Le Front contre les expulsions tente d’imposer ses conditions au conseil métropolitain

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REPORTAGE – Le Front contre les expulsions a pris la parole en début de conseil métropolitain, ce vendredi 21 décembre. Trois membres du collectif ont défendu, face aux 49 maires de la Métro, la signature d’un arrêté anti-mise à la rue, ainsi que l’annulation de la procédure d’expulsion du bidonville de Courtade à Fontaine.

 

 

 

Raphaël, Emmanuelle et Anne-Marie ont pris la parole au nom du Front contre les expulsions. © Jules Peyron - placegrenet.fr

Raphaël, Emmanuelle et Anne-Marie ont pris la parole au nom du Front contre les expul­sions. © Jules Peyron – placegrenet.fr

 

Ils sont une quin­zaine à attendre sous une fine pluie, ce ven­dredi 21 décembre au matin. Tous membres du col­lec­tif Front contre les expul­sions, venus prendre la parole au conseil métro­po­li­tain. En face d’eux, les portes closes de la Métro.

 

À l’intérieur, une poi­gnée de CRS et quelques agents de sécu­rité. « On ne vous ouvrira qu’à 9 h 50. Il fau­dra lais­ser ban­de­roles, méga­phones et dra­peaux dehors », les pré­vient-on. Leurs gilets jaunes aussi, appa­rem­ment. L’un des visi­teurs sera prié de reti­rer le sien.

 

L’accueil est effec­ti­ve­ment plu­tôt froid. « C’est du mépris », gronde un mani­fes­tant. « C’est dis­pro­por­tionné pour une inter­ven­tion auto­ri­sée ! », ajoute un autre. Mais, pas­sée la fouille, plus de désa­gré­ments. Ils pour­ront bien s’exprimer, et même plus long­temps que prévu.

 

 

Annulation des expulsions à Courtade et signature d’un arrêté anti-mise à la rue

 

Le pré­sident Christophe Ferrari ouvre la séance, puis appelle deux porte-paroles à la tri­bune. Ils sont en fait trois à prendre place face aux 49 maires de la métro­pole. « Nous sommes venus car nous avons besoin que les com­munes nous sou­tiennent », com­mence Anne-Marie.

 

Françoise Cloteau s'est dite "favorable à l'arrêté anti-expulsion" proposé par le Front contre les expulsions. © Jules Peyron - placegrenet.fr

Françoise Cloteau s’est dite « favo­rable à l’ar­rêté anti-expul­sion ». © Jules Peyron – placegrenet.fr

Elle et ses cama­rades évoquent alors le bidon­ville de Courtade, où 50 per­sonnes font l’objet d’une pro­cé­dure d’expulsion : « La seule urgence qu’il y a sur ce bidon­ville, c’est de relo­ger les per­sonnes qui s’y trouvent. Mme Garnier [vice-pré­si­dente délé­guée à l’ha­bi­tat, au loge­ment et à la poli­tique fon­cière, ndlr], vous devez renon­cer à cette expul­sion. »

 

Les trois tri­buns réclament sur­tout aux maires la signa­ture d’un « arrêté anti-mise à la rue ». Un texte visant à garan­tir le relo­ge­ment de toute per­sonne expul­sée. Au bout de dix minutes de dis­cours, la parole est don­née aux élus. L’occasion de consta­ter que la ques­tion est hau­te­ment polé­mique mal­gré un consen­sus autour de la néces­sité d’offrir un toit aux per­sonnes sans domi­cile fixe.

 

 

Les élus dénoncent des « violences graves » à Courtade

 

« Je suis favo­rable à l’arrêté anti-expul­sion », déclare Françoise Cloteau, vice-pré­si­dente délé­guée à l’hé­ber­ge­ment et aux gens du voyage, en réponse à l’intervention. L’un des rares points de satis­fac­tion pour le col­lec­tif contre les expul­sions. Ses membres res­sortent du conseil miti­gés. « On n’é­tait pas au cou­rant qu’il y aurait des réac­tions d’élus après notre prise de parole. Ils ont pu appor­ter des jus­ti­fi­ca­tions der­rière notre argu­men­ta­tion. Ils ont eu le mot de la fin », déplore Rdija.

 

Jean-paul Trovero, maire de Fontaine a justifié l'évacuation prématurée du bidonville de Courtade. Mettant en avant des violences contestées par le Front contre les expulsions. © Jules Peyron - placegrenet.fr

Jean-Paul Trovero, maire de Fontaine, a jus­ti­fié l’é­va­cua­tion pré­ma­tu­rée du bidon­ville de Courtade. © Jules Peyron – placegrenet.fr

Les argu­ments contraires sont sur­tout sor­tis de la bouche de Jean-Paul Trovero, maire de Fontaine. « Je suis direc­te­ment mis en cause », a com­mencé ce der­nier, avant de jus­ti­fier la fer­me­ture pré­ma­tu­rée du bidon­ville de Courtade (ini­tia­le­ment pré­vue pour l’été 2019) du fait de « vio­lences graves » consta­tées ces der­niers temps.

 

« La popu­la­tion cri­mi­nelle occupe les lieux », a déclaré l’édile. Des pro­pos appuyés par le conseiller muni­ci­pal de Fontaine Laurent Thoviste, qui a décidé de « par­ler en tant que rive­rain » pour affir­mer que « la vio­lence est une réa­lité que vivent les gens du quar­tier ».

 

Des men­songes selon le Front contre les expul­sions, qui répète qu’aucune plainte ni main-cou­rante n’est pré­sente dans le dos­sier déposé en jus­tice par l’établissement public fon­cier local du Dauphiné (EPFL), qui pos­sède le ter­rain de Courtade. Les vio­lences vien­draient plu­tôt de per­sonnes exté­rieures et les habi­tants du bidon­ville en seraient les pre­mières vic­times.

 

 

Un rendez-vous avec Christophe Ferrari en vue

 

Malgré sa prise de parole allant dans le sens du col­lec­tif, Christine Garnier n’a pas été épar­gnée par les inter­ve­nants à la sor­tie du conseil. Mise en cause pour avoir rap­porté que des vio­lences avaient effec­ti­ve­ment eu lieu à Courtade.

 

L'intervention de Christine Garnier n'a pas convaincu le Front contre les expulsions. © Jules Peyron - placegrenet.fr

L’intervention de Christine Garnier n’a pas convaincu le Front contre les expul­sions. © Jules Peyron – placegrenet.fr

« Vous ne pou­vez pas rap­por­ter des ragots. Vous par­ti­ci­pez à jus­ti­fier une puni­tion col­lec­tive ! », s’exclame une jeune femme. « Certains élé­ments ne sont pas dans le dos­sier », a rétor­qué l’é­lue. Avant de cou­per court à l’altercation : « Il n’y a pas de débat pos­sible avec vous. » Le front anti-expul­sion a donc quitté la Métro sans obte­nir gain de cause… mais pas sans résul­tat.

 

Une élue qui s’est publi­que­ment décla­rée favo­rable à l’arrêté anti-mise à la rue et une pro­messe de ren­dez-vous avec Christophe Ferrari. C’est Christine Garnier qui leur a confirmé que le pré­sident de la Métro accep­tait de les rece­voir, « sans pré­ci­ser ni le mois, ni l’année ! », s’est amusé un mani­fes­tant.

 

Jules Peyron

 

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