Opération séduction de l’imprimerie iséroise Deux-Ponts pour contrer la pénurie d’apprentis

Opération séduction de l’imprimerie iséroise Deux-Ponts pour contrer la pénurie d’apprentis

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FOCUS – Cherchant à attirer de nouvelles recrues, l’imprimerie Deux-Ponts a organisé une visite de ses locaux en présence de Jean-Charles Colas-Roy, député LREM de l’Isère, Pierre Streiff, président du Medef Isère, et Jérôme Lopez, président de la Confédération des PME de l’Isère. Le dirigeant a insisté sur les dangers pesant sur les métiers de l’imprimerie alors que les formations dans ce domaine disparaissent.

 

 

Imprimerie Deux-ponts. © Edouard Merlo – Placegrenet​.fr

La répu­ta­tion des Deux-Ponts dans le haut de gamme n’est plus à faire. Non seule­ment elle col­la­bore avec des marques de luxe comme Vuitton, Dior et Saint-Laurent mais la marque amé­ri­caine Supreme uti­lise ses ser­vices pour mettre en avant ses pro­duits dans des catalogues.

 

Tout n’a pour­tant pas été tou­jours rose pour la manu­fac­ture d’histoires isé­roise. L’entreprise a même connu des dif­fi­cul­tés finan­cières telles qu’elle a divisé par deux son chiffre d’af­faires. Malgré cela et en dépit de la forte concur­rence ita­lienne, l’im­pri­me­rie a décidé de gar­der son ancrage dans le département.

 

Ayant du mal à trou­ver des appren­tis for­més pour les nom­breux métiers spé­ci­fiques de l’im­pri­me­rie, Deux-Ponts a décidé de com­mu­ni­quer et de mettre en avant ses atouts. La direc­tion a ainsi reçu dans ses locaux ce lundi 14 mai, à Bresson, Jean-Charles Colas-Roy, député LREM de l’Isère, Pierre Streiff, pré­sident du Medef Isère, et Jérôme Lopez, pré­sident de la Confédération des PME de l’Isère.

 

 

Une entreprise familiale et labellisée

 

André Caillat, le grand-père de l’actuel diri­geant a fondé l’entreprise en 1935 lorsqu’il avait 23 ans. Nous en sommes aujourd’­hui à la qua­trième géné­ra­tion, avec Laurent Caillat, pré­sident de la société, son frère Renaud, direc­teur géné­ral, son fils Stellio, direc­teur com­mer­cial et Cécile Kebbal (née Caillat), char­gée des res­sources humaines. Une affaire fami­liale en somme !

 

Manufacture d'histoires Deux-Ponts

Manufacture d’his­toires Deux-Ponts © Édouard Merlo – pla​ce​gre​net​.fr

L’entreprise compte aujourd’hui 150 sala­riés mais, comme le recon­naît Laurent Caillat, « on a été malade ». Avant la crise des sub­primes de 2008, Deux-Ponts comp­tait en effet 300 salariés.

 

Outre la crise éco­no­mique, la crise éco­lo­gique et la révo­lu­tion numé­rique sont les pro­chaines menaces. D’où les virages du haut de gamme et de l’export pris par l’entreprise. « Dès 1996, nous avons com­mencé à col­la­bo­rer avec Vuitton, puis en 2001 avec Dior et Saint-Laurent », affirme le dirigeant.

 

L’entreprise se targue aussi d’avoir reçu en 2012 et 2017 le label d’État Entreprise du patri­moine vivant, une marque de recon­nais­sance du minis­tère de l’Économie mise en place pour dis­tin­guer des entre­prises fran­çaises aux savoir-faire arti­sa­naux et indus­triels d’excellence. « C’est l’une des seules manu­fac­tures qui assure toute la chaîne de pro­duc­tion », pré­cise Laurent Caillat.

 

 

Une entreprise fière de son « made in Isère »

 

« On est le menui­sier du desi­gner », résume Renaud Caillat pour décrire l’entreprise. Qui pré­cise : « On est confronté à des demandes de créa­teurs qui nous pro­voquent. Nous devons constam­ment riva­li­ser de créa­ti­vité pour répondre à la demande. »

 

Face à la crise éco­no­mique, à la forte concur­rence, l’entreprise a tenu bon : « Les ban­quiers nous inci­taient à chan­ger notre modèle éco­no­mique, le jugeant mau­vais. Ils vou­laient que l’on sous-traite le maxi­mum des acti­vi­tés à l’étranger et qu’on ne fasse que l’impression ici. Nous avons refusé et nous avons main­tenu notre ancrage dans le ter­ri­toire. Nous n’avons pas renoncé à notre base sociale locale. » Un choix qui, d’a­près le diri­geant, a donc conduit la famille à renon­cer à des pro­fits. De 30 mil­lions d’eu­ros avant la crise, le chiffre d’af­faires est ainsi aujourd’­hui tombé à 17 mil­lions d’euros.

 

Nous fai­sant visi­ter la salle des pro­to­types et des maquettes, le direc­teur ajoute : « Un finan­cier qui vien­drait dans cette salle nous dirait d’enlever toutes les machines, d’enlever ce super­flu, mais on per­drait notre âme ».

 

De gauche à droite : Laurent Caillat, Jérôme Lopez et Jean-Charles Colas-Roy

De gauche à droite : Laurent Caillat, Jérôme Lopez et Jean-Charles Colas-Roy © Édouard Merlo – pla​ce​gre​net​.fr

Alors que le gou­ver­ne­ment lance une réforme de l’ap­pren­tis­sage et que le pro­jet de loi Pacte pré­voit des chan­ge­ments pour aider les PME, Renaud Caillat a pro­fité de la pré­sence Jean-Charles Colas-Roy, député LREM, pour inter­pel­ler l’élu. « Nous avons fait le choix de conser­ver 34 corps de métier dif­fé­rents au sein de l’entreprise. Mais il faut que l’écosystème exté­rieur nous aide éga­le­ment. »

 

Plus que le made in France, c’est le “made in Isère” que veut pro­mou­voir le chef d’entreprise. « Il est impor­tant pour moi de visi­ter les entre­prises, a répondu le député de la majo­rité. Dans le cadre du pro­jet de loi Pacte, il faut être per­for­mant et com­prendre les entre­prises locales. »

 

 

Un manque de formation et des métiers en danger

 

Aujourd’hui, sept appren­tis sont en alter­nance ou en contrat d’apprentissage dans l’entreprise. Ces der­niers à l’i­mage de l’en­tre­prise proi­viennent d’ho­ri­zons divers, aspi­rant à deve­nir atta­ché com­mer­cial, conduc­teur off­set, pilote de ligne de pro­duc­tion ou encore tech­ni­cien supé­rieur en exploi­ta­tion logistique.

 

Cécile Kebbal, direc­trice des res­sources humaines, admet « des dif­fi­cul­tés à trou­ver des appren­tis ». « Les jeunes ne sont pas au fait des métiers de l’imprimerie. Comme c’est un sec­teur peu déve­loppé au niveau natio­nal, les jeunes en région ne le connaissent pas. » Pourtant, affirme-t-elle, « l’alternance est le meilleur moyen d’entrer dans la vie pro­fes­sion­nelle. Selon le niveau d’étude et la for­ma­tion, les salaires s’étalent de 500 à 2 000 euros par mois pour les appren­tis. »

 

Manufacture d'histoires Deux-Ponts

Manufacture d’his­toires Deux-Ponts © Édouard Merlo – pla​ce​gre​net​.fr

« Je n’ai rien foutu à l’école, mais l’école ne forme pas non plus », affirme sans com­plexe Laurent Caillat dont le rap­port à l’ins­ti­tu­tion sco­laire semble plus tendu. Pour le pré­sident, l’école ne forme plus des arti­sans. « Ils veulent tous être ingé­nieurs et ne sont pas atti­rés par l’imprimerie ».

 

Relieur, séri­graphe, les métiers de la fini­tion sont sous ten­sion. Et l’entreprise manque cruel­le­ment de pro­fes­sion­nels for­més. « Ce qu’on reproche aux écoles, c’est qu’elles ne forment plus à tous ces métiers. On a dû faire reve­nir des retrai­tés pour qu’ils nous éclairent sur cer­taines tech­niques », affirme Laurent Caillat.

 

Pour lui, pas de doute, « il fau­drait rendre l’apprentissage obli­ga­toire. » Et le PDG d’a­jou­ter cet argu­ment : « 50 % des chefs d’entreprise alle­mands sont issus de l’apprentissage. »

 

Manufacture d'histoires Deux-Ponts

Manufacture d’his­toires Deux-Ponts. © Édouard Merlo – pla​ce​gre​net​.fr

 

Alors que 2018 va mar­quer les 550 ans de la mort de Gutenberg, à l’origine de la nais­sance de l’imprimerie, Deux-Ponts entend bien rap­pe­ler que celle-ci a encore de beaux jours devant elle si elle innove.

 

Édouard Merlo

 

 

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EM

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