­cats en grève du bar­reau de Grenoble ont défilé avec cer­cueil et gerbe de fleurs ce jeudi 20 février. © Anissa Duport-Levanti – Place Gre’net

 

DES SALARIÉS DE LA RESTAURATION MOBILISÉS

 

La mani­fes­ta­tion a, une nou­velle fois, per­turbé la cir­cu­la­tion dans la mati­née. De quoi aga­cer les com­mer­çants ? Pas tous, en tout cas. Un regrou­pe­ment de gérants de bis­trots et de tra­vailleurs de la res­tau­ra­tion s’est même joint au cor­tège.

 

A Saint Bruno. DR

« On ne fait pas que râler sur notre chiffre d’affaires. Nous aussi, on est concer­nés par cette réforme », explique Sarah, du bar À Saint Bruno. En effet, les métiers de la res­tau­ra­tion ont des ampli­tudes horaires impor­tantes. Ils sont aussi très concer­nés par la pré­ca­rité, avec beau­coup de contrats courts et des salaires peu éle­vés.

 

Un sou­tien de la pre­mière heure

 

Ils avaient donc sou­tenu le mou­ve­ment dès le pre­mier jeudi de grève. « Nous nous sommes mobi­li­sés conjoin­te­ment, mais nous avons agi cha­cun à notre manière », explique Ludo, du bar Le Saint Bruno. « Personnellement, nous avons choisi de sou­te­nir les caisses de grèves en fai­sant à man­ger pour les che­mi­nots », ajoute-t-il.

 

D’autres bars et bis­trots ont reversé une par­tie de leur chiffre d’affaires aux caisses de grèves. In fine, le but de leur par­ti­ci­pa­tion au mou­ve­ment était double. D’une part, redire col­lec­ti­ve­ment leur atta­che­ment au sys­tème par répar­ti­tion. D’autre part : réaf­fir­mer « [leur] confiance dans les actions de grèves et de blo­cage de l’économie comme moyen prin­ci­pal de peser dans le rap­port de force face à la classe domi­nante et ses pro­jets de société. »

 

Les bars-res­tau­rants et bis­trots par­ti­ci­pants : La Crique Sud, le Café-Vélo,  Saint-Bruno, le Ptit Labo, le Coq-Tail, le TranKilou, et la Passoire.

 

La mani­fes­ta­tion est arri­vée jusqu’à la pré­fec­ture, place de Verdun, dans le calme et la convi­via­lité, comme c’est sou­vent le cas à Grenoble. Toutefois, des échauf­fou­rées avec les forces de l’ordre ont eu lieu vers 12 h 30 au centre de la place, alors que les mani­fes­tants y étaient regrou­pés et déjeu­naient.

 

Un cordon de police protège le commissariat de police de Grenoble. © Joël Kermabon - Place Gre'net

La Commune est à Nous accuse les forces de l’ordre de vio­lences « dis­pro­por­tion­nées ». © Joël Kermabon – Place Gre’net

Un homme de 22 ans a été inter­pellé. Côté forces de l’ordre, neufs fonc­tion­naires ont été légè­re­ment bles­sés dans l’altercation, affirment les ser­vices de police. La Commune est à Nous dit, pour sa part, comp­ter deux bles­sés parmi ses colis­tiers. Dont l’un a dû être trans­féré à la Clinique mutua­liste.

 

 

Deux versions

 

Selon les ser­vices de police, un jeune homme aurait « copieu­se­ment insulté » des poli­ciers en marge de la mani­fes­ta­tion sur la fin du par­cours. Il se serait ensuite réfu­gié dans la foule, mas­sée sur la place, afin d’éviter d’être arrêté. Les poli­ciers l’auraient donc suivi pour l’interpeller. Ce qui a déclen­ché des échauf­fou­rées avec les mani­fes­tants pré­sents.

 

Côté mani­fes­tants, c’est l’incompréhension. La Commune est à Nous affirme avoir assisté à « une inter­ven­tion tota­le­ment inat­ten­due » des forces de l’ordre. Selon leur com­mu­ni­qué de presse : « Des poli­ciers ont sou­dai­ne­ment surgi au milieu de la foule et ont bru­ta­le­ment pla­qué des mani­fes­tants au sol sans que per­sonne n’en com­prenne ni les rai­sons, ni les méthodes. »

 

Voici une vidéo fil­mée place Verdun alors que l’in­ter­pel­la­tion avait déjà com­mencé :

 

 

 

Deux colistiers blessés

 

Yves Delmonte, pom­pier pro­fes­sion­nel à la retraite de 63 ans et colis­tier de La Commune est à Nous, témoigne de la scène : « On a vu un jeune cou­rir avec deux poli­ciers qui le sui­vaient et qui l’ont pla­qué vio­lem­ment au sol. Il était sur le ventre et il avait l’air d’é­touf­fer. Face à cette vio­lence, plu­sieurs per­sonnes sont inter­ve­nues, dont moi, on a crié d’ar­rê­ter parce qu’il y a quand même des gens qui sont morts de cette manière récem­ment… Il n’y avait aucune pos­si­bi­lité de dis­cu­ter. J’ai essayé de le tirer, de lui por­ter secours, et ensuite il y a eu une bous­cu­lade. D’autres CRS sont arri­vés, cas­qués avec des bou­cliers. Ils ont com­mencé à pous­ser le groupe qui s’é­tait formé, à matra­quer et à gazer. C’est là que j’ai reçu un coup sur l’é­paule. »

 

Pierre Saccoman et Yves Delmonte, victimes de violences policières à la fin de la manifestation du 20 février contre les retraites à Grenoble, vendredi 21 février 2020. © Séverine Cattiaux - Place Gre'net

Pierre Saccoman et Yves Delmonte, deux colis­tiers de La Commune est à Nous. Ils s’es­timent vic­times de vio­lences poli­cières suite à l’é­chauf­fou­rée en fin de mani­fes­ta­tion, le 20 février 2020. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

 

Il assure n’a­voir agressé per­sonne et juge la vio­lence pour inter­pel­ler le jeune homme comme « une faute pro­fes­sion­nelle ». Yves Delmonte a ensuite été admis à la Clinique mutua­liste. On lui a diag­nos­ti­qué une dis­jonc­tion de la cla­vi­cule néces­si­tant plu­sieurs semaines d’immobilisation. Il était ce matin à la pré­sen­ta­tion des colis­tiers de La Commune est à Nous avec le bras en écharpe.

 

 

Atteinte au droit de manifester ?

 

D’autre part, Pierre Saccoman, ancien cher­cheur au CNRS âgé de 79 ans, aurait lui reçu une gre­nade lacry­mo­gène dans le ventre. Deux autres auraient éga­le­ment été « vic­times de pro­jec­tions au visage et aux yeux de gaz lacry­mo­gène. »

 

La Commune est à Nous affirme qu’aucune de ces quatre per­sonnes n’a com­mis de geste agres­sif envers les fonc­tion­naires de police. La liste dénonce des « vio­lences poli­cières dis­pro­por­tion­nées » qui seraient « des atteintes inad­mis­sibles à la liberté de mani­fes­ta­tion et de ras­sem­ble­ment ». Aucune plainte n’a pour l’instant été dépo­sée.

 

La Commune est à Nous demande à être reçue par le pré­fet afin qu’il s’explique sur ces vio­lences. Les ser­vices de police se sont refu­sés à tout com­men­taire sur cette affaire.

 

Anissa Duport-Levanti

 

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