L'Obs'y, Réseau des observatoires de l'agglomération grenobloise, vient de publier sa dernière étude consacrée au vieillissement dans la métropole.Bal 3 Chorier Berriat © Christian Rausch

Hausse de la CSG : “M. Macron, les retrai­tés vont-ils être les vaches à lait de votre quinquennat ?”

Hausse de la CSG : “M. Macron, les retrai­tés vont-ils être les vaches à lait de votre quinquennat ?”

TRIBUNE LIBRE – Alors que les retrai­tés sont appe­lés à se mobi­li­ser ce 28 sep­tembre 2017 contre la hausse de la CSG et pour la reva­lo­ri­sa­tion des pen­sions, un retraité gre­no­blois a, lui, pris la plume. Fin juin, Jean Poussard a écrit à Emmanuel Macron, cour­rier resté sans réponse que nous publions inté­gra­le­ment. « Mon seul but est d’attirer l’attention sur la situa­tion éco­no­mique réelle du plus grand nombre des retrai­tés et de plai­der en leur faveur, sou­ligne ce retraité du bâti­ment. L’évocation de mon par­cours pro­fes­sion­nel n’est là que pour rap­pe­ler que, dans le privé, les pen­sions de retraite sont jus­te­ment pro­por­tion­nelles au nombre d’années consa­crées au tra­vail et aux efforts déployés. »

Monsieur le Président,

Il est à peu près cer­tain que cette lettre ne par­vien­dra pas jusqu’à vous, mais qui sait ? Je n’ai jamais douté que vous vou­liez redres­ser le pays en assai­nis­sant son éco­no­mie. Par contre, il ne m’était pas venu à l’esprit que les retrai­tés seraient, comme sous la pré­si­dence de Hollande,
les pre­mières vic­times de vos déci­sions. Vous m’inspiriez plus de confiance.

Depuis trois ans, les pen­sions de retraite n’ont pas été reva­lo­ri­sées alors que les charges de la vie cou­rante ont aug­menté de même que de nom­breuses taxes, pré­lè­ve­ments, et contri­bu­tions obli­ga­toires. Non Monsieur le Président, avec une pen­sion men­suelle com­prise entre 1 200 et 1 400 euros, un retraité n’est pas riche, et il est même pauvre s’il doit payer un loyer parce qu’il n’a pas eu la sagesse ou la pos­si­bi­lité d’acquérir la pro­priété de son loge­ment pour ses vieux jours.

A titre de com­pa­rai­son, ce niveau de reve­nus men­suels cor­res­pond sou­vent à ce que des par­le­men­taires, ministres et autres qui pondent des lois et règle­ments, dépensent en un seul week-end pour leurs loisirs.

« Que le per­son­nel poli­tique arrête de planer… »

Il devient urgent que le per­son­nel poli­tique, jusqu’au plus haut niveau de l’État, arrête de pla­ner à des alti­tudes depuis les­quelles la dure réa­lité de la condi­tion de vie des petites gens (Hollande aurait dit des « sans dents », vous, vous dites main­te­nant « les gens qui ne sont rien »), leur échappe totalement.

Vous me per­met­trez de regar­der midi à ma porte, et même si je suis loin d’en être réduit à la men­di­cité, de faire le point des consé­quences sur mon bud­get de votre déci­sion de le réduire encore de 1,75 % par l’augmentation de la CSG.

Comme une large majo­rité des ouvriers de l’immédiat après-guerre qui ont contri­bué au redres­se­ment du pays, avec pour tout diplôme un modeste cer­ti­fi­cat d’études pri­maires, j’ai com­mencé à tra­vailler début 1946, je n’avais qu’un peu plus de qua­torze ans. Le sens des res­pon­sa­bi­li­tés de l’Éducation natio­nale et la conscience pro­fes­sion­nelle de nos maîtres fai­saient que les gamins qui, comme moi, entraient déjà dans la vie pro­fes­sion­nelle savaient lire, comp­ter, s’exprimer cor­rec­te­ment et maî­tri­saient un bon bagages de connais­sances générales.

Travailler pour faire face aux coups durs de la vieillesse

Ce fut ma chance, encore qu’un vieil adage dise que la chance ne sou­rit vrai­ment qu’aux esprits pré­pa­rés. Ma vie fut consa­crée au tra­vail ainsi qu’à l’enrichissement de mes connais­sances qui me per­mirent de pro­gres­ser, d’acquérir des diplômes d’État et d’accéder à des fonc­tions de direc­tion, dont celle de le filiale immo­bi­lière d’un éta­blis­se­ment finan­cier, puis de clore ma vie pro­fes­sion­nelle à soixante-huit ans en qua­lité d’expert.

Issu d’une famille très pauvre, j’ai tou­jours vécu en veillant à la fois au bien-être de ma famille
et à épar­gner pour me consti­tuer les moyens d’une retraite conve­nable qui me per­met­traient de faire face aux coups durs de la vieillesse, d’aider mes enfants et petits-enfants, sans jamais consti­tuer une charge pour eux.

Tout ce que j’ai acquis ne l’a jamais été que par le tra­vail, une bonne ges­tion de mes ressources,
de mon épargne, et une vie éco­nome. Économe ne veut pas dire pingre. Je me suis tou­jours appli­qué à dis­tri­buer chaque année à des asso­cia­tions cari­ta­tives ou d’entraide une somme cor­res­pon­dant à envi­ron 2 % de mes reve­nus annuels.

« En me dépos­sé­dant des moyens, vous me dépos­sé­dez éga­le­ment du pouvoir »

Si je prends en compte la non-reva­lo­ri­sa­tion de mes retraites pen­dant trois ans, les charges qui, dans le même temps, m’ont été assé­nées, aux­quelles vient s’ajouter l’augmentation que vous avez déci­dée de la CSG, je ne pour­rai retrou­ver l’équilibre bud­gé­taire que je me suis tou­jours appli­qué à res­pec­ter qu’en fai­sant des choix aux­quels, Monsieur le Président, vous me contraignez.

N’ayant pas tra­vaillé, même beau­coup tra­vaillé, pen­dant cin­quante-quatre ans pour que l’État me gruge et puise dans mes reve­nus et éco­no­mies sans que je puisse m’en défendre, consi­dé­rant que l’argent que vous venez de déci­der de me prendre ser­vira au finan­ce­ment de bonnes œuvres, consta­tant d’autre part que les nan­tis qui nous gou­vernent béné­fi­cient de reve­nus beau­coup plus consé­quents que les miens et d’avantages exor­bi­tants sans que j’entende par­ler de les mettre véri­ta­ble­ment à contri­bu­tion, j’ai pris ma décision.

En me dépos­sé­dant des moyens, vous me dépos­sé­dez éga­le­ment du pou­voir. Vous me pre­nez l’argent des pauvres, alors pre­nez les pauvres avec ! Je vais infor­mer les asso­cia­tions aux­quelles je don­nais qu’à comp­ter du pre­mier jan­vier pro­chain, je ces­se­rai tout ver­se­ment en leur expli­quant bien que l’État vient juste de me prendre ce que je leur des­ti­nais. Je ne man­que­rai pas, bien sûr, de leur sug­gé­rer de s’adresser à vous pour assu­rer leur équi­libre finan­cier annuel.

Je ne doute pas un seul ins­tant que vous leur réser­ve­rez un bon accueil et ferez le néces­saire en pré­le­vant au besoin sur vos propres deniers. Toutefois, comme je doute que votre gou­ver­ne­ment consente à sub­ve­nir aux besoins de l’Église catho­lique, laï­cité oblige, ma géné­ro­sité lui res­tera acquise.

En conclu­sion, les retrai­tés, qui ont mas­si­ve­ment contri­bué à votre élec­tion, parce qu’ils n’ont pas de pou­voir de nui­sance, seront-ils les vaches à lait de votre quinquennat ?

***

* Rappel : Les tri­bunes publiées sur Place Gre’net ont pour voca­tion de nour­rir le débat et de contri­buer à un échange construc­tif entre citoyens d’o­pi­nions diverses. Les pro­pos tenus dans ce cadre ne reflètent en aucune mesure les opi­nions des jour­na­listes ou de la rédac­tion et n’engagent que leur auteur.

Vous sou­hai­tez nous sou­mettre une tri­bune ? Merci de prendre au préa­lable connais­sance de la charte les régis­sant.

Place Gre'net

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