Les personnels de l'Éducation nationale appelés au rassemblement devant le Rectorat de Grenoble mercredi 24 juin

Profs en colère : des actions choc à Grenoble contre les réformes des retraites et du baccalauréat

Profs en colère : des actions choc à Grenoble contre les réformes des retraites et du baccalauréat

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REPORTAGE VIDÉO – Ce mercredi 15 janvier, 300 professeurs et parents d’élèves ont bruyamment protesté contre les réformes des retraites et du baccalauréat devant le rectorat de Grenoble. Se sentant « méprisés » après des mois de manifestations infructueuses, les syndicats tenaient ainsi à amplifier la mobilisation pour obtenir les retraits des deux réformes. 

 

 

Réformes des retraites et du baccalauréat. Des livres suagés empilés devant l'entrée du rectorat. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Des livres usa­gés empi­lés devant l’en­trée du rec­to­rat. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Devant l’en­trée du rec­to­rat, des piles de manuels sco­laires deve­nus inutiles suite à la réforme du bac­ca­lau­réat entourent un cer­cueil noir frappé d’un « Blanquer m’a tuer (sic) ». Côté l’am­biance, un tin­ta­marre assour­dis­sant de per­cus­sions et de cas­se­roles. « À l’éducation natio­nale, en Isère, on passe le gou­ver­ne­ment à la cas­se­role ! », avaient invité col­lec­tifs et inter­syn­di­cale1CGT éduc’ac­tion, CNT, FSU, Stylos rouges, Snalc, FO, Pas, UNL, Sud édu­ca­tion et le col­lec­tif Défense édu­ca­tion 38 dans le tract appe­lant à la mobilisation.

 

Ce mer­credi 15 jan­vier en début d’a­près-midi, près de 300 pro­fes­seurs et parents d’é­lèves se sont ainsi ras­sem­blés sous les fenêtres du rec­to­rat de Grenoble. L’objectif ? Principalement main­te­nir la pres­sion sur le gou­ver­ne­ment pour obte­nir le retrait des réformes des retraites et du baccalauréat.

 

Retour en images sur ce nou­veau ras­sem­ble­ment qui s’est achevé dans les locaux de la Direction aca­dé­mique des ser­vices de l’Éducation natio­nale de la cité administrative.

 

 

Retraites de misère, réforme de la fonc­tion publique, pres­sions hiérarchiques, dégradations des condi­tions de tra­vail, E3C. Mais aussi réformes des lycées généraux, tech­no­lo­giques et pro­fes­sion­nels, “évaluationite”, inclu­sion sans les moyens… Les ensei­gnants, grévistes et non grévistes, en ont « ras le bol ».

 

 

Les enseignants réclament l’abandon des réformes

 

Après des mois de mobi­li­sa­tion et de mani­fes­ta­tions infruc­tueuses, ces pro­fes­sion­nels de l’é­du­ca­tion estiment qu’on ne les entend pas et se sentent « aban­don­nés, délais­sés ». « Depuis le sui­cide de Christine Renon, on parle beau­coup des condi­tions de tra­vail qui se dégradent dans l’Éducation natio­nale. Mais les mots ne suf­fisent pas ! », s’in­surge l’intersyndicale. 

 

Que demandent les ensei­gnants en colère ? Ni plus, ni moins que le retrait de la réforme des retraites et le report, si ce n’est l’a­ban­don, du contrôle continu intro­duit par la réforme du bac­ca­lau­réat. Anne-Marie Guillaume, du Snes-FSU, revient sur l’en­semble de ces reven­di­ca­tions au micro de Place Gre’net.

 

 

 

« Nous sommes tout seuls pour gérer trop de problèmes »

 

La dégra­da­tion des condi­tions de tra­vail reste éga­le­ment au cœur des pré­oc­cu­pa­tions des ensei­gnants. « Ça fait une dizaine d’an­nées que j’en­seigne et je ne vois pas du mieux dans mon exer­cice quo­ti­dien. J’ai trop d’é­lèves dans ma classe ! Vingt-six, c’est bien trop ! », se plaint Capucine Audray, direc­trice d’é­cole à la Villeneuve. Qui regrette aussi l’ab­sence de moyens.

 

Prés de 300 personnes sous les fenêtres du rectorat. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Près de 300 per­sonnes sous les fenêtres du rec­to­rat. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Tout par­ti­cu­liè­re­ment pour l’ac­cueil des élèves pré­sen­tant des besoins édu­ca­tifs par­ti­cu­liers (Ebep). « Nous en avons de plus en plus dans nos classes. On nous fait des lois sur l’é­cole inclu­sive mais on n’y met pas de moyens », déplore l’en­sei­gnante. Bref, pour­suit-elle, « nous sommes tout seuls pour gérer trop de pro­blèmes ».

 

« C’est ma cin­quième année en tant que prof et ce n’est pas du tout ce que j’i­ma­gi­nais », nous confie de son côté Manon, pro­fes­seur de fran­çais en col­lège. « Nos condi­tions de tra­vail ne sont pas tenables pour faire ce que nous sou­hai­tons. J’espérais pou­voir ouvrir l’es­prit cri­tique de mes élèves, déve­lop­per leur auto­no­mie, mais nous n’en avons ni les moyens, ni le temps », regrette-elle amèrement.

 

 

Des examens aux sujets « bricolés »

 

Concernant la réforme du bac­ca­lau­réat, là aussi, les ensei­gnants en ont gros sur le cœur. « On l’a rem­placé par un sys­tème (E3C) qui va faire que les élèves seront en épreuve durant la moi­tié de leur sco­la­rité », cri­tique Serge Paillard de la FSU Isère.

 

Le syn­di­ca­liste des­cend en flamme des exa­mens « qui res­semblent à des épreuves de bac », avec des sujets « bri­co­lés » pui­sés dans une banque de don­nées impo­sée. Son sen­ti­ment ? « Ce qu’on en pense, c’est que, très rapi­de­ment, ça ne va pas fonc­tion­ner. Ça va deve­nir du contrôle continu et un bac par éta­blis­se­ment et non plus un diplôme natio­nal. »

 

Un concert de casseroles et de percussions pour mieux se faire entendre sur les réformes. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Un concert de cas­se­roles et de per­cus­sions pour mieux se faire entendre. © Joël Kermabon – Place Gre’net

 

Le sen­ti­ment d’in­jus­tice s’ins­talle ainsi au fil des mois chez les ensei­gnants, tan­dis que les res­sen­ti­ments et la fatigue s’ac­cu­mulent. Après les prises de parole, une délé­ga­tion a ren­con­tré des res­pon­sables du rec­to­rat mais sans en attendre de grands résultats.

 

Ce 15 janvier 2020, près de 300 enseignants ont bruyamment protesté contre les réformes des retraites et du baccalauréat devant le rectorat de Grenoble.Dans la cour de la cité administrative. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Dans la cour de la cité admi­nis­tra­tive. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Une grande par­tie du ras­sem­ble­ment a ensuite rejoint la cité admi­nis­tra­tive. L’idée ? Investir les locaux de la Direction aca­dé­mique des ser­vices de l’Éducation natio­nale (Dasen) pour y tenir une assem­blée générale.

 

Celle-ci n’aura tou­te­fois duré que le temps néces­saire à la police pour se rendre sur place et éva­cuer la petite foule à l’ex­té­rieur de l’enceinte.

 

Le tout sans heurts mais sous les huées des mani­fes­tants cla­mant « tout le monde déteste la police ! » Finalement, le ras­sem­ble­ment s’est dis­persé dans le calme aux alen­tours de 17 h 30.

 

Joël Kermabon

 

 

1 CGT éduc’ac­tion, CNT, FSU, Stylos rouges, SNALC, FO, Pas, UNL, SUD édu­ca­tion et le col­lec­tif Défense édu­ca­tion 38

 

 

Les lycéens dénoncent « la répression » qui s’abat sur leur mouvement

 

Les pro­fes­seurs ne sont pas les seuls à lut­ter contre les réformes. Des lycéens sont éga­le­ment mobi­li­sés, ce qui semble par­fois leur être pré­ju­di­ciable. L’Union natio­nale lycéenne (UNL), leur syn­di­cat, s’a­larme ainsi dans un com­mu­ni­qué daté du 15 jan­vier de « la répres­sion qui s’a­bat sur le mou­ve­ment lycéen ». Notamment au cours des actions de blo­cage de lycées. « La seule réponse a été celle d’une vio­lence dis­pro­por­tion­née de la part de la police et de l’administration », rap­porte l’UNL.

 

Etudiants devant le lycée des Eaux Claires pour le blocus du 10 décembre 2019. ©Manon Heckmann - placegrenet.fr

Des lycéens ont blo­qué le lycée des Eaux-Claires le 10 décembre der­nier. © Manon Heckmann – pla​ce​gre​net​.fr

« Plus sour­noi­se­ment, ajoute le syn­di­cat lycéen, les direc­tions ou leurs repré­sen­tants attaquent les jeunes […] au tra­vers de sanc­tions dis­ci­pli­naires ». S’ensuit, pour­suit-elle, « une mul­ti­pli­ca­tion des conseils de dis­ci­plines ou bien encore des exclu­sions ».

 

L’UNL pointe ainsi l’ex­clu­sion de deux élèves du lycée Vaucanson suite à leur par­ti­ci­pa­tion à la mobi­li­sa­tion contre les réformes.

 

Le lycée, un lieu d’émancipation citoyenne ?

 

Un élève du lycée André Argouges doit éga­le­ment « faire face à cette répres­sion », indique le syn­di­cat. « Il lui est inter­dit d’accéder au lycée pen­dant trois jours, en atten­dant de rece­voir les huit jours d’exclusions qui lui ont été  “pro­mis” […] », dénonce le com­mu­ni­qué. Les orga­ni­sa­tions signa­taires consi­dèrent ainsi « qu’il est inad­mis­sible de repro­cher aux lycéens leurs enga­ge­ments tout en ven­dant le lycée comme un lieu d’émancipation citoyenne ».

 

« [Nous] deman­dons aux chefs d’établissements et à la rec­trice l’arrêt et l’annulation de ces sanc­tions dis­ci­pli­naires », exigent les organisations.

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Joël Kermabon

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