L’accident de chasse à Revel relance le débat du partage de l’espace

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FOCUS – Après l’accident de chasse qui a coûté la vie à un étudiant grenoblois, le samedi 10 octobre, à Revel, les réactions se multiplient. La Frapna et la LPO Isère, deux associations de protection de la nature, dénoncent « une politique de laisser-aller » et demandent notamment de nouvelles mesures de prévention et de sécurité pour un meilleur partage des espaces. Le débat est lancé.

 

 

 

La Frapna et la LPO Isère réagissent après l'accident de chasse du 10 octobre. © Chasseur de France

« Le per­mis de chasse une fois déli­vré est valable à vie », dénoncent la Frapna et la LPO Isère. © Chasseur de France

« La sur­ve­nance d’un tel drame n’est pas une sur­prise », estiment la Fédération Rhône-Alpes de pro­tec­tion de la nature  (Frapna) et la Ligue de pro­tec­tion des oiseaux (LPO) Isère dans un com­mu­ni­qué de presse com­mun en date du 12 octobre, suite à l’accident de chasse sur­venu deux jours plus tôt, à Freydières, sur la com­mune de Revel, en Isère.

Un acci­dent au cours duquel un étu­diant gre­no­blois de 20 ans a trouvé la mort. Le jeune homme, « ori­gi­naire de Nîmes » et « étu­diant en géo­gra­phie » selon l’AFP, aurait été tué acci­den­tel­le­ment par un coup de fusil de chasse alors qu’il se pro­me­nait sur un che­min fores­tier avec un ami.

 

Le chas­seur âgé de 61 ans soup­çonné d’être à l’origine de ce tir a, lui, été mis en exa­men en début de semaine pour homi­cide invo­lon­taire et libéré sous contrôle judi­ciaire, d’après le site inter­net de France 3 Alpes.

 

 

 

« Le résultat d’une politique de laisser-aller »

 

 

Face à cet évé­ne­ment, la Frapna Isère et la LPO Isère dénoncent la « prise en otage de la nature et des citoyens » par les chas­seurs et « l’insuffisance des règles obli­ga­toires de sécu­rité ». Les deux asso­cia­tions dépar­te­men­tales de défense de l’environnement estiment éga­le­ment que cet acci­dent « n’est pas for­tuit mais le résul­tat d’une poli­tique de lais­ser-aller irres­pon­sable mise en place afin d’enrayer la réduc­tion du nombre de chas­seurs ».

 

Des chasseurs contrôlés par des agents de l'ONCFS. © Bertrand Benazeth - Wikipedia

Des chas­seurs contrô­lés par des agents de l’ONCFS. © Bertrand Benazeth – Wikipedia

« Si la chasse est auto­ri­sée, il est into­lé­rable que cela soit au détri­ment de la sécu­rité et de la quié­tude des non-chas­seurs », ajoutent-elles. Les deux asso­cia­tions pointent notam­ment du doigt le manque de for­ma­tion.

 

« L’aptitude tech­nique du chas­seur n’est jamais contrô­lée, le per­mis de chasse une fois déli­vré est valable à vie. Aucune for­ma­tion conti­nue ou éva­lua­tion ponc­tuelle n’est obli­ga­toire. Une infirme mino­rité de chas­seurs a passé un exa­men pra­tique vali­dant son per­mis de chasse, cet exa­men n’ayant été rendu obli­ga­toire qu’en 2003, et près de la moi­tié des chas­seurs n’a jamais eu à pas­ser d’examen. La réforme de cet exa­men pra­tique depuis 2014 ne concerne que les nou­veaux chas­seurs », expliquent-elles.

 

La Fédération dépar­te­men­tale des chas­seurs de l’Isère, qui compte 18.000 chas­seurs licen­ciés, se dit de son côté « pro­fon­dé­ment tou­chée par cet acci­dent ». Elle rap­pelle par la voix de son pré­sident, Jean-Louis Dufresne, que « 750 chas­seurs sont for­més chaque année » en Isère et que, depuis 2007, plus de 6.000 chas­seurs ont béné­fi­cié d’une for­ma­tion. « Depuis cette année, nous met­tons en place des for­ma­tions sur le ter­rain », ajoute-t-il.

 

 

 

Des problèmes récurrents ? 

 

 

Ce nou­vel acci­dent serait-il l’arbre qui cache la forêt ? Des pro­blèmes avec les chas­seurs auraient en effet déjà été signa­lés à plu­sieurs reprises aux auto­ri­tés com­pé­tentes, selon France 3 Alpes. Dans un article publié le 12 octobre sur son site inter­net, le média explique que plu­sieurs témoi­gnages sont par­ve­nus ces der­niers jours à la rédac­tion. France 3 Alpes fait notam­ment part du témoi­gnage d’une chas­seuse sur­nom­mée “Mauricette” et d’une lettre qu’elle aurait adres­sée à l’Office natio­nal de la chasse, au maire de Revel, à la Fédération des chas­seurs, au pro­cu­reur de la République et au pré­fet de l’Isère.

 

La lettre publiée par France 3 Alpes dénonçant des incidents avec des chasseurs. © France 3 Alpes

La lettre publiée par France 3 Alpes dénon­çant des inci­dents avec des chas­seurs. © France 3 Alpes

 

Dans ce cour­rier, elle fait part d’un inci­dent sur­venu le 20 sep­tembre 2013, à Freydières. Un cour­rier qui serait resté sans réponse… De son côté, Jean-Louis Dufresne tient à rap­pe­ler que « le nombre d’accident de chasse est en baisse », ces der­nières années. « Il y a entre un et trois acci­dents par an mais uni­que­ment entre chas­seurs et nous n’avions pas eu d’accident mor­tel depuis dix ans », pré­cise-t-il.

 

Pour la saison 2014/2015, l'ONCFS recense 122 accidents de chasse dont 14 mortels. © ONCFS

Pour la sai­son 2014 – 2015, l’ONCFS recense 122 acci­dents de chasse dont 14 mor­tels. © ONCFS

 

 

Un appel à la mobilisation 

 

 

Face à ce drame, la Frapna et la LPO Isère appellent à la mobi­li­sa­tion pour « exi­ger des auto­ri­tés publiques et des élus de res­pec­ter l’aspiration légi­time de tout un cha­cun à se pro­me­ner, effec­tuer une acti­vité spor­tive, ran­don­ner, cueillir des cham­pi­gnons, aller à la ren­contre de la faune sau­vage dans les espaces natu­rels en toute quié­tude et en totale sécu­rité ».

 

Randonneurs montagne © chartreuse-tourisme.com

Les ran­don­neurs ne peuvent pro­fi­ter que du ven­dredi en période de chasse… © chartreuse-tourisme.com

Les deux asso­cia­tions demandent notam­ment que la chasse soit inter­dite « dans les espaces fré­quen­tés et pro­té­gés », ainsi qu’ « aux abords de tous les sen­tiers et che­mins de ran­don­nées fré­quen­tées toute l’année ». Elles veulent aussi de « vrais contrôles sur les apti­tudes tech­niques et le res­pect des règles de sécu­rité des chas­seurs » et qu’un « second jour de non chasse heb­do­ma­daire soit fixé le dimanche ».

 

Actuellement, le seul jour de non chasse est le ven­dredi… La pré­fec­ture de l’Isère  que nous avons contac­tée sur ce point n’a pas donné suite à nos demandes d’interview.

 

La situa­tion est-elle ame­née à évo­luer ? Peut-être… Dans un souci de dia­logue et sans doute aussi pour redo­rer son bla­son, la Fédération dépar­te­men­tale des chas­seurs de l’Isère pré­cise en effet dans un com­mu­ni­qué qu’ « une ren­contre avec l’équipe muni­ci­pale de Revel s’est tenue ce lundi 12 octobre afin d’établir des pre­mières réflexions sur le par­tage de l’espace ».

 

L’association dit par ailleurs suivre « avec atten­tion l’évolution de l’enquête et pren­dra les mesures néces­saires afin qu’un tel drame ne se repro­duise pas »« Une nou­velle réunion doit être orga­ni­sée en début de semaine pro­chaine », assure en tout cas Jean-Louis Dufresne.

 

 

Maïlys Medjadj

 

 

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Commentaires 2
  1. Rappelons tout de même que la quasi-tota­lité des acci­dents de chasse touchent les chas­seurs eux-mêmes et que si les médias parlent de ce cas, c’est qu’il est rela­ti­ve­ment excep­tion­nel. Cela ne parait pas for­cé­ment très construc­tif de vou­loir leur oppo­ser des anti-chasses par prin­cipe, alors que l’on a plu­tôt affaire a un pro­blème de sécu­rité glo­bal.

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  2. la loca­tion des forets doma­niales est libre mais il faut 35000 € pour 1000 ha , les autres forets sont pri­vées et sont inter­dites sauf si vous obte­nez l’au­to­ri­sa­tion du pro­prié­taire ! Qu’ont ce le dise !

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