Vivian Maier a beaucoup photographié la vie quotidienne de New-York et Chicago dans la seconde moitié du XXe siècle. © Augustin Bordet - placegrenet.fr

Exposition Vivian Maier, Street pho­to­gra­pher : “l’ex­tra­or­di­naire dans l’or­di­naire” au Musée de l’Ancien Évêché

Exposition Vivian Maier, Street pho­to­gra­pher : “l’ex­tra­or­di­naire dans l’or­di­naire” au Musée de l’Ancien Évêché

FOCUS – Vivian Maier (1926−2009) est une pho­to­graphe de rue amé­ri­caine. Son talent n’a jamais été révélé de son vivant. Pourtant, elle laisse der­rière elle une quan­tité d’archives pho­to­gra­phiques qui témoignent de sa curio­sité pour le monde. Le Musée de l’Ancien Évêché de Grenoble pré­sente jusqu’au 15 mars 2020 envi­ron 130 de ses cli­chés. La plu­part ont été pris entre New-York et Chicago, mais cer­tains dans la val­lée du Champsaur, dans les Hautes-Alpes, et à Grenoble, où elle est pas­sée en 1959.

Une photographie de New-York, en 1953. © Estate of Vivian Maier, Courtesy of Maloof Collection and Howard Greenberg Gallery, NY

Une pho­to­gra­phie de New-York, en 1953. © Estate of Vivian Maier, Courtesy of Maloof Collection and Howard Greenberg Gallery, NY

Vivian Maier, incon­nue jusqu’à la fin des années 2000, est pour­tant aujourd’hui recon­nue comme une pho­to­graphe emblé­ma­tique du cou­rant de la pho­to­gra­phie de rue (street pho­to­gra­phy). Elle a laissé à la pos­té­rité un héri­tage artis­tique riche de 120 000 néga­tifs, de cen­taines de films Super 8 et 16 mm, et même de quelques enre­gis­tre­ments sonores. La diver­sité de son œuvre tra­duit « une per­son­na­lité com­plexe et énig­ma­tique », selon Anne Morin, la com­mis­saire de l’exposition. Pour elle, « Vivian Maier a pêché l’extraordinaire dans l’ordinaire ».

En déam­bu­lant dans les salles de l’exposition, la force de ses pho­to­gra­phies saute aux yeux. Un vieux badaud, une devan­ture de maga­sin ou encore des enfants qui jouent. Ses cli­chés four­millent d’humanité. Certains rap­pellent même les cli­chés poé­tiques de Robert Doisneau. Dans une démarche artis­tique simi­laire, Vivian Maier n’a cessé d’interroger les villes et leurs habitants.

La vie quo­ti­dienne dans les villes américaines

L'un des nombreux autoportrait de Vivian Maier, une discipline dans laquelle la photographe excelle. © Estate of Vivian Maier, Courtesy of Maloof Collection and Howard Greenberg Gallery, NY

L’un des nom­breux auto­por­trait de Vivian Maier, une dis­ci­pline dans laquelle la pho­to­graphe excelle. © Estate of Vivian Maier, Courtesy of Maloof Collection and
Howard Greenberg Gallery, NY

Cette pré­oc­cu­pa­tion se retrouve tout au long de l’exposition dans « plu­sieurs thé­ma­tiques entre­mê­lées », explique Anne Morin. Vivian Maier a été gou­ver­nante à New-York puis à Chicago. Elle a pro­mené son appa­reil dans ces grandes villes et immor­ta­lisé des scènes de la vie quo­ti­dienne de la seconde moi­tié du XXe siècle. En somme, des ouvriers par­tant au tra­vail comme des bour­geois flâ­nants dans les rues, des enfants émer­veillés comme des vieillards désabusés.

Ce qui fait son œuvre, c’est aussi le por­trait, et même l’autoportrait, « une thé­ma­tique cru­ciale », selon la com­mis­saire de l’exposition. « Au-delà d’un simple nar­cis­sisme, elle cherche son iden­tité. » Elle aborde ainsi l’autoportrait sous diverses formes : dans un miroir, à tra­vers son ombre ou en jouant avec un reflet. « Vivian Maier n’a jamais eu accès plei­ne­ment à son iden­tité », pré­cise Anne Morin. « Mais elle a tou­jours été libre dans la petite place que lui lais­sait la société. »

Un séjour à la cam­pagne dans la val­lée du Champsaur

Pour la com­mis­saire de l’exposition, l’humanisme du tra­vail de la pho­to­graphe est propre à un esprit fran­çais. « Son œuvre est à la confluence de la culture amé­ri­caine et de la culture fran­çaise », observe Anne Morin. Si la gou­ver­nante a passé la majeure par­tie de sa vie aux États-Unis, elle est aussi inti­me­ment liée à la France. Sa mère étant ori­gi­naire du Champsaur, la jeune Vivian Maier a passé six ans de son enfance à Saint-Julien-en-Champsaur. Elle y revien­dra à deux reprises. En 1950, pour régler l’héritage de sa grand-tante, puis en 1959, au retour d’un long voyage autour du monde.

Une jeune fille prise en photo par Vivian Maier en 1959, à Grenoble. © Estate of Vivian Maier, Courtesy of Maloof Collection and Howard Greenberg Gallery, NY

Une jeune fille prise en photo par Vivian Maier en 1959, à Grenoble. © Estate of Vivian Maier, Courtesy of Maloof Collection and Howard Greenberg Gallery, NY

Lors de ses deux séjours, elle réa­lise des cli­chés des gens du vil­lage et de la vie à la cam­pagne. Elle prend éga­le­ment quelques pho­tos à Grenoble. Comme lors d’une pré­cé­dente expo­si­tion réa­li­sée à l’Ancien Musée de pein­ture en 2015, celle du Musée de l’Ancien Évêché réserve ainsi un espace à treize pho­tos prises dans le Champsaur. Ces images ont pu être expo­sées grâce à la col­la­bo­ra­tion de l’association Vivian Maier et le Champsaur, pré­si­dée par Marie Hugues.

Cette der­nière raconte que la re-décou­verte de Vivian Maier a été un moment fort pour le vil­lage : « Certaines per­sonnes se sou­ve­naient d’elle comme “l’Américaine”, mais per­sonne ne pou­vait se dou­ter qu’elle était si talen­tueuse. » Des habi­tants du vil­lage ont même pu être recon­nus sur cer­taines pho­tos. « Et on conti­nue de faire des recherches pour iden­ti­fier les autres », s’enthousiasme Marie Hugues.

Si l’œuvre de Vivian Maier n’a pas dis­paru, c’est grâce à John Maloof. Ce jeune his­to­rien amé­ri­cain a acquis lors d’une vente aux enchères des malles sor­ties d’un garde-meuble. À l’intérieur, toutes les pro­duc­tions de la pho­to­graphe. John Maloof com­prend rapi­de­ment qu’il s’agit d’une col­lec­tion impor­tante et pré­cieuse. Il se donne alors pour tâche de les popu­la­ri­ser, d’abord sur Internet, puis dans des musées. Et grâce à son inves­tis­se­ment, « Vivian Maier a récu­péré son nom », conclut Anne Morin.

Augustin Bordet

INFORMATIONS PRATIQUES

« Vivian Maier. Street photographer »

Jusqu’au 15 mars 2020

Entrée gra­tuite.

Musée de l’Ancien Evéché – 2 rue Très-Cloîtres à Grenoble

Lundi, mardi, jeudi et ven­dredi de 9 heures à 18 heures

Mercredi de 13 heures à 18 heures

Samedi et dimanche de 11 heures à 18 heures

ABo

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