Vente des cliniques mutualistes de Grenoble : tous les scénarios sont envisageables

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EN BREF – Le projet de vente des cliniques mutualistes de Grenoble se précise. Le groupement hospitalier mutualiste a annoncé, ce jeudi 26 septembre, lancer une réflexion pour une cession « éventuelle » de ses activités, du fait d’une situation financière préoccupante. Le repreneur potentiel devra présenter un minimum de garanties, mais le groupement n’exclut aucun scénario, notamment la vente à un acteur privé à but lucratif.

 

 

La clinique d'Alembert à Grenoble, qui appartient au groupement hospitalier mutualiste, vendue demain au privé ? © Patricia Cerinsek

La cli­nique d’Alembert à Grenoble © Patricia Cerinsek

Le grou­pe­ment hos­pi­ta­lier mutua­liste de Grenoble vient d’an­non­cer le lan­ce­ment d’une réflexion pour une ces­sion « éven­tuelle » de ses acti­vi­tés. La déci­sion a été prise lors du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion qui s’est tenu ce 26 sep­tembre, fai­sant état d’une situa­tion finan­cière « pré­oc­cu­pante ».

 

Ce n’est pas une sur­prise. Depuis plu­sieurs mois, le pro­jet de vente des cli­niques mutua­listes de Grenoble, à savoir la cli­nique mutua­liste, la cli­nique d’Alembert et le centre Daniel Hollard, était dans les tuyaux. Des noms de poten­tiels repre­neurs pri­vés avaient même cir­culé, comme le groupe C2S, qui a récem­ment racheté la cli­nique Belledonne.

 

De quoi faire réagir la Ville de Grenoble, mais aussi les repré­sen­tants du per­son­nel du grou­pe­ment et d’autres éta­blis­se­ments de santé, ainsi que d’an­ciens admi­nis­tra­teurs, inquiets de voir le sec­teur mutua­liste ris­quer de filer dans d’autres mains. Une péti­tion s’op­po­sant à la vente au privé lucra­tif a d’ailleurs récolté plus de 5 400 signa­tures.

 

 

Des pertes cumulées de 17 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 130 millions d’euros

 

Le pro­jet de ces­sion se confirme donc. La réflexion a été confiée au cabi­net Ernst & Young, celui-là même qui a réa­lisé le diag­nos­tic de la situa­tion éco­no­mique du GHM. Et, d’a­près le cabi­net, la situa­tion n’est guère flo­ris­sante. Les pertes atteignent en cumulé 17 mil­lions d’eu­ros pour un chiffre d’af­faires de 130 mil­lions d’eu­ros *. Et 2019 suit la même ten­dance, avec « un résul­tat net bud­gété néga­tif qui devrait avoi­si­ner – 1,6 mil­lion d’eu­ros ».

 

 

La clinique d'Alembert à Grenoble, qui appartient au groupement hospitalier mutualiste, vendue demain au privé ? © Patricia Cerinsek

Quel ave­nir pour le sec­teur mutua­liste à Grenoble ? © Patricia Cerinsek

 

Le diag­nos­tic sou­ligne éga­le­ment un « niveau d’en­det­te­ment pré­oc­cu­pant (21,9 mil­lions d’eu­ros en décembre 2018) », repré­sen­tant 150 % des fonds propres. « Cent pour cent des inves­tis­se­ments sont aujourd’­hui supportés prin­ci­pa­le­ment par de l’emprunt, les flux de trésorerie de l’ac­ti­vité ne per­met­tant pas l’au­to­fi­nan­ce­ment. »

 

En cause, d’a­près le grou­pe­ment ? La prise en charge finan­cière inté­grale des dépas­se­ments d’ho­no­raires, pas réper­cu­tés sur les patients. Soit, en 2018, un coût de près de 3,5 mil­lions d’eu­ros.

 

 

Un montage financier, via une SCI, pointé du doigt

 

Institut Daniel Hollard à Grenoble. © Groupe hospitalier mutualiste de Grenoble

Institut Daniel Hollard à Grenoble. © Groupe hos­pi­ta­lier mutua­liste de Grenoble

Cette ver­sion, plu­sieurs per­sonnes que nous avions contac­tées dans un pre­mier article la remettent en cause. Elles pointent éga­le­ment pour leur part du doigt les impor­tants tra­vaux de mise aux normes sup­por­tés par les cli­niques mutua­listes.

 

Mais aussi un mon­tage finan­cier tran­si­tant par une société civile immo­bi­lière (SCI), pro­prié­taire des murs. Une SCI qui, elle, se porte par­ti­cu­liè­re­ment bien puis­qu’elle affi­chait en 2018 un béné­fice net de près de 2 mil­lions d’eu­ros et avait versé 680 000 euros de divi­dendes à ses action­naires.

 

De fait, nom­breux sont ceux à s’in­ter­ro­ger sur les vraies rai­sons de ce pro­jet de ces­sion. Engagée dans un pro­ces­sus de fusion au sein d’Aesio, Adrea Mutuelle – qui avec la Mutualité fran­çaise de l’Isère cogère le GHM – entend-elle rele­ver son niveau de fonds propres ? Ces der­niers avaient par­ti­cu­liè­re­ment baissé en 2016 et 2017 (res­pec­ti­ve­ment de – 31 mil­lions et – 5 mil­lions d’eu­ros). « La ces­sion des activités du GHM per­met­trait donc de ren­flouer les fonds propres d’Adrea Mutuelle », sou­ligne l’un d’eux **.

 

En atten­dant, avec ce pro­jet de ces­sion, le grou­pe­ment hos­pi­ta­lier mutua­liste dit vou­loir « sau­ver l’offre de soins, tout en péren­ni­sant l’ac­ti­vité et les emplois ». Avec une prio­rité pour un repre­neur non lucra­tif, comme le récla­maient cer­tains, dont l’ad­jointe à la santé de la Ville de Grenoble ?

 

Adrea, qui avec la Mutualité fran­çaise de l’Isère cogère le grou­pe­ment, s’est seule­ment dite vigi­lante à ce que « les éven­tuels can­di­dats pré­sentent une offre qui garan­tisse à la fois l’emploi, les condi­tions d’ac­cueil des patients, la qua­lité et l’ac­ces­si­bi­lité de l’offre de soins et du pla­teau tech­nique ».

 

Patricia Cerinsek

 

*En fait, 17 mil­lions d’eu­ros sur dix ans, à rap­por­ter à un chiffre d’af­faire de 130 mil­lions d’eu­ros par an. Soit une moyenne de 1,7 mil­lion de pertes annuelles.

 

** Article mis à jour le 27 sep­tembre à 12 heures.

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Commentaires 6
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  3. C’est mal­heu­reu­se­ment dans l’air du temps macro­nien ! Vendre au privé lucra­tif, les biens com­muns.
    C’est scan­da­leux, c’est une spo­lia­tion des mutua­listes qui ont créé, géré ces éta­blis­se­ments de santé, de soli­da­rité, inno­vants !
    Les patients vont en subir les consé­quences ! Quand ils paie­ront des com­plé­ments ďho­no­raire.
    J’ai signé la péti­tion dés la 1ère info fin juin.
    J’ai au nom des socia­listes de Grenoble dif­fusé un com­mu­ni­qué de presse pour nous éle­ver contre cette pri­va­ti­sa­tion !
    D’autres solu­tions sont à cher­cher. ..
    De plus, je réagis en temps que patiente régu­lière de l’Institut Daniel Hollard. .. Une inno­va­tion impor­tante. .. qui serait bra­dée ? NON !

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  4. Qu’est-ce que c’est que cette his­toire de SCI ? Peut-on en savoir plus ?

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    • In memo­riam.…..
      La gre­nouille qui vou­lait être plus grosse que le boeuf !
      La mutuelle isé­roise ancienne CCMIHA ! La plus ancienne de France et la meilleure, très bien gérée jus­qu’à ce que ses diri­geants décident de s’as­so­cier à d’autres afin de se pro­té­ger des grands groupes. Plus tard et au fur et à mesure celle-ci a été prise en main et enca­drée par la mutua­lité fran­çaise-isère. En gros­sis­sant compte-tenu des apports elle a perdu son auto­no­mie, au fur et à mesure le haut de sa pyra­mide a été mise au pla­card (cer­tains « grands » admi­nis­tra­teurs isé­rois vu les déci­sions ont démis­sionné). La tête est pari­sienne menée hélas par de grands groupes qui voient midi à leur porte, le petit pou­cet étant invi­sible.
      Une mémoire de valeur (les créa­teurs vont dis­pa­raître nous ne pour­rons les oublier) 70 ans d’existence gom­més.

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    • PC

      30/09/2019
      8:22

      La société civile immo­bi­lière de la Mutualité de l’Isère est une SCI créée pour per­mettre la créa­tion de la construc­tion de la cli­nique mutua­liste. Son objet est de por­ter les murs du GHM. A charge pour les éta­blis­se­ments de sup­por­ter les amé­na­ge­ments, tra­vaux et mises aux normes mais aussi les taxes fon­cières.
      Cette SCI a à plu­sieurs reprises pris à sa charge plu­sieurs dépenses des éta­blis­se­ments, afin d’ai­der au redres­se­ment du GHM (aban­don de loyers et tra­vaux en 2009 et 2010, de la taxe fon­cière en 2018 par exemple). Mais cer­tains dénoncent un tour de passe-passe au béné­fice d’Adrea via cette SCI (dont Adrea est action­naire). Et notam­ment une plus-value réa­li­sée sur la vente des murs de la cli­nique d’Alembert, à hau­teur de 13 mil­lions d’eu­ros.

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