« Rose Valland. En quête de l’art spolié », une exposition immersive au Musée dauphinois

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FOCUS – Jusqu’au 27 avril 2020, le Musée dauphinois présente « Rose Valland. En quête de l’art spolié ». Une exposition qui retrace le parcours méconnu, et pourtant extraordinaire, de cette figure iséroise de la Résistance. L’événement s’inscrit dans la programmation du 75e anniversaire de la Libération.

 

 

Portrait de Rose Valland, âgée d'environ 1 an et photographié à Grenoble. ©Manon Heckmann

Portrait de Rose Valland, âgée d’environ 1 an et photographié à Grenoble. ©Manon Heckmann

L’exposition se veut comme un hommage à Rose Valland et à son parcours hors norme. Ce avec l’aide d’une scénographie qui invite les visiteurs à remonter le temps et à vivre la Résistance à ses côtés.

 

« Chaque lieu est suggéré, évoqué. Il spatialise comme étant un élément de contexte pour mesurer l’étendue du travail de Rose Valland », explique Héloïse Thizy Fayolle, scénographe.

 

La première salle de l’exposition plonge ainsi immédiatement les visiteurs plusieurs décennies dans le passé, dans le salon familial. Ils y découvrent des lettres, quelques photos, le matériel de peinture de la jeune artiste et même son cahier de dessins.

 

Née en 1898 à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, en Isère, la jeune femme se passionne très tôt pour les beaux-arts. Elle étudie à Grenoble, puis aux Beaux-Arts de Lyon et, enfin, à Paris. Après des études brillamment réussies, elle obtient une mission de secrétaire bénévole au musée du Jeu de Paume.

 

 

De secrétaire bénévole à espionne pour la Résistance

 

Au lendemain de la défaite de 1940, la spoliation artistique en France commence. Ayant pris la décision de rester au Jeu de Paume, Rose Valland est alors au cœur de la plaque tournante des biens spoliés.

 

Rose Valland en battle-dress (uniforme) examinant des tableaux, probablement au Collecting Point de Wiesbaden (Allemagne), 1946. Coll. Centre des Archives diplomatiques du ministère des Affaires étrangères

Rose Valland en uniforme examinant des tableaux, probablement au Collecting Point de Wiesbaden (Allemagne), 1946. Coll. Centre des Archives diplomatiques du ministère des Affaires étrangères

Les nazis ne prêtent aucune attention à cette secrétaire discrète. Mais elle parle parfaitement allemand. Et laisse traîner ses oreilles pour récupérer des informations, ou encore fouille dans les poubelles pour retrouver des notes.

 

À découvrir dans la deuxième salle, plusieurs fiches qu’elle a rédigées, en plus de quelques archives médiatiques. « Grâce à Mademoiselle Rose Valland, un train chargé d’œuvres d’art n’arrivera jamais en Allemagne », titre le journal Résistance, en 1945. Un épisode du “train d’Aulnay”que raconte l’exposition.

 

La résistante recueille ainsi des milliers de renseignements. Et devient une figure majeure dans le réseau des acteurs de la récupération de l’art spolié.

 

 

Rose Valland : entre reconnaissance et oubli

 

Dans la salle suivante, la guerre est terminée. Mais pour Rose Valland, la recherche des nombreuses œuvres d’art disparues commence seulement. Dans cette pièce, plusieurs documents montrent la complexité de la tâche : identifier une œuvre, retracer son parcours, retrouver son propriétaire… Les visiteurs sont invités à mener l’enquête, eux aussi, grâce à une tablette numérique interactive.

 

Photographie de Rose Valland, le 23 janvier 1948, qui se fait décerner la médaille de la Liberté par le général Tate, attaché militaire américain à Paris. ©Manon Heckmann

Photographie de Rose Valland, le 23 janvier 1948, qui reçoit la médaille de la Liberté des mains du général Tate, attaché militaire américain à Paris. © Manon Heckmann

Enfin, dans la dernière salle, l’heure est à la reconnaissance. Rose Valland reçoit des décorations de la part de la France, des États-Unis mais aussi de l’Allemagne.

 

Sa mort, le 18 septembre 1980, laisse pourtant relativement indifférent. Il faudra même attendre 2005 pour qu’une plaque lui soit dédiée sur la façade du Jeu de Paume. Depuis, cette grande figure de la Résistance a retrouvé une certaine popularité. Son histoire a inspiré plusieurs films, dont des extraits sont à découvrir à la fin de l’exposition.

 

Pour Jean-Pierre Barbier, président du Département de l’Isère, « il est justice que Rose Valland puisse être honorée dans son propre territoire à travers une exposition au Musée dauphinois ». Aujourd’hui encore, le travail qu’elle a commencé se poursuit. Il reste toujours des œuvres spoliées dont la provenance doit être identifiée.

 

 

Une exposition qui s’inscrit dans un programme culturel plus large

 

Mise en place d'une petite salle de cinéma où est présenté différents extraits de films en rapport avec l'art spolié. ©Manon Heckmann

Petite salle présentant des extraits de films en lien avec Rose Valland et l’art spolié. © Manon Heckmann

L’exposition a été réalisée en partenariat avec l’association La Mémoire de Rose Valland et Le Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère. Elle s’inscrit dans le cadre de la programmation culturelle du 75e anniversaire de la Libération.

 

Plusieurs animations accompagnent en outre cette exposition : visites thématiques, projections, conférences. De même qu’un ouvrage : « Rose Valland, une vie à l’œuvre », d’Ophélie Jouan, historienne de l’art. Et pour les plus jeunes, un livret-jeu d’enquête.

 

Augustin Bordet

 

 

 

« Rose Valland, en quête de l’art spolié »

 

Musée Dauphinois – 30 rue Maurice Gignoux à Grenoble

Jusqu’au 27 avril 2020

Entrée gratuite
Tous les jours (sauf le mardi), de 10 heures à 18 heures

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