TRIBUNE LIBRE – L’Université Grenoble Alpes a refusé, le 13 mai 2026, la soutenance de la thèse d’Achille Baucher sur la « désescalade numérique », aux motifs de fraude, de soupçons d’ingérence étrangère et de conflit d’intérêts. Depuis, une polémique agite le monde académique autour de la liberté de la recherche dans un milieu scientifique très lié à l’industrie high-tech. Des élus au sein des conseils centraux de l’université ont souhaité réagir à travers une tribune sous forme de lettre ouverte adressée au président de l’Université, Yassine Lakhnech.
Monsieur le Président,
Quel fiasco, quel fiasco pour notre université !
Depuis plusieurs semaines, l’affaire de la thèse d’Achille Baucher expose l’UGA à une controverse nationale dont personne ne sortira grandi. Ce qui frappe aujourd’hui, ce n’est plus seulement le désaccord académique sur une thèse, c’est l’incapacité de notre institution à gérer ce désaccord avec la sérénité, la rigueur et le sens des responsabilités que l’on est en droit d’attendre d’une grande université.

Bâtiment de la présidence de l’université, sur le campus de Grenoble. © Léa Raymond – placegrenet.fr
Sur le fond scientifique, les avis divergent. Cette discussion est légitime. Mais ce qui est beaucoup plus difficile à comprendre, c’est comment une institution qui suit un doctorant pendant plus de trois ans découvre soudainement, quinze jours avant la soutenance, que le travail ne serait pas soutenable, car pas dans le bon périmètre disciplinaire.
« Pendant quarante-trois mois, aucun signal d’alerte décisif n’est remonté »
Pendant quarante-trois mois, aucun signal d’alerte décisif n’est remonté. Les comités de suivi se sont réunis. L’école doctorale a validé la poursuite des travaux et le changement de sujet en cours de route. Les rapporteurs ont été désignés. Les rapports ont été rédigés et ont donné lieu à des avis favorables. Le jury a été constitué. Puis, au dernier moment, tout s’arrête.
Si un problème existait, pourquoi n’a-t-il pas été traité en amont ? Et si le problème n’a été identifié qu’à la fin, n’est-ce pas alors un dysfonctionnement collectif dont l’établissement doit aussi assumer sa part de responsabilité ?
Or, au lieu de reconnaître cette défaillance procédurale, nous avons assisté à une escalade. Le communiqué de presse publié par le service de communication de l’UGA le 9 juin 20261https://scientifiquesenrebellion.fr/files/2026-06-09-CP-UGA-soutenance-de-these-n-ayant-pas-beneficie.pdf marque à cet égard un tournant particulièrement préoccupant.
L’université n’y défend plus seulement une décision académique, mais évoque publiquement une présumée « fraude au financement », une suspicion « d’ingérence étrangère » et un possible « conflit d’intérêts ». Des accusations extrêmement graves et rendues publiques dans on ne sait quel but.
« Pourquoi jeter de l’huile sur le feu ? »
Pourquoi avoir choisi cette voie ? Pourquoi transformer un désaccord sur une procédure de soutenance en une affaire publique mêlant fraude, déontologie et ingérence étrangère ? Pourquoi jeter de l’huile sur le feu plutôt que de créer les conditions d’un retour au dialogue et à l’apaisement ?
Car il faut mesurer les effets de ce choix. L’UGA est passée, en quelques jours, du rôle d’arbitre garant des règles académiques à celui d’acteur central de la polémique.
« Avez-vous évalué les conséquences potentielles d’une telle communication sur les relations scientifiques et institutionnelles, actuelles comme futures de l’UGA avec les établissements universitaires et les chercheurs internationaux ? »
Par exemple, avez-vous évalué les conséquences potentielles d’une telle communication sur les relations scientifiques et institutionnelles, actuelles comme futures de l’UGA avec les établissements universitaires et les chercheurs internationaux ?
Bref, nous aurions pu expliquer nos procédures. Nous aurions pu reconnaître les difficultés posées par les travaux interdisciplinaires. Nous aurions pu ouvrir une réflexion collective sur les comités de suivi.
Une grande université ne se grandit pas en exhibant publiquement des accusations contre l’un de ses doctorants et l’un de ses enseignants-chercheurs. Elle se grandit en démontrant sa capacité à faire respecter ses règles avec mesure et discernement.
Thèse refusée au dernier moment : « votre responsabilité était de préserver la confiance »
Monsieur le Président, votre responsabilité n’était pas de rejoindre la mêlée. Votre responsabilité était de vous situer au-dessus de la mêlée. Votre responsabilité était de protéger l’institution et de préserver la confiance dans nos procédures.
Aujourd’hui, la crise est là. Il faut en tirer toutes les conséquences, pas seulement sur le dossier Baucher, mais sur notre capacité collective à accompagner les travaux interdisciplinaires, à détecter les difficultés suffisamment tôt et à gérer les désaccords académiques sans mettre en cause, publiquement et tardivement, les personnes concernées.
C’est ce débat-là que notre université doit avoir.
Les elu·e·s UGA en Commun au CA de l’UGA
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2 réflexions sur « Tribune | Soutenance de la thèse d’Achille Baucher refusée par l’UGA : « Quel fiasco pour notre université ! » »
A propos de « desescalade numérique » les sympathisants d’extrême-gauche devraient d’informer de la position de LFI et de son leader. Peut être une surprise.
https://www.lefigaro.fr/politique/la-guerre-de-l-ia-a-deja-commence-de-bardella-a-melenchon-la-classe-politique-francaise-s-alarme-de-la-decision-americaine-contre-anthropic-20260613
Il faut oser écrire ça sans pointer la responsabilité du directeur de thèse qui savait pertinemment qu’elle n’avait pas sa place dans un labo de recherche en informatique. Il était évidemment complice de l’opération, pourquoi les auteurs de cette tribune ne le disent-ils pas ? On voit bien que l’objet de tout ça c’est de faire entrer la politique dans les labos de recherche.